Rue de la Loi : ils sont combien, les sans-abris, à dormir en bas de chez nous ?

Ils sont combien à dormir dans la rue à Bruxelles ? Ce vendredi, je me suis posé cette question, j’ai cherché la réponse, et je ne l’ai pas trouvée. Elle n’existe pas cette réponse. Ils sont combien à dormir dans la rue à Bruxelles ? Il y a ceux qui y dorment toute l’année, par choix, ou parce qu’ils n’ont pas le choix. Il y a ceux qui y dorment occasionnellement, une nuit par-ci, une par-là, une nuit en squat, une nuit chez un ami, une nuit en foyer, et donc une nuit sur le trottoir. Il y a ceux qui dorment seuls, s’isolent, se font le plus discret possible. Ceux qui ont leur chien. Ceux qui dorment en groupe : se regrouper pour se tenir chaud, un remède contre la solitude. Une question de sécurité aussi : dormir dans la rue, c’est être exposé à la violence, le vol, le racket, les viols, les passages à tabac. Entre déclassés, on ne se fait pas plus de cadeaux qu’entre requins de la finance. Sauf qu’au lieu de taper au portefeuille qu’on n’a pas, on prend des coups. On sort le couteau pour une canette de bière ou un cachet d’antidépresseur. Et comme on sait qu’on ne va pas vraiment perdre son temps à déposer plainte, que la parole fait défaut, et que la violence l’a remplacée depuis longtemps, l’agresseur retient rarement ses coups.

Chaque soir à Bruxelles, ils sont donc plusieurs milliers à dormir dans la rue. Le plan hiver prévoit 3200 places pour les accueillir. Est-ce que c’est assez ? On l’espère. Mais on n’est pas vraiment sûr, parce que les statistiques ne sont pas fiables. On sait qu’il existera toujours des gens qui passent entre les mailles du filet et d’autres qui viennent d’arriver. Des isolés, que les services sociaux, la police, les infirmiers de rue ou Médecins du monde, le SAMU social ou la Croix Rouge, toutes les organisations non gouvernementales, auxquelles il faut rendre hommage aujourd’hui, ne verront pas.

Bien sûr, parler des sans-abri le jour où démarre le plan hiver, c’est facile, un marronnier journalistique. Je ne dis rien d’original. Sauf qu’un marronnier perd ses feuilles, alors que les sans-abris perdent leur vie.

Voir aussi : 3 200 places disponibles pour les sans-abri à Bruxelles avec la mise en place du Plan hiver

Alors ils sont combien à mourir de froid dans la rue chaque année ? Plusieurs dizaines, pour l’ensemble de la Belgique. 50 certaines années, 70, 80 d’autres années. Pas que l’hiver d’ailleurs , on meurt aussi en été. Alors ils seront combien à mourir dans la rue en 2019 ? Ou elles seront combien, parce que les femmes sont concernées. De plus en plus concernées. Vous êtes peut-être passé une nuit rue Neuve devant un grand magasin connu. Vous aurez vu des dizaines de familles regroupées, femmes et enfants. Combien sont-ils, ou combien sont-elles ? Un tiers de femmes disent les uns, 39% établit une étudiante de la VUB qui a mené une étude sur la question, 41% disent des associations françaises qui ont étudié la situation à Paris. La vérité, c’est que cette vérité est insaisissable. La certitude qu’on a, c’est que le nombre de femmes augmente année après année. Et que l’image du clochard barbu et hirsute, la bouteille de vin à la main, appartient au passé.

Dans une grande ville comme Bruxelles, tout se mélange. Les sans-abris, c’est un nom générique : on y retrouve des personnes en décrochage complet, comme des personnes qui traversent juste une mauvaise passe. Des toxicomanes plus ou moins dépendants. Des cas psychiatriques. Des sans-papiers, des migrants qui tentent de passer en Angleterre ou d’autres qui ont vu leur statut de réfugié refusé mais ont décidé de rester quand même. Ils ont un point commun. C’est qu’ils ne sont pas riches. Qu’ils risquent leur vie à dormir dans la rue. Et que comme nous tous, ils sont des êtres humains.

Téléchargez et écoutez l’édito en podcast sur toutes les plateformes

Partager l'article

15 novembre 2019 - 16h50