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“Votre inaction politique, c’est de la complicité” : débat tendu à la Chambre sur les fusillades à Bruxelles

Le PS a lourdement chargé la N-VA et la ministre de la Justice Annelies Verlinden (CD&V), pointant leur responsabilité, selon lui, dans le développement du trafic de drogue en Belgique via le port d’Anvers.

Quand je vous entends, je suis très inquiet, car on est très loin de mettre les trafiquants à terre“, a lancé le député Ridouane Chahid, mercredi en commission conjointe Justice et Intérieur de la Chambre, consacrée aux fusillades qui ont touché Bruxelles la semaine dernière. L’élu socialiste a repris sa formule d'”Anvers connection” pour dénoncer l’absence, selon lui, d’action dans la Métropole afin de “protéger les bénéfices du port”.

Reportage de Maël Arnoldussen et Nicolas Scheenaerts

Votre inaction politique, c’est de la complicité“, a-t-il lancé, face aux protestations de la N-VA. “Quand le Conseil National de Sécurité va-t-il se réunir ? Où est le pilote ? Il est en Inde !“, s’est-il exclamé, pointant le Premier ministre Bart De Wever (N-VA). Selon le député, le fait qu’Anvers ne dispose que d’un seul bourgmestre “n’a pas empêché qu’une fille se prenne une balle.

Cette sortie a suscité un tollé dans la majorité. “Quel niveau !“, a hurlé Denis Ducarme (MR). “Venant de vous, c’est un compliment“, a répondu Ridouane Chahid. Ambiance.

Bien que dans la majorité, le libéral a lancé un appel aux partis flamands de la coalition Arizona. Il s’est demandé si les réactions n’auraient pas été plus rapides si 100 fusillades avaient eu lieu à Anvers. “Enlevez-moi cela de la tête s’il vous plaît“, a-t-il déclaré, accusant au passage Annelies Verlinden de faire preuve d’une “grande naïveté“.

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Des propos “très bas“, a réagi Leentje Grilaert (CD&V), appelant tant le MR que le PS à réécouter les propos d’Annelies Verlinden sur les actions déjà entreprises sous la précédente législature. Elle occupait alors le portefeuille de l’Intérieur au sein d’une coalition intégrant socialistes et libéraux.

Avant M. Chahid, Maaike De Vreese (N-VA) avait pris la parole. Elle avait mis en avant son expérience professionnelle au sein de l’Office des étrangers, se montrant “assez sévère” sur les politiques menées au niveau local (sous entendu par le PS) à Bruxelles.

Ismaël Nuino (Les Engagés) a regretté ce “renvoi de balle“, appelant à “ne pas opposer les gens dans cette cause nationale.” Dans un communiqué, les centristes ont appelé à la mise en place d’un “plan national narcotrafic“. Dans ce cadre, ils sont notamment favorables au déploiement de militaires en plus grand nombre sur le territoire bruxellois. M. Nuino a aussi rappelé sa proposition de loi visant notamment à créer un fonds alimenté par les avoirs confisqués.

Plus posé, Nabil Boukili (PTB, opposition) a appelé à renforcer la police de proximité plutôt que de miser sur les actions Fipa (Full Integrated Police Action) “pour faire genre“. Un quart d’heure après l’action, les dealers sont de retour, a-t-il observé.

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Pour Ecolo-Groen, il est également nécessaire d’œuvrer à la prévention, la députée Claire Hugon Lecharlier accusant le gouvernement de jouer aux “pompiers pyromanes“. “Supprimer 1.000 places d’accueil (dans le réseau Fedasil), c’est envoyer 1.000 personnes dans la rue“, a-t-elle souligné, dans un propos appuyé par François De Smet (DéFI). Selon lui, refuser de régulariser des personnes qui travaillent ou qui ont une promesse de travail crée de la main d’œuvre facile pour les trafiquants. Le député a par ailleurs appelé à mettre en place un monitoring des contrôles des containers à risque dans les ports du pays.

Quant à Arthur Orlians (Anders), il a lui aussi pointé l’absence du Premier ministre dans ce débat. Le libéral flamand a rappelé qu’en 2022, Bart De Wever, alors bourgmestre d’Anvers, avait réclamé avec insistance à celui qui l’a précédé au Seize, Alexander De Croo (Open Vld, devenu Anders), la tenue d’un Conseil national de Sécurité (CNS).

Les réponses des ministres de l’Intérieur et de la Justice

Face aux critiques sur la gestion de la violence liée au narcotrafic à Bruxelles, la ministre de la Justice Annelies Verlinden (CD&V) a défendu les moyens déjà engagés par le fédéral. Elle a notamment rappelé le renforcement du parquet de Bruxelles.

La ministre a également rejeté les comparaisons entre Bruxelles et Anvers. “Je pense qu’il est vraiment temps d’arrêter cette comparaison communautaire“, a-t-elle lancé, défendant à la fois le renforcement du parquet bruxellois et la création d’un parquet portuaire à Anvers.

Répondant directement à Ridouane Chahid (PS), qui l’avait accusée d’inaction, Annelies Verlinden a qualifié de “vraiment honteux” les propos laissant entendre qu’elle accordait davantage d’attention à Anvers qu’à Bruxelles. Elle y a vu une “absence de responsabilité politique” et une “absence de volonté de contribuer à une solution“.

La ministre a aussi renvoyé une partie de la responsabilité vers le niveau bruxellois. Selon elle, davantage de policiers et de moyens judiciaires ne suffiront pas à eux seuls : prévention, enseignement, bien-être et situation socio-économique doivent également être pris en compte. Elle a rappelé que le PS dispose lui-même de leviers au sein du gouvernement bruxellois, notamment en matière de soutien scolaire et d’action sociale.

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Quant à Bernard Quintin, il a contesté tout attentisme, rappelant qu’un Conseil national de Sécurité avait bien eu lieu mardi sous format électronique. La question d’augmenter la présence militaire y a notamment été abordée. Le ministre de l’Intérieur s’est dit “tout à fait favorable” à une extension du dispositif et à une implication accrue de la Défense dans la lutte contre les violences liées au narcotrafic.

Il a également rejeté l’idée que les récentes opérations policières auraient été improvisées après les fusillades. “C’est faux, c’est faux”, a-t-il insisté, affirmant que le déploiement de centaines de policiers, militaires et unités spécialisées avait été planifié en amont. “La vérité a ses droits. Ce gouvernement prend ses responsabilités. Je prends mes responsabilités”, a-t-il ajouté.

Bernard Quintin reconnaît toutefois que les mesures actuelles ne suffisent pas. “Est-ce que c’est assez ? Non, ce n’est pas assez”, a-t-il concédé. Selon lui, le narcotrafic a changé d’échelle ces dernières années et fonctionne désormais comme “des multinationales”, ce qui impose une réponse coordonnée entre les différents niveaux de pouvoir.

Le ministre a aussi rappelé que 7,5 millions d’euros avaient été dégagés pour les six zones de police bruxelloises, notamment pour des caméras, et que les opérations FIPA (Full Integrated Police Action) se poursuivaient.

Avec Belga – Photo et vidéos : Belga image