Kanal annonce son programme d’ouverture entre permanence et expérimentation
Le démarrage du musée d’art moderne et contemporain Kanal-Centre Pompidou est prévu le 28 novembre prochain. À 10 mois de la grande inauguration de ce navire de 40.000 mètres carrés qui abritait autrefois le garage-atelier Citroën, la Fondation Kanal a présenté mercredi son programme d’ouverture dans un décor encore brut.
Cet agenda a pour volonté d’établir l’institution comme un lieu où expositions, collections, pratiques vivantes et processus participatifs sont indissociables. “Le musée se positionne entre permanence et expérimentation, histoires héritées et imaginaires futurs”, explique la directrice artistique de Kanal-Centre Pompidou, Kasia Redzisz.
Une convention de partenariat conclue entre la Région de Bruxelles-Capitales, la Fondation Kanal et le Centre Pompidou pour 12,5 millions d’euros a établi, en 2017, les bases du nouveau pôle culturel. Pendant toute la durée de ce partenariat, qui court jusqu’en 2031, Kanal et le Centre Pompidou conçoivent des expositions de longue durée, à partir de la collection du Musée national d’art moderne. Le premier volet, ‘A truly immense journey’, prendra place en novembre 2026 et se poursuivra jusqu’en janvier 2028. Il mettra en lumière plus de 350 œuvres.
D’autres expositions courront, elles, un peu moins longtemps, jusqu’au printemps 2027. ‘An infinite woman. Black archives in two acts’ revisitera la circulation de l’image des femmes Mangbetu comme symbole colonial, et son renversement par les artistes afro-descendants qui se la sont réappropriée. Avec ‘La première fois’, Joëlle Tuerlinckx partagera ce qu’elle a ressenti lorsqu’elle a posé pour la première fois son regard la salle d’exposition souterraine du musée bruxellois.
L’installation ‘Blindsight’ de Manon de Boer offrira aux visiteurs et amatrices d’art un moment de répit au milieu de l’agitation, tandis que Joshua Serafin les emmènera avec ‘Whispering Pleas of the Eternal Echoes’ dans une quête des origines. Dans le ‘Département des Pièges’, la curatrice Clémentine Deliss les invitera à étudier toute une série d’objets et de tableaux qui induisent en erreur et invitent à de multiples lectures.
Le tandem d’artistes Deborah Bowmann, Maoupa Mazzocchetti et vingt artistes bruxellois se demanderont si un musée peut divertir dans ‘NO SHOW’, se jouant des limites et des attentes du lieu. Pour ‘Right?’, Banu Cennetoğlu présentera la Déclaration universelle des droits de l’Homme dans le showroom de Kanal sous la forme de bouquets de lettres-ballons dorées qui se dégonflent peu à peu. Otobong Nkanga transformera, quant à lui, un des vastes espaces ouverts du musée en un lieu intime de rencontre et de cocréation autour de métiers à tisser.
Enfin, Kanal Architecture (anciennement Fondation CIVA) proposera avec l’exposition ‘The right to the city – right to the future’ un hommage à Bruxelles, positionnant la capitale comme un laboratoire pionnier d´une nouvelle pratique spatiale.
Trois ans et demi de retard
Le projet Kanal accuse trois ans et demi de retard. Mais cette fois, “there is no way back” (“il n’y a pas de retour possible”), assure l’administrateur délégué de la Fondation Kanal, Yves Goldstein. “Ce projet se fera, Ce lieu ne pourra être que le musée que l’on a construit depuis maintenant neuf ans.“, affirme-t-il encore, balayant les doutes concernant le manque de financement d’environ 50 millions d’euros.
> REPORTAGE Où en est le chantier du musée Kanal ? 50 millions d’euros sont encore nécessaires
Selon les calculs actualisés, l’ardoise finale devrait atteindre quelque 230 millions d’euros, sur lesquels la Région a déjà engagé 185 millions d’euros, dont 95% ont été versés. À cela s’ajoute un budget de fonctionnement de quelque 30 millions d’euros par an.
“La programmation présentée aujourd’hui est le résultat de quatre ans de travail. On n’improvise pas un musée en 10 mois. Le monde politique le comprend. Soit on fait les choses mal, soit on va jusqu’au bout du process, ce que la majorité du monde politique bruxellois comprend et reconnaît. Ça nous permet d’ouvrir en novembre 2026, de faire notre programmation 2027-2028, jusqu’à la fin de notre contrat de gestion. En 2027-2028, on se mettra autour de la table avec, soit le gouvernement en affaires courantes si on en est toujours là, soit le gouvernement de plein exercice, pour négocier le contrat de gestion 2029-2033. Aujourd’hui, ce que je demande au monde politique, c’est de respecter les contrats qu’on a signés pour nous permettre d’aller jusqu’au bout de l’ouverture et des deux premières années de programmation.”
avec Belga