Procès dit “des hébergeurs de migrants” : la défense de présumés trafiquants d’êtres humains salue un parquet “plus humain”

Fin du procès des 12 personnes poursuivies pour trafic d’êtres humains. Le verdict sera rendu le 12 décembre prochain. Les deux hébergeurs devraient être acquittés, les passeurs présumés risquent jusqu’à plus de 3 ans de prison.

Plusieurs avocats de la défense ont dit apprécier que le parquet de Bruxelles se soit montré plus humain que le parquet de Termonde qui avait au départ instruit le dossier dit “des hébergeurs de migrants”. Plusieurs avocats ont tenu à exprimer cette reconnaissance vendredi, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, avant de plaider chacun pour leur client en particulier. Dans ce dossier, plusieurs personnes sont poursuivies pour trafic d’êtres humains. Parmi les prévenus figurent des citoyens belges, journalistes et assistant social entre autres, qui avaient hébergé chez eux des migrants, en 2017.

J’ai mesuré le chemin parcouru quand j’ai entendu le réquisitoire hier. Il a fallu qu’on arrive à Bruxelles pour qu’on entende que la détention des prévenus a été beaucoup trop longue. C’était impossible d’arriver à un moment de vérité là-bas à Termonde, vu la manière dont les débats se sont passés en chambre du conseil“, a avancé Me Dimitri de Béco, avocat d’un des prévenus. “Il suffit de voir la façon dont les enquêteurs ont analysé la téléphonie. Ils affirment, sur base d’une conversation de mon client avec un autre prévenu pendant deux minutes, qu’il s’agit d’un de ses ‘contacts fréquents’“, a relevé le pénaliste.

D’autres avocats de la défense ont également affirmé avoir été rassurés par un réquisitoire “infiniment plus nuancé”, “plus juste” ou encore “plus humain” que la position adoptée au stade de l’instruction par le parquet de Termonde. Ceux-ci ont également plaidé pour leurs clients, tantôt l’acquittement tantôt des peines les plus légères possibles, certains prévenus ayant déjà effectué de nombreux mois de détention préventive. Les avocats de la défense ont soulevé, comme l’a également fait le ministère public jeudi, l’absence d’une politique migratoire claire en Belgique ainsi que la complexité de la vie des migrants. Certains sont à la fois exploiteurs et exploités dans le trafic d’êtres humains, avait fait remarquer le parquet. Plusieurs prévenus l’ont expliqué : ils ont, à quelques reprises, accepté de faire monter des migrants comme eux dans des camions vers la Grande-Bretagne, contre un peu d’argent pour vivre. Ils espéraient également pouvoir un jour traverser la frontière vers ce pays. L’un d’eux avait aussi déclaré dans des conversations téléphoniques qu’il souffrait et ne voulait plus faire ce “travail”.

Vendredi, les prévenus ont eu droit à la parole en dernier lieu. La journaliste Myriam Berghe, contre laquelle le parquet réclame une peine légère pour complicité de trafic d’êtres humains, a parlé d'”égalité de traitement”. “Je me suis comportée avec eux comme avec mes amis. J’estimais que je ne devais pas leur poser tout un tas de questions: quoi? Où? Comment?“, a souligné celle qui avait hébergé plusieurs migrants chez elle. Le mot ‘trafiquant d’êtres humains’ est trop lourd à porter“, a pour sa part déclaré une bénévole du Parc Maximilien qui avait hébergé un migrant. Le parquet réclame contre elle aussi une peine légère pour complicité de trafic d’êtres humains. “Je n’arriverais pas à avancer avec cela. Le trafic d’êtres humains, c’est exploiter la misère des gens. Ce n’est pas ce que j’ai fait. Je n’ai pas compris ce qui m’est arrivé. Ce n’est pas ce que je suis. Je trouverais ça dramatique d’être condamnée“, a-t-elle dit. Enfin, les migrants prévenus d’avoir agi à plusieurs occasions comme auteurs d’un trafic d’êtres humains, ont exprimé leur gratitude envers les Belges qui les ont accueillis. Ils ont aussi dit souhaiter que “la Belgique continue d’accueillir des gens comme nous“.

Le 20 octobre 2017, douze personnes avaient été arrêtées pour soupçons de trafic d’êtres humains, dont des citoyens belges ayant hébergé chez eux des migrants. L’opération policière faisait suite à une enquête de téléphonie et à des observations policières sur des parkings autoroutiers, notamment à Wetteren. Le jugement sera rendu le 12 décembre prochain à 9h00.

Reportage de Fanny Linon et Manon Ughy

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09 novembre 2018 - 17h21