“Une vérité judiciaire a été décidée, on ne peut plus rajouter grand-chose” : ce que le procès des attentats de Bruxelles a permis d’établir
Après des mois d’audience et des milliers de pages de dossier, le procès des attentats a livré ses conclusions. Rôles, responsabilités, fonctionnement de la cellule : pour les observateurs comme pour les acteurs du procès, une forme de clarté s’est imposée. Invités dans Bonsoir Bruxelles, Mohamed Fahmi, islamologue et docteur en sciences de l’information à Université libre de Bruxelles, et Michel Degrève, avocat d’un des accusés acquittés, reviennent sur les enseignements de ce long procès.
Le procès, qui s’est étalé sur plus de neuf mois, a permis d’examiner en détail le rôle de chaque membre de la cellule. “Le procès a révélé les fonctionnements de manière la plus précise possible, donc on sait pertinemment quelles fonctions chacun des membres avaient aujourd’hui”, explique Mohamed Fahmi. “Une vérité judiciaire a été décidée, donc je pense qu’on ne peut plus rajouter grand-chose.”
Un constat partagé par la défense. “On a eu un dossier extrêmement long et un procès extrêmement conséquent”, souligne Michel Degrève. “Les débats ont eu l’occasion de revenir largement sur le rôle de chacun et d’établir une vérité qui est assez cristalline pour tout le monde.”
Une hiérarchie clairement identifiée
Parmi les éléments désormais établis : la structure de commandement de la cellule. “On a une idée précise : c’était Oussama Attar”, affirme Mohamed Fahmi à propos du chef présumé. Il le décrit comme “le responsable le plus gradé” de l’organisation, tandis que Abdelhamid Abaaoud en assurait la coordination opérationnelle en Europe.
Une lecture confirmée par Michel Degrève, qui évoque une analyse “partagée par beaucoup d’acteurs du monde judiciaire”.
Comprendre les mécanismes de radicalisation
Au-delà des responsabilités, le procès a aussi permis de mieux comprendre les parcours des auteurs. Mohamed Fahmi distingue deux grands profils au sein de la cellule : “des personnes idéologisées, qui consommaient pas mal de propagande”, et d’autres davantage influencées par leur environnement social. “Ce sont des personnes sociabilisées, avec des amis, des frères, des gens du quartier […] qui se sont laissés engager dans cette voie.”
Des trajectoires différentes, mais qui convergent vers un même engagement, avec un rapport variable à l’idéologie. “Pour certaines personnes, le rapport au djihad est très approfondi, pour d’autres il est plus superficiel. Parfois, cela peut même être une forme d’excuse”, précise-t-il.
Un procès clé pour comprendre, mais aussi pour clore
Si des zones d’ombre subsistent toujours dans ce type de dossier, les deux invités s’accordent sur un point : le procès a permis d’atteindre un niveau de compréhension inédit. Entre vérité judiciaire et besoin de clarté pour les victimes comme pour la société, ce long processus marque une étape essentielle.
Reste désormais à tirer les enseignements de ces mécanismes, à l’heure où les formes de radicalisation ont évolué depuis les faits jugés.
■ Interview de Michel Degrève et Mohamed Fahmi dans Bonsoir Bruxelles, au micro de Fabrice Grosfilley et Bryan Mommart