Covid : la vaccination bientôt ouverte aux 12-15 ans, alors même que les contaminations augmentent

La vaccination sera désormais ouverte à tous les adolescents de 12 à 15 ans, alors même que le variant Delta commence à faire sentir ses effets.

L’idée avait déjà été avancée, mardi, par le Conseil Supérieur de la Santé, mais devait encore être entérinée par les ministres de la Santé réunis lors de la Conférence Interministériel Santé, ce mercredi matin : désormais, la vaccination sera bientôt ouverte aux jeunes de 12 à 15 ans, sans comorbidités (elle était déjà autorisée pour ceux présentant des pathologies sous-jacentes).

Trois conditions devront être respectées : le vaccination reste sur base volontaire, une autorisation parentale sera nécessaire, et seul le vaccin Pfizer-BioNTech pourra être administré.

Mais il n’y aura pas de différence de dosage entre les vaccins déjà administrés aux adultes et ceux qui seront donnés à ces jeunes”, nous précise Sabine Stordeur, co-responsable de la Task Force Vaccination.

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Désormais, les Régions ont donc le champ libre pour organiser la prise de rendez-vous. Si celle-ci débutera le 19 juillet en Flandre, “des discussions sont encore en cours au niveau bruxellois, nous n’avons pas encore de date“, indique Simon Vandamme, porte-parole du ministre bruxellois de la Santé, Alain Maron (Ecolo).

Mais quid des bénéfices de cette vaccination des jeunes ?Il y a une série de bénéfices individuels, et de bénéfices éventuellement collectifs. La décision doit être essentiellement basée, à cet âge-là, sur les bénéfices individuels qu’on peut retirer de la vaccination, qui est d’être protégé contre les formes symptomatiques de la maladie, qui est rarement grave, il est vrai, et quasiment jamais létal, à cet âge-là, mais peut néanmoins apporter des symptômes très désagréables, qui peuvent provoquer la nécessité d’être alité durant un certain temps, et surtout de devoir être isolé durant une dizaine de jours“, explique Sophie Lucas, immunologiste et présidente de l’Institut De Duve de l’UCLouvain.

Interview de Sophie Lucas, immunologiste et présidente de l’Institut De Duve (UCLouvain)

Les contaminations en augmentation

Cette décision des ministres de la Santé a lieu en même temps que l’annonce d’une hausse progressive des contaminations. En effet, selon les dernières données partagées par Sciensano, l’institut de santé publique, le nombre de cas de Covid-19 continue d’augmenter, avec 66% de contaminations en plus par rapport à la semaine dernière.

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Au cours de la dernière semaine, en moyenne nous avons eu 546 nouvelles infections par jour. On a eu ces derniers trois mois une baisse des infections, depuis le début du mois d’avril, et cette fois-ci nous avons une augmentation de 66% sur base hebdomadaire […] C’est dans le groupe d’âge des 18-24 ans que l’on voit actuellement le plus de tests positifs : les jeunes, les adolescents forment la moitié de tous les niveaux cas de contamination détectés actuellement“, a ainsi expliqué Yves Van Laethem, le porte-parole interfédéral Coronavirus, lors du point presse de ce mercredi. À noter, cependant, que cette augmentation des contaminations ne s’accompagne pas, pour l’instant, d’une hausse des hospitalisations et des décès.

Il y a une augmentation des contaminations, due essentiellement à deux choses : la pénétration plus importante d’un variant plus contagieux, le variant Delta, avec lequel on a plus de facilités à se contaminer lorsqu’on n’a pas une immunité acquise par rapport à ce virus ; et deuxièmement, il y a une augmentation du nombre de tests de façon assez impressionnante, due essentiellement aux départs en vacances ou à la nécessité de faire des tests pour toute une série d’activités. Cela explique que la positivité des tests augmente proportionnellement au nombre de tests. Je dirais qu’on est dans une période à la fois d’augmentation des contaminations et du testing, qui expliquent l’augmentation des chiffres“, complète Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de santé publique à l’ULB, “d’autant que contamination ne veut pas dire maladie, et situation grave avec prise en charge hospitalière. Il y a une dissociation à faire, tout en étant vigilant quant au taux de contamination et les indicateurs de gravité“.

Néanmoins, l’ouverture de la vaccination aux 12-15 ans ne changera pas fondamentalement la dynamique épidémiologique actuelle, puisque cette classe d’âge ne représente moins de 5% de la population belge. Leur vaccination ne devrait donc avoir qu’un impact limité sur la volonté d’atteindre une immunité collective : “Cela ne va pas changer la donne dans le sens où ça ne va pas contribuer significativement à cette fameuse immunité collective qui vise à atteindre 80 ou même 90% de vaccination […] Par contre, ce qui est évident, c’est que les nouveaux variants plus transmissibles que les autres vont essentiellement commencer par se répandre dans la population non-vaccinée, dont font partie les jeunes“, explique Sophie Lucas.

Interview d’Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de santé publique à l’ULB

Se dirige-t-on vers une quatrième vague ?

Alors, face à ces chiffres, doit-on craindre une quatrième vague, au cours de l’été ou à la rentrée ? Le ministre français de la Santé, Olivier Véran (LREM), l’ a notamment prédit pour la fin juillet, alors même que plusieurs pays européens font face à une flambée de cas, comme au Portugal (où un couvre-feu sera réinstauré par endroits) ou en Espagne (où la Catalogne a décidé de refermer ses boîtes de nuit.

Cela dépend de ce qu’on appelle une quatrième vague : si on parle de réaugmentation des contaminations, des transmissions, alors c’est vrai. Si c’est ça la quatrième vague, alors elle sera modérée, puisqu’en fait ce sont les jeunes qui sont surtout touchés par les contaminations, via la reprise des activités sociales. Or, c’est dans ce groupe-là que la probabilité de faire des formes graves est la plus faible“, explique Yves Coppieters, “Si c’est une quatrième vague de contaminations, peut-être qu’on l’aura. Si c’est une quatrième vague dans les hôpitaux et les soins intensifs, alors ce n’est quand même pas sûr. Même si on risque quand même de ravoir une certaine pression dans le système hospitalier car le nombre de lits attribués au Covid-19 sont limités.

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Arnaud Bruckner – Photo : Belga (archives)

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07 juillet 2021 - 14h23
Modifié le 08 juillet 2021 - 07h18