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Plus de 700 emplois d’aides-ménagères menacés dans les titres-services à Bruxelles

Quelque 150 personnes se sont rassemblées jeudi matin devant le cabinet du ministre bruxellois de l’Emploi et de l’Économie, Laurent Hublet (Les Engagés), pour dénoncer une mesure qui menace jusqu’à 735 emplois dans les titres-services en économie sociale d’insertion.

À l’appel de la Fédération bruxelloise des organismes d’insertion socioprofessionnelle et d’économie sociale d’insertion (FeBISP), avec la FGTB et la CSC, les manifestantes ont scandé “Pas de chômage” et “Sauvez les emplois“. Le secteur conteste une modification d’interprétation d’un arrêté adopté en 2024, relatif au cumul entre titres-services et aides à l’emploi. Selon les organisations, cette nouvelle lecture aurait pour effet d’exclure les structures d’économie sociale d’insertion du dispositif de soutien, mettant en péril l’ensemble de leurs activités.

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Selon la FeBISP, cette interprétation était jusqu’ici celle suivie par tous les acteurs. En 2024, les opérateurs ont répondu à un appel à projets en insertion, validé ensuite par Bruxelles Économie et Emploi, Actiris et le Conseil consultatif de l’économie sociale. Le secteur dénonce un changement de cap sans concertation, alors qu’un nouvel appel à projets est prévu le 29 mai 2026 et que l’application stricte de la mesure est annoncée au 1er janvier 2027. Les organisations pointent également un calendrier jugé intenable, qui fragilise la capacité des structures à se projeter.

Il y a plus de 700 emplois, presque 740, qui sont en danger“, a expliqué Tatiana Vanessa Vial Grösser, directrice de la FeBISP. Selon elle, la mesure “n’est vraiment pas un problème budgétaire” et risque au contraire “d’augmenter le chômage à Bruxelles”. Elle souligne que 683 des emplois concernés sont des aides-ménagères, “majoritairement des femmes”, souvent cheffes de ménage.

Du côté syndical, Luca Ciccia (CSC) a dénoncé “le licenciement assez scandaleux de 750 personnes” et “un cadeau inacceptable aux services à but de lucre“. Il pointe une contradiction avec les objectifs régionaux de création d’emplois : “Supprimer plus de 700 postes, ça n’a vraiment aucun sens.” Selon lui, la mesure favoriserait un basculement vers des opérateurs commerciaux, au détriment des structures d’économie sociale offrant un encadrement et des conditions de travail plus protectrices.

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Pour les opérateurs, l’impact serait direct. “Nous sommes 13 organisations menacées d’exclusion d’un dispositif de soutien et nous n’y survivrons pas“, a indiqué François Ledecq, administrateur d’Acelya. “735 emplois, c’est 100% des emplois.” Il évoque un public d’aides-ménagères “majoritairement féminin“, souvent peu qualifié et issu de milieux fragilisés, dont “l’avenir est très incertain“. Les contrats sont assurés jusqu’au 31 décembre, mais “aucune certitude” n’existe au-delà, avec des décisions attendues dès le mois de juin.

Une rencontre avec le ministre est prévue mercredi prochain. Les organisations espèrent obtenir un maintien des dispositifs actuels et n’excluent pas de nouvelles actions si aucune solution n’est trouvée.

Une meilleure reconnaissance des maladies des aides ménagères

La CSC a par ailleurs déposé sept plaintes, jeudi, contre Fedris, l’Agence fédérale des risques professionnels, devant le tribunal du travail de Bruxelles. Ces plaintes concernent des cas où Fedris a refusé de reconnaître des troubles musculo-squelettiques graves comme maladie professionnelle chez des aides ménagères, selon le syndicat chrétien.

Le secteur des titres-services emploie plus de 140.000 personnes travaillant comme aides ménagères, dont 97% sont des femmes“, souligne Kris Vanautgaerden, secrétaire national de la section Alimentation et services de l’ACV/CSC. “Ce secteur est caractérisé par une forte pénibilité physique et des problèmes de santé particulièrement fréquents. Par exemple, 68% des aides ménagères souffrent de maux de dos, 67% de douleurs musculaires et articulaires, et 62% de douleurs cervicales et des épaules. Chaque jour, une aide ménagère sur cinq est absente du travail pour cause de maladie, et plus d’une sur dix est en incapacité de travail de longue durée“.

Ces chiffres, deux fois plus élevés que dans d’autres secteurs, augmentent à mesure que les aides ménagères travaillent plus longtemps, selon la CSC. Pour Kris Vanautgaerden, “il s’agit d’une injustice structurelle: des milliers d’aides ménagères s’épuisent au travail sans recevoir ni reconnaissance, ni protection, ni compensation“.

Avec le réseau médical Médecine pour le Peuple, la CSC a rassemblé plus de 500 dossiers d’aides ménagères déclarant souffrir de ces maux. En décembre 2024, 112 dossiers ont été remis à Fedris pour la reconnaissance de troubles musculo-squelettiques liés au travail, comme des tendinites de l’épaule, du coude ou du poignet ou des syndromes du canal carpien. “La majorité de ces dossiers ont été rejetés, malgré des facteurs de risque professionnels évidents tels que des mouvements répétitifs, le port de charges et le travail dans des postures inconfortables“, explique Kris Vanautgaerden. “Aujourd’hui, nous portons sept dossiers devant le tribunal du travail pour obtenir la reconnaissance de ces affections comme maladie professionnelle“, ajoute-t-il. Ils devraient en principe être plaidés en janvier 2027.

Pour la CSC, il ne s’agit que d’une première étape. “La problématique dépasse le cadre des cas individuels“, poursuit le représentant syndical. “Les aides ménagères, presque exclusivement des femmes, restent sous-représentées dans la reconnaissance des maladies professionnelles, alors même qu’elles sont fortement surreprésentées dans les statistiques d’arrêt maladie. Le fait de ne pas reconnaître ces affections compromet également la prévention: tant que les maladies ne sont pas considérées comme liées au travail, les investissements dans de meilleures conditions de travail ne suivent pas“.

Pour le syndicat, il est également inacceptable que, dans un secteur financé à 70% par des fonds publics, tant de personnes tombent malades sans intervention politique. “Nous exigeons non seulement une reconnaissance des troubles musculo-squelettiques comme maladie professionnelle dans les dossiers concernés, mais aussi une modification de la législation afin que les conditions typiques des aides ménagères soient incluses dans la liste des maladies professionnelles, une réforme des procédures d’évaluation chez Fedris et une plus grande attention portée aux femmes et à la santé dans la politique des maladies professionnelles“, détaille Kris Vanautgaerden. Selon lui, le secteur des titres-services devrait, lui aussi, prendre davantage de mesures de prévention et sensibiliser les clients.

Belga

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