Saturation des IPPJ : “Si on intervient maintenant sur les mineurs en danger, on pourra diminuer les places”
Depuis plusieurs semaines, le parquet de Bruxelles tire la sonnette d’alarme : plusieurs jeunes auteurs d’infractions graves sont libres faute de place en institution. Julien Moinil, procureur du Roi de Bruxelles, critique “un manque d’action politique” et décrit “un problème structurel qui aggrave la situation depuis de nombreuses années”. La Ministre de l’Aide à la Jeunesse tente de trouver des alternatives pour désengorger les Institutions Publiques de Protection de la Jeunesse. Ces solutions vont-elles débloquer la situation ? On en parle avec nos invités Soleyman Laqdim, Délégué général aux droits de l’enfant, et Frédéric Van Leeuw, Procureur général de Bruxelles.
Valérie Lescrenier, Ministre de l’Aide à la Jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles, se dit pleinement consciente de la saturation actuelle des IPPJ, mais rappelle que les jeunes en attente de placement ne sont pas laissés sans suivi. Pour la ministre, des solutions pérennes sont envisagées, notamment une optimisation des places en IPPJ. Valérie Lescrenier évoque également d’autres pistes, comme l’accompagnement des jeunes directement dans leurs lieux de vie grâce à des équipes mobiles. Elle parle aussi de la possibilité de placer ces jeunes dans des services résidentiels agréés de l’Aide à la jeunesse. La capacité d’accueil devrait ainsi augmenter de 12 %.
La Fédération Wallonie-Bruxelles compte 6 IPPJ et la première institution de la Région est actuellement en cours de construction à Forest. Trente jeunes pourraient y être accueillis. À l’origine, l’établissement devait être une IPPJ extra-muros. Finalement, il s’agira d’une IPPJ intra-muros : l’école ainsi que l’ensemble des activités pédagogiques auront lieu au sein même de l’établissement. Le personnel d’encadrement sera donc renforcé. Un budget complémentaire de 500 000 euros par an est prévu. Des sorties accompagnées étant autorisées, le régime sera semi-fermé. Cette nouvelle structure pourrait être accessible d’ici fin 2028 et le budget prévu s’élève à 15 millions d’euros.
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Mais pour nos invités, créer de nouvelles places au sein d’IPPJ n’est pas forcément la solution. Soleyman Laqdim a notamment un avis nuancé sur l’arrivée d’une IPPJ à Forest : “ A la base cette IPPJ devait ouvrir sans qu’il n’y ait une augmentation de la capacité. Aujourd’hui, on entend qu’il s’agit de places supplémentaires. Là où je suis d’accord pour cette arrivée à Forest, c’est qu’on a un gros souci au niveau des IPPJ : c’est le travail avec les familles. Quand votre enfant est placé à saint-Hubert, que vous n’avez pas de visite et que c’est très difficile de déplacer la famille ; si l’objectif c’est de travailler la réinsertion et d’éviter la récidive, on a besoin des familles pour faire ce travail-là donc la proximité bruxelloise permettra de faire ce travail.”
Il ressort principalement de cet échange qu’il y a un manque de moyens dans le secteur de la Jeunesse et qu’un véritable travail doit être réalisé pour que l’action de l’IPPJ ait réellement un impact. “Il y a un travail en amont qui n’est pas fait. Par rapport aux chiffres que vous avez cités, on a une augmentation de 45% des dossiers de la Jeunesse en 10 ans, mais dans cette augmentation, on a 53% de dossiers de mineurs en danger et 26% de mineurs délinquants. Et c’est là qu’il faut intervenir ! C’est si on intervient maintenant sur l’augmentation des mineurs en danger que l’on pourra alors diminuer les places en IPPJ” affirme Frédéric Van Leeuw.
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■ Interview dans Bonsoir Bruxelles