Fin des auditions sur le Métro 3 : “Je ne pense pas qu’on ait toutes les réponses”, déclare Alain Maron
Après sept mois d’auditions, la commission spéciale consacrée au Métro 3 a clôturé ses travaux. Invités dans l’émission Bonsoir Bruxelles ce mardi, les députés bruxellois disent avoir mieux compris les mécanismes qui ont conduit à l’explosion des coûts du chantier mais pour Sofia Bennani, Ibrahim Donmez et Alain Maron plusieurs questions demeurent sans réponse. En particulier sur l’anticipation des risques et le partage des responsabilités entre les nombreux acteurs du projet.
Pendant sept mois, les parlementaires bruxellois ont entendu près de quarante intervenants : responsables de la STIB, représentants de Beliris, administrations régionales, experts et anciens décideurs politiques. L’objectif était de comprendre comment le plus grand chantier de mobilité de la Région est passé d’un budget annoncé de moins d’un milliard d’euros à une facture désormais estimée à 1,4 milliard d’euros.
Pour Sofia Bennani, député bruxelloise (Les Engagés), ces auditions ont permis de retracer le fil des événements : “On a vraiment fait tout le tracé, tout l’historique de comment on est arrivé à un budget estimé à moins d’un milliard d’euros à 1,4 milliard d’euros. On a pu voir où le dérapage s’est effectué et ce qui a véritablement mené à ce projet.”
Un constat partagé par les deux autres invités, Alain Maron et Ibrahim Donmez : les auditions ont permis de mieux comprendre la succession de décisions qui ont jalonné le dossier.
Des interrogations qui persistent
Mais pour Alain Maron, toutes les réponses n’ont pas été obtenues. L’ancien ministre bruxellois dit rester perplexe face à la difficulté qu’ont eue les différents acteurs à anticiper les obstacles rencontrés sur le chantier, notamment au niveau du Palais du Midi ou encore sur le tronçon Nord-Bordet : “Je ne comprends pas comment le risque n’a pas pu être évalué au départ”, explique-t-il. “Pendant des années, la STIB, Beliris et les responsables politiques affirmaient que le projet coûterait un milliard d’euros et que tout roulait. Personne n’a anticipé qu’il était possible d’avoir un tel fiasco.”
Selon lui, les parlementaires ont été limités dans leur travail par un manque d’accès aux documents : “Je pense qu’il aurait fallu une commission d’enquête pour avoir accès à davantage de documents. Nous n’avons eu accès qu’à très peu de documentation. Il y a le rapport de la Cour des comptes, mais cela ne suffit pas.”
Une documentation jugée incomplète
Du côté du PS, Ibrahim Dönmez estime que les auditions ont malgré tout permis de faire avancer la compréhension du dossier : “Dans l’ensemble, les auditions se sont relativement bien passées “, souligne-t-il. “Nous avons reçu des documents et obtenu pas mal de réponses.”
Le député reconnaît toutefois que certaines pièces ont manqué à l’appel : “Les documents de la STIB n’ont probablement pas été transmis en suffisance, comme l’avait déjà relevé la Cour des comptes. À ce niveau-là, nous aurions pu disposer d’un peu plus d’informations.”
“Pas de pilote dans l’avion”
Pour Sofia Bennani, plusieurs zones grises subsistent néanmoins. Elle pointe notamment le rôle des différents intervenants impliqués dans le projet : “La STIB ne reconnaît pas finalement les erreurs qui sont les siennes“, estime-t-elle.
La députée dénonce surtout une gouvernance qu’elle juge trop dispersée : “Quand je dis qu’il n’y a pas de pilote dans l’avion, c’est parce que lorsqu’on mène un projet de cette ampleur, il faut un interlocuteur clair. Or ici, il y avait une multiplication des interlocuteurs. Une fois Beliris disait une chose, une fois la STIB en disait une autre.”
Selon elle, cette fragmentation des responsabilités a contribué au manque de lisibilité du dossier : “Je pense qu’il y a un manque de transparence, parce qu’il y a une détermination à aller jusqu’au métro.”
Des recommandations attendues en juillet
La commission spéciale entre désormais dans sa dernière phase. Les groupes politiques doivent remettre leurs recommandations dans les prochains jours. Celles-ci seront ensuite harmonisées avant un vote prévu au Parlement bruxellois le 17 juillet.
► Retrouvez Bonsoir Bruxelles du lundi au vendredi de 18h20 à 19h
■ Une interview de Sofia Bennani, Ibrahim Donmez et Alain Maron au micro de Fabrice Grosfilley et Jamila Saidi M’Rabet dans Bonsoir Bruxelles