Métro 3 : mieux anticiper les difficultés aurait nécessité de vider le Palais du Midi bien plus tôt
Une meilleure appréhension des difficultés potentielles de construction sous le Palais du Midi aurait nécessité de vider celui-ci de ses occupants bien plus tôt, ont indiqué jeudi les représentants du consortium Toots, en charge de la construction de la nouvelle station de métro Toots Thielemans, et du tunnel de quelques centaines de mètres aux abords de celle-ci.
Les membres de la commission spéciale chargés de se pencher sur la gestion du projet de métro 3 au centre d’un rapport critique de la Cour des comptes en étaient à leur quinzième séance depuis novembre. Ils auditionnaient jeudi Geert Versweyveld et Gaëtan Lamaille, représentants du comité de direction, et François-David Jonard, directeur de projet de la société Toots.
Composée de Besix, Jan De Nul et Franki Construct, c’est celle-ci qui est chargée de la réalisation du chaînon manquant entre la gare du Midi et la station Annessens pour assurer un service de (pré-)métro ininterrompu de Albert à la gare du Nord.
Actuellement, les trams transitent par la station Lemonnier et une zone de “cisaillements” engendrant des croisements et donc des arrêts, en approche de la gare du Midi, ils empruntent une courbe trop serrée pour des rames de métro.
Les personnes auditionnées jeudi ont livré un maximum de détails techniques sur ce qui a mené au renoncement, en cours de partie, à la technique de construction du tunnel sous le Palais du Midi, sans démolition préalable, basée sur le “jetgrouting”.
Celle-ci consiste à couler, sur une profondeur de plusieurs mètres, des piliers de mélange à base de ciment, sous pression, de manière à constituer des parois étanches à la nappe phréatique, jusqu’à la profondeur d’un sol argileux stable.
Selon les témoins du jour, ce n’est qu’une fois le Palais du Midi libéré de ses occupants et les travaux engagés qu’il a été possible de procéder à des sondages géologiques complémentaires assez envahissants depuis les caves. Ceux-ci ont permis de constater que la couche d’argile était par endroits à ce point plus bas que prévu, cela nécessitait le coulage de pieux jusqu’à 24 mètres de profondeur. Cette obligation accroissait le risque de déviation des pieux et de porosité de la paroi du tunnel. Sans compter que l’on a découvert la présence de conglomérats caillouteux susceptibles d’affaiblir les pieux et l’étanchéité de l’ensemble.
Or, il apparaît qu’à Cologne, c’est très vraisemblablement un problème d’étanchéité insuffisamment maîtrisé lors de la construction d’un tunnel de métro selon la technique évoquée plus haut qui a engendré l’effondrement d’un immeuble abritant les archives de la ville, et le décès de deux personnes.
La séance de jeudi a aussi mis en évidence que la construction de la dalle de toiture initialement envisagée, à cet endroit par séquences de 20 mètres sur 15 posait aussi problème. “On a constaté (ndlr: après sondage) une structure de fondation de ce bâtiment de construction initiale ancienne autre par rapport à ce que l’on avait vu. Chaque fondation était un point à traiter de façon différente”, a notamment dit Gaëtan Lamaille.
Il s’est confirmé des auditions du jour que l’option d’un démantèlement partiel du Palais du Midi, finalement retenue et actuellement sur la table n’avait pas été envisagée comme hypothèse de travail au moment de commencer les travaux.
Pour Geert Versweyveld, on ne peut juger, a posteriori sur base de ce que l’on apprend -ndlr: au fil des travaux-, ce qui a été décidé a priori. “Si on ne veut pas de surprise, il y a la méthode chinoise”: tout démolir et reconstruire, a-t-il ironisé.