Commission spéciale métro 3 : les auteurs du Rapport d’Incidence dénoncent un déficit d’évaluation indépendante
L’ensemble du projet de métro Nord-Sud, depuis sa conception jusqu’à sa mise en chantier a été influencé par un déficit d’évaluation indépendante et par un défaut chronologique.
C’est le constat que sont venus faire jeudi matin devant la commission spéciale métro 3 les représentants du bureau ACP group, spécialisé dans l’architecture, l’urbanisme, et les espaces publics. C’est ce bureau qui a été chargé du Rapport d’Incidence Environnemental du projet Nord-Sud, en 2017.
Ce document fouillé n’a pu être établi que huit ans après les premières des communications du concept métro vers le public et les parlementaires via la Stib, dès 2010.
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Au cours de la onzième réunion de la commission spéciale visant à passer au scalpel ce projet au centre d’un rapport critique de la Cour des comptes, Bruno Clerbaux et Philippe Joye ont plaidé pour une mise à profit de la situation actuelle pour une analyse totalement indépendante du projet dans son ensemble avant d’en envisager la suite.
“Selon nous le processus souffre de défauts récurrents de chronologie couplé à des imprudences de gouvernance”, a dit d’emblée le premier cité.
Selon celui-ci, ACP group n’a été chargé du Rapport d’Incidence de l’Environnement indépendant au sujet de l’inscription au Plan Régional d’Affectation de Sol (PRAS) du tracé du projet qu’en 2017 “alors que le projet est lancé depuis huit ans”.
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M. Clerbaux a rappelé que Bruxelles Métro Nord (BMN) avait produit en 2012 l’étude d’opportunité socio-économique complétée en 2013 par l’étude de faisabilité. L’étude d’opportunité conclut au besoin de métro entre la Gare du nord et Bordet au détriment du prémétro. Elle précise la technique de construction par tunnelier profond mono tube totalement inconnue à Bruxelles et elle retient trois tracés entre lesquels il ne reste plus qu’à choisir.
“Tout cela, le choix du métro, le choix de tracés sans contre expertise par un acteur non lié à la cause… l’absence d’enquête publique préalable, même s’il y a eu des communications du concept métrio vers le public et les parlementaires via la Stib dès 2010, le plan Iris 2 des déplacements en 2013, et des séances d’informations par les communes à partir de 2013, a contribué à contourner l’esprit de la législation des Rapports d’incidence environnementale. C’est en particulier le cas de l’étude l’étude d’alternatives qui ont déjà été évacuées depuis quatre ans”, a-t-il dénoncé.
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Pour l’expert, “on fait tout à l’envers”. Qui plus est, le moyen de la seule évaluation indépendante, à savoir le Rapport d’Incidence de 2017 est très limité car sont contenu est balisé par l’ordonnance régionale qui l’encadre, a-t-il ajouté.
M. Clerbaux a également pointé, comme autre exemple d’erreur de chronologie, pour la partie sud, le fait de ne pas avoir commencé par commander le seul passage sous le Palais du Midi, pour en vérifier la faisabilité technique et financière. Il était présenté comme particulièrement délicat par un nombre incroyable d’instances et d’experts.
“Cela aurait permis, lors de la concrétisation effective des fortes difficultés techniques pré annoncées, de réexaminer en connaissance de cause les techniques et coûts respectifs du tracé initial et du projet. Je ne dis pas que cela aurait été mieux mais qu’on ne l’a pas étudié au moment où il le fallait”, a-t-il expliqué.
Expert en génie civil et géotechnique, Philippe Joye a quant à lui indiqué qu’en ce qui concerne le passage sous le Palais du Midi, partie du chantier à l’arrêt, “nous avons clairement alerté sur les difficultés à attendre et vivement conseillé de réaliser, préalablement au marché des travaux, des études approfondies de reconnaissance géotechnique complémentaires en fonction des différentes techniques qui pouvaient être envisagées.”
Pour le passage sous la Gare du Nord où des difficultés sont également apparues, “nous avons également alerté sur les difficultés techniques notamment en raison de la présence de la nappe alluviale de la Senne circulant dans les sables et graviers alluviaux, ce qui suppose de potentiels gros débits”.
Plus largement, Phiippe Joye a fait observer qu’il était possible de tenir compte du caractère imprévisible du sous-sol au niveau des ouvertures de marchés. Par exemple en autorisant de faire des analyses de sol préalables et de les “challenger” sur une technique ou l’autre. “On peut ensuite activer le marché avec des quantités présumées. L’entrepreneur est à ce moment averti de tout”, a-t-il justifié.
Belga