Des organisations bruxelloises de santé mentale s’opposent aux visites domiciliaires
La Ligue bruxelloise pour la santé mentale s’oppose à la participation de professionnels du secteur aux visites domiciliaires prévues par le gouvernement. Elle estime que leur présence pourrait compromettre la confiance des enfants et de leurs familles envers les soignants.
Une cinquantaine d’organisations actives en santé mentale et réunie sous le nom de Ligue bruxelloise pour la santé mentale (LBSM) demandent mardi, dans une lettre ouverte, l’abandon du projet de loi sur les visites domiciliaires. Les signataires s’opposent à la présence de professionnels du secteur lors desdites visites, car cela va à l’encontre de leur mission.
Le parlement fédéral doit se prononcer le 5 novembre sur le projet de loi concernant les visites domiciliaires. Ce dispositif permettrait à l’Office des étrangers de requérir l’autorisation d’un juge d’instruction pour pénétrer avec la police dans un domicile privé afin d’arrêter un étranger sous le coup d’un ordre de quitter le territoire, qui refuse de s’y soumettre et constitue un danger pour la sécurité nationale et l’ordre public.
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Très critiqué, ce projet a fait l’objet de plusieurs amendements, dont l’un concerne la présence d’enfants durant l’opération. Dans ce cas de figure, le juge d’instruction pourra prévoir “un encadrement pluridisciplinaire”. Selon les organisations de la LBSM, il ressort des débats que cet encadrement consiste à ce qu’un professionnel de la santé mentale prenne part à la visite ou qu’il intervienne après coup pour prévenir le traumatisme chez les enfants.
Les signataires de la carte blanche considèrent que ces dispositions sont “inacceptables” car elles vont à l’encontre des liens entre santé mentale, liens affectifs et logement, brouillent et détournent les missions des professionnels du secteur et “contreviennent aux principes éthiques et déontologiques de ces professions”.
Ils rappellent que la santé mentale d’un enfant est principalement liée à son attachement aux personnes qui l’entourent. “L’irruption de forces policières dans la sphère familiale pour faire ‘disparaître’ un proche annihile la croyance des enfants en la stabilité de leur cellule de base, elle les place au contraire dans une réalité d’insécurité et d’imprévisibilité qui affecte leur capacité à faire confiance aux adultes qui les entourent et à construire une représentation sécure des relations et des affects”, détaille la LBSM. Le projet de loi risque donc d’affecter à long terme les enfants concernés.
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Les organisations se questionnent également sur la possibilité pour un professionnel de la santé mentale de faire correctement son travail s’il participe à l’opération qui crée le trauma chez l’enfant dont il doit s’occuper. “À quel moment le psychologue cesse-t-il d’être au service de l’enfant pour devenir un moyen de faciliter une procédure qui lui est imposée ? En étant associé à ce qui maltraite la santé mentale, ne risque-t-il pas de jeter le discrédit sur l’ensemble du système de soins et provoquer dès lors une rupture de confiance entre l’enfant (et sa famille) et le monde soignant ?”, s’interrogent-elles.
“Détourner les métiers du soin en santé mentale de leurs principes fondateurs, le soin, l’universalisme, le respect de l’intimité des personnes, fait de ceux-ci des complices de mesures discriminatoires, attentatoires et dangereuses pour notre démocratie. Notre réponse est simple : c’est non”, conclut la LBSM.
Belga – Photo: BX1