“Des fissures apparaissent dans la base MAGA” : Trump fragilisé par la guerre en Iran ?
La guerre en Iran ne fait pas seulement débat sur la scène internationale : elle fragilise aussi Donald Trump sur le plan intérieur. Invités dans Bonsoir Bruxelles, Serge Jaumain, professeur d’histoire contemporaine à l’ULB, et Nicolas Baygert, directeur du laboratoire Protagoras, analysent les tensions croissantes autour du président américain.
Aux États-Unis, le soutien à la guerre reste limité. “Une majorité des Américains sont opposés” au conflit, explique Serge Jaumain. Mais c’est surtout du côté de son électorat que la situation se complique pour Donald Trump. “C’est dans la base MAGA qu’il commence à y avoir un certain nombre de fissures”, souligne-t-il.
Certaines figures influentes prennent leurs distances, tandis que d’autres, plus discrètes, semblent peu enthousiastes face à l’intervention. Résultat : les sondages sont défavorables, avec “à peu près 30 % de la population” soutenant la politique militaire actuelle.
Des divisions internes de plus en plus visibles
Au sein même de l’entourage de Donald Trump, les lignes bougent. “On voit qu’il y a eu les premiers limogeages […] et toute une série de personnalités qui faisaient partie de cette première équipe soudée”, observe Nicolas Baygert. Une recomposition qui traduit des désaccords stratégiques.
Ces tensions se répercutent aussi dans la base du mouvement. Certaines figures influentes, notamment auprès des jeunes électeurs, commencent à contester la ligne du président, voire à appeler à sanctionner son camp lors des prochaines échéances électorales.
Une communication qui ne convainc plus
Sur le plan médiatique, la stratégie de la Maison Blanche montre ses limites. “Il y a une stratégie un peu en dilettante […] avec presque une ‘gamification’ de la guerre”, analyse Nicolas Baygert. Une approche inspirée des codes des réseaux sociaux, mais qui peine à s’imposer dans un contexte de conflit réel.
“Ça peut fonctionner pendant une campagne présidentielle […] mais là, on parle d’humain, d’un coût considérable”, insiste-t-il. Selon lui, cette communication ne convainc plus, y compris dans une partie de l’opinion pourtant acquise à Donald Trump.
Un coût politique et financier élevé
Au-delà de l’image, la guerre pèse aussi concrètement. “On parle de l’ordre de 500 millions de dollars par jour”, rappelle Serge Jaumain. À cela s’ajoute une demande d’augmentation de plus de 50 % du budget militaire. Un investissement lourd, dans un contexte où les objectifs du conflit apparaissent de plus en plus flous, et où les risques d’enlisement inquiètent.
Entre opinion publique divisée, tensions internes et stratégie contestée, la guerre en Iran s’impose comme un test politique majeur pour Donald Trump. Et à mesure que le conflit s’installe, le président américain pourrait voir son socle de soutien s’éroder davantage. Y compris là où il semblait jusqu’ici le plus solide.
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■ Une interview de Serge Jaumain et Nicolas Baygert au micro de Fabrice Grosfilley et Bryan Mommart dans Bonsoir Bruxelles