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Un événement “sans personnes blanches” : Saint-Gilles retire son soutien, l’association change sa description

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Le collectif féministe bruxellois Imazi.Reine propose ce jeudi soir une discussion virtuelle, proposée uniquement aux « femmes queers racisé·e·s ». Un événement qui se veut, selon la première description proposée sur Facebook, « en non-mixité, sans hommes cis-hétéro et sans personnes blanches ». Cette dénomination a provoqué l’ire de certaines personnes, notamment par rapport au soutien de l’événement par equal.brussels. L’organisation se défend sur les réseaux sociaux.

L’événement était quasiment intime, avec seulement 34 participants annoncés sur Facebook à l’heure d’écrire ces lignes. Et pourtant, il a trouvé la Une des quotidiens régionaux en quelques tweets adressés par des personnes influentes. L’événement ? Une discussion virtuelle sur le thème de « la convergence des luttes non-consensuelles », organisée par le collectif féministe bruxellois Imazi.Reine, avec le Centre Librex, PointCulture Bruxelles et l’ASBL La Maison du Livre. Cet événement bénéficie du soutien d’equal.brussels, le centre bruxellois pour l’égalité des Chances, et, jusqu’à ce jeudi midi, de la commune de Saint-Gilles.

« Un intitulé reformulé »

Au départ, la description de l’événement annonçait que celui-ci se déroulerait « en non-mixité, sans hommes cis-hétéro et sans personnes blanches », et s’adressait « prioritairement aux femmes et queer racisé·e·s ». Jusqu’à ce que des messages émanant notamment du décrié Observatoire des Fondamentalismes , du conseiller CPAS forestois Youssef Lakhloufi (MR) ou du polémiste et auteur Marcel Sel, fassent remonter ces informations à leurs abonnés sur Twitter. La polémique est alors partie : s’agit-il d’un événement raciste vu que l’événement se déroulerait sans personnes blanches, sans que le terme « interdit » soit prononcé ?

Face à ce tollé, l’événement a depuis été modifié. La description explique désormais que l’atelier « s’adresse prioritairement aux femmes et queer racisé·e·s ». Une précision qui émane notamment d’une demande d’equal.brussels comme le précise le cabinet de la secrétaire d’État bruxelloise à l’Égalité des chances Nawal Ben Hamou (PS). « L’intitulé a été reformulé afin qu’il ne soit plus exclusif. Ce qui est un principe fondateur de la loi 2016 contre la discrimination », dit le cabinet à La Capitale. Le directeur d’Unia Patrick Charlier confirme pour sa part que les « safe-spaces », comme celui proposé ce jeudi soir par Imlazi.Reine, « offre un cadre permettant à certaines personnes qui se sentent dans des situations d’oppressions de plus facilement prendre la parole ». Avant d’ajouter, toujours dans La Capitale : « Il y a manifestement une restriction sur base des critères pour lesquels la loi interdit la discrimination. La ligne de partage n’est pas forcément évidente ».

« Un outil de survie et de bien-être »

Face à cette polémique, le collectif Imazi.Reine campe sur ses positions et rappelle pourquoi cette distinction a été faite. « Nous n’expliquons pourquoi les réunions en non-mixité sont nécessaires. Nous les tenons, elles nous font du bien et puis c’est tout », dit le groupe sur Instagram. « La non-mixité est un outil de survie et de bien-être dont nous avons besoin. On crée ces espaces par nécessité et non pas par volonté d’exclusion. Il fut un temps, nous voulions être comprises, dorénavant nous voulons juste être en paix ». Avant d’évoquer d’autres exemples : « On ne s’invite pas aux réunions de famille d’autrui ? Ou aux groupes de paroles de victimes d’agression ? Ni aux réunions d’alcooliques anonymes ? En tant que personnes racisées et groupes minoritaires, vous avez le droit de ne pas vouloir vous exposer à la violence perpétuée par les espaces ‘mixtes’ où le racisme, la misogynie et l’homophobie règnent trop souvent ».

Le collectif n’en est pas à son premier événement, et poursuit ses activités face aux critiques. La réunion, elle, se tiendra ce jeudi soir, avec les personnes inscrites. Et ce malgré la demande de la commune de Saint-Gilles de retirer les mentions faisant référence au soutien de la commune. « Toutes nos initiatives visent à ce que nos habitants, issus d’horizons très divers, apprennent à se connaître et se rencontrer. Il ne sera jamais question d’exclure telle ou telle catégorie de la population des évènements que la commune organise ou soutient », affirme la commune par voie de communiqué.

Mise à jour, 10 décembre 2020 à 19h35 : des précisions ont été apportées autour de l’Observatoire des Fondamentalismes et du titre de l’article.

Les co-organisateurs évoquent leur “désolation” face à la polémique

Mise à jour, 11 décembre 2020 à 11h05 : Le Maison du Livre, le Centre Librex et PointCulture, co-organisateurs de l’événement du collectif féministe Imazi.Reine ont tous trois communiqués sur cette polémique ce vendredi matin. Les co-organisateurs font part de leur “désolation” quant au “ton grandiloquent et alarmiste avec lequel certain.es perçoiventces questions, les extrapolations et les appels à l’interdiction qu’elles suscitent”. Ils se disent également “désolé·e·s d’avoir, de toute évidence, manqué de pédagogie”.

Les co-organisateurs rappellent ce que ces réunions non-mixité choisie (ou “safe spaces”) sont à leurs yeux : “Elles ont toujours été un outil d’émancipation important dans les diverses luttes pour les droits des minorités. Elles permettent par exemple aux participant·es de partir d’une expérience commune de la discrimination, sans être constamment obligées d’en rappeler les contours ou même d’en justifier la réalité. Elles ouvrent un espace où la parole et le vécu se partagent plus aisément qu’en présence de personnes assimilées, même inconsciemment, à la domination. (…) La finalité demeurant bien la construction d’une société plus inclusive.”

Les trois groupes concluent ainsi leur communiqué commun : “Nous faisons le pari que cette pluralité d’approches constitue bel et bien une richesse dans une société démocratique, soucieuse de développer chez celles et ceux qui la constituent le goût d’une citoyenneté active,et la pratique de l’activité associative”.

Gr.I. – Photo : Imazi.Reine

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10 décembre 2020 - 16h05
Modifié le 11 décembre 2020 - 11h20