Flambée des prix du pétrole : “Qu’on s’approvisionne au Moyen-Orient ou ailleurs, on subit l’augmentation du prix du marché”
La hausse récente des prix du carburant inquiète, sur fond de tensions au détroit d’Ormuz, où de nombreux pétroliers sont actuellement bloqués. Mais ce pétrole qui transite par cette zone stratégique alimente-t-il réellement la Belgique ? Et quels sont les risques pour l’approvisionnement ? Invité dans Bonsoir Bruxelles, Adel El Gammal, professeur en géopolitique de l’énergie à l’ULB, décrypte les mécanismes à l’œuvre.
Premier constat : même si la Belgique ne dépend pas directement du pétrole du Moyen-Orient, elle n’échappe pas à la hausse des prix. “Ce qui se passe, c’est qu’il y a un blocage d’une quantité relativement importante des flux de pétrole dans cette région-là. On parle de 20 % des flux de pétrole, environ la même chose pour le gaz. C’est très important”, explique Adel El Gammal.
Résultat : une tension immédiate entre l’offre et la demande à l’échelle mondiale. “Il y a une pénurie de l’offre par rapport à la demande. Et donc les prix du marché, qui est un marché mondialisé, flambent.”
Même si le pétrole consommé en Europe vient en partie d’ailleurs, notamment de Norvège, cela ne change rien pour le consommateur. “Qu’on s’approvisionne du pétrole là ou ailleurs, on subit l’augmentation du prix du marché.”
Le pétrole fonctionne sur un marché globalisé. “Les prix sont régis par des indices mondialisés, liés à l’équilibre entre l’offre et la demande”, rappelle Adel El Gammal. Résultat : une crise localisée suffit à faire grimper les prix partout, y compris en Belgique.
Une marge de réaction limitée
Certains pays, notamment ceux de l’OPEP, peuvent augmenter leur production. “Il y a toujours des marges disponibles”, indique le professeur. Mais cela ne compense pas totalement la situation actuelle : “30 % de la production mondiale se passe dans cette région qui est en guerre. L’impact est absolument majeur.”
Pas de pénurie, mais des prix élevés
En Belgique, les risques de pénurie restent faibles grâce à des sources d’approvisionnement diversifiées. En revanche, pour les consommateurs, la conséquence est directe : tant que la situation restera tendue au détroit d’Ormuz, les prix à la pompe devraient rester élevés.
■ Interview d’Adel El Gammal dans Bonsoir Bruxelles, au micro de Fabrice Grosfilley et Bryan Mommart