Les services de renseignement américains ont-ils sous-estimé les capacités iraniennes?
Entre discours contradictoires et tensions persistantes, la guerre en Iran pourrait finalement s’avérer bien plus longue et complexe que prévu. Erreur d’anticipation stratégique ou renseignements mal interprétés? Pour plusieurs experts, la question mérite d’être posée.
Selon, Michel Liégeois, professeur de relations internationales (UCLouvain), derrière cet enlisement de la guerre, se cache en réalité un manque d’anticipation: “On sait aujourd’hui que Vladimir Poutine au moment d’engager son opération spéciale était convaincu, et mal renseigné, que l’affaire serait réglée en 48h. Dans le cas de l’Iran, on a toutes les raisons de penser qu’effectivement dans le cercle restreint de ceux qui ont participé à la décision, que les éléments de renseignement qui ont été présentés à Donald Trump, ont été que le régime est au bord de la rupture, que la population iranienne veut le renverser et qu’il suffira d’un petit coup de pouce et de quelques frappes chirurgicales pour décapiter le pouvoir en place.”
Mais dès lors, comment expliquer cette mauvaise anticipation? Pour Michel Liégeois, il n’existe plus de contradiction au sein du cercle restreint de Donald Trump: “Il n’y a plus de pensées contraires. Il n’existe plus dans l’entourage de Donald Trump, de véritables spécialistes de la diplomatie qui ne sont pas pollués par l’idéologie MAGA (Make America Great Again).”
Selon Alain De Neve, chercheur à l’Institut Royal Supérieur de Défense, cette erreur d’appréciation ne réside pas nécessairement dans le travail de renseignement des États-Unis: “A partir du moment où les informations passent la frontière du politique avec la contamination de cette philosophie MAGA, n’importe quel type d’information est mal interprété. C’est un cas de figure parmi d’autres.”
Iran: une guerre plus longue et plus dure qu’annoncée?
En attendant, la guerre semble s’enliser.
Donald Trump assure que le président iranien a demandé un cessez-le-feu aux Etats-Unis. Il a également fait savoir qu’il n’envisagerait un arrêt des hostilités. Mais seulement après la réouverture du détroit d’Ormuz.
Des déclarations très vite démenties par l’Iran qui dit de ne pas apprécier cet ultimatum. Le détroit d’Ormuz restera donc bien fermé malgré “les gesticulations du président américain.”
Du côté de Donald Trump, on sent des signes d’impatience. Il déclare vouloir en finir avec cette guerre assez vite. Mais, et encore une fois les déclarations sont contradictoires, il garde tout de même une menace. Le président américain déclare que, si nécessaire, il pourrait revenir en Iran pour y mener des frappes ponctuelles.