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Comment se porte l’entrepreneuriat chez les jeunes à Bruxelles ?

En 2025, Bruxelles comptait 18 174 indépendants âgés de 18 à 29 ans. Leur nombre progresse, mais cette dynamique reste marquée par de fortes inégalités entre les femmes et les hommes, un accès parfois difficile au financement et une méconnaissance des aides disponibles. Derrière les statistiques, des jeunes lancent même leur activité en parallèle de leurs études ou d’un emploi.

Dans la capitale, entreprendre avant 30 ans est de moins en moins exceptionnel. Construction, consultance, services techniques ou projets numériques : les activités lancées par les jeunes prennent des formes très diverses. Pour les épauler, la ville de Bruxelles a mis à leur disposition quatre incubateurs publics. Ces derniers proposent des programmes d’accompagnement et des solutions de financement destinés aux entrepreneurs débutants et adaptés à leur activité.

Depuis 2010, hub.brussels coordonne et soutient l’écosystème des incubateurs publics bruxellois. Pourtant, tous les jeunes entrepreneurs ne connaissent pas ce dispositif et beaucoup commencent seuls, avec leurs propres moyens financiers.

 “Un déficit d’information et de communication persiste par rapport à l’offre des dispositifs existants”, reconnaît Florence Ortmans, porte-parole de hub.brussels. La méconnaissance serait particulièrement forte chez les jeunes éloignés des réseaux habituels de l’entrepreneuriat.

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Le financement dépend du projet, pas seulement de l’âge

Hub.brussels ne finance pas directement les jeunes entreprises. L’agence informe les porteurs de projet et les oriente vers les interlocuteurs correspondant à leur situation. Les solutions peuvent prendre la forme de primes régionales, de microcrédits, de financement participatif ou de prêts bancaires. Les besoins sont normalement évalués lors de l’élaboration du plan financier.

“Il n’y a pas de distinction d’accès au financement liée à l’âge du jeune entrepreneur”, indique Florence Ortmans. “Tout dépendra du projet, du porteur de projet, de l’étape dans laquelle il se trouve, de son business plan, de son business model et de ses ressources financières”, déclare Florence Ortmans.

Un jeune qui possède déjà des clients ne présente donc pas le même dossier qu’une personne disposant uniquement d’une idée. Le premier doit démontrer que ses ventes peuvent devenir rentables et financer sa croissance. Le second doit d’abord vérifier que son offre répond à un besoin réel.

“Les jeunes sont de plus en plus nombreux à entreprendre à Bruxelles…”

Selon les données de l’Institut national d’assurances sociales pour travailleurs indépendants, l’INASTI, la Région comptait 18 174 indépendants âgés de 18 à 29 ans en 2025. Ils représentaient 14.5 % de l’ensemble des indépendants bruxellois, contre 11.2 % à l’échelle nationale.

“Les jeunes sont de plus en plus nombreux à entreprendre à Bruxelles. Leur nombre a augmenté de près de 25 % depuis 2016, témoignant du dynamisme de l’entrepreneuriat jeune dans la capitale”, observe Florence Ortmans. Cette tendance se confirme sur la période allant de 2015 à 2025. Selon les données de l’Institut national d’assurances sociales pour travailleurs indépendants, l’INASTI, exploitées par hub.brussels, le nombre d’indépendants bruxellois âgés de 18 à 29 ans a progressé de près de 32.6 %. 

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Une génération qui ne perd pas de temps

La progression est particulièrement visible parmi les nouveaux indépendants. En 2025, plus d’un nouvel indépendant sur trois à Bruxelles avait moins de 30 ans (37.6%). Et entre 2015 et 2025, le nombre de jeunes lançant une activité indépendante a augmenté de près de 38 %, contre environ 19.4 % chez les personnes de plus de 30 ans.

Les données statistiques ne rendent toutefois compte que d’une partie du phénomène. L’INASTI recense les personnes disposant officiellement du statut d’indépendant, accessible à partir de 18 ans. “Un jeune qui entreprend et passe par une coopérative d’activités ou d’emploi, une structure de payrolling, ou qui a créé une ASBL, peut également être considéré comme un jeune entrepreneur”, précise Florence Ortmans. Ces profils ne sont pas nécessairement repris parmi les indépendants recensés par l’INASTI.

Le phénomène entrepreneurial chez les jeunes bruxellois est donc potentiellement plus large que ce que montrent les chiffres des affiliés qui sont inscrits au régime des indépendants de l’INASTI. 

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Un visage entrepreneurial encore majoritairement masculin

“En 2024, les jeunes indépendants sont majoritairement des hommes (68 %) et ont en moyenne 25,6 ans. Des chiffres qui restent stables depuis 2016. Ils vivent dans la Ville de Bruxelles (17 %), Anderlecht (11 %) et Schaerbeek (10 %)”, indique Florence Ortmans, lorsqu’on lui demande si il existe un profil dominant parmi les jeunes entrepreneurs.

les chiffres de 2025 ne contredisent pas ceux de 2024, au contraire : 68.8 % des jeunes indépendants entre 18 et 29 ans étaient des hommes, ayant toujours en moyenne 25 ans.  

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Bruxelles en queue de peloton derrière la Flandre et la Wallonie

La répartition régionale apporte un autre éclairage. Sur les 142 262 indépendants belges âgés de 18 à 29 ans répertoriés par l’INASTI en 2025 : 63,7 %  résident en Flandre, 23,5 % en Wallonie et 12,8 % dans la capitale. 

Ces écarts ne reflètent pas seulement la taille des Régions. Rapportée à la population totale, Bruxelles compte environ 1 453 jeunes indépendants pour 100 000 habitants, devant la Flandre, avec 1 322, et la Wallonie, avec 903. La capitale apparaît donc proportionnellement comme la Région où les jeunes entreprennent le plus.

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Une idée à développer entre les cours et le travail

Le manque d’argent n’est pas le seul frein au lancement. Hub.brussels relève aussi le manque de confiance en soi, le sentiment de ne pas être légitime, l’absence de réseau et une connaissance insuffisante des démarches nécessaires.

À ces difficultés s’ajoute la gestion du temps. Un jeune entre 18 et 25 doit souvent développer son activité en parallèle de ses études, d’un premier emploi ou d’un travail étudiant.

Le parcours de Rayan El Majdoub en donne un exemple. À 18 ans, ce Bruxellois de Berchem-Sainte-Agathe a créé PermisPass, une plateforme consacrée à la préparation du permis de conduire, lancée alors qu’il terminait ses études secondaires. Le projet est encore partiellement financé par son job étudiant. Aux impératifs académiques s’ajoutent donc des impératifs financiers. “PermisPass génère de l’argent, mais il y a tellement de frais que cela ne suffit pas actuellement. À côté, j’ai un job étudiant qui me permet aussi de financer PermisPass”, explique-t-il. 

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Attention avant de vous lancer

Parmi les erreurs fréquemment observées, hub.brussels cite le fait d’attendre trop longtemps avant de demander conseil, de sous-estimer les ressources nécessaires ou encore d’engager des dépenses avant d’avoir vérifié l’existence d’un marché.

“Se lancer sans avoir suffisamment testé son marché, négliger les aspects administratifs, juridiques ou réglementaires, ou vouloir tout faire parfaitement avant de se confronter à la réalité du terrain” peut également exposer les jeunes à des difficultés qui auraient pu être évitées, résume Florence Ortmans.

De par son expérience, Rayan El Majdoub vient confirmer le propos de la porte-parole de hub.brussels. Il raconte avoir lui-même multiplié les projets, qui lui ont fait perdre de l’argent, avant de trouver une activité rencontrant une réelle demande auprès du public. “J’ai fait des choses en pensant que cela allait être incroyable, sans vraiment analyser ce qui se passait sur le marché”, reconnaît-il. Cet apprentissage l’a conduit à modifier sa méthode. Désormais, avant de développer longuement une idée, il cherche d’abord à vérifier l’existence d’une demande.

Garder la tête hors de l’eau

Interrogée sur la pérennité des projets, hub.brussels indique ne pas disposer de données consolidées permettant de savoir combien d’entreprises lancées par des jeunes sont toujours actives après un ou trois ans. Or, le financement, l’identification d’un marché et la maîtrise des coûts deviennent souvent décisifs après les premières ventes.

La base de données de l’INASTI indique que le nombre de jeunes de 18 à 29 ans ayant commencé une activité est passé de 6654 en 2024 à 7138 en 2025, soit une augmentation de près de 7.3 %. Dans le même temps, 2318 jeunes ont cessé leur activité en 2025, soit 2.1% de plus qu’en 2024, qui comptait 2270 fins d’activité. 

Toutefois, cette réalité implacable ne semble pas effrayer Rayan El Majdoub. Il résume l’élan nécessaire pour franchir le pas. “Je n’ai pas commencé avec de l’argent, je n’ai pas commencé avec des contacts et je n’ai pas commencé avec de l’expérience. Tout est une question de travail et de sacrifice”, indique-t-il. Son parcours montre aussi que la persévérance ne signifie pas avancer à l’aveugle. “Chaque erreur que je fais me permet d’apprendre. Je vois tout positivement”, explique-t-il.

À Bruxelles, les jeunes sont proportionnellement nombreux à choisir l’indépendance. Mais une bonne idée et beaucoup de travail ne remplacent ni un plan financier, ni une connaissance du marché, ni un accompagnement adapté. Pour hub.brussels, l’enjeu n’est plus seulement de faciliter le premier pas, mais d’éviter que le manque de moyens transforme rapidement le lancement en arrêt d’activité.

David Mvano