
L’humeur de Vanessa Lhuillier – Ne vous inquiétez pas, mais…
Ne vous inquiétez pas, mais… préparez-vous au pire. Nous sommes face à une prétérition, une figure de style qui nous fait dire ce que l’on s’était engagé à ne pas dire. Lorsque je vous dis “ne vous inquiétez pas”, cette phrase a pour effet immédiat de vous mettre en alerte et d’attirer votre attention, car les propos qui vont suivre vont nécessairement traiter d’un fait important dont votre vie peut dépendre. Quand le ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin, dit ainsi aux Belges de ne pas s’inquiéter mais que cela serait bien si chez eux, ils avaient un kit de survie pour tenir 72h en totale autonomie, cela va nécessairement provoquer de l’anxiété chez certaines personnes. Surtout qu’en plus, ce fameux kit est déjà en vente dans certains supermarchés et que le lendemain, on peut lire en Une de la Dernière Heure : le kit pour tenir 72h jugé par un survivaliste : « ce kit d’urgence, c’est ridicule ».
Alors là, je m’incline. Les journalistes ont réussi à trouver un expert des plus sérieux, un survivaliste. Le type, cela fait des années qu’il se prépare à la fin du monde en aménageant un abri antiatomique dans son jardin. Ce n’est pas un scout de bas étage qui trois fois par an s’entraîne à allumer un feu et à creuser une feuillée. Non, lui, il a étudié la composition des barres céréalières du kit pour te dire qu’elles vont te provoquer un pic de glycémie 38 minutes après l’avoir ingurgitée. L’expert est tout de même président de l’ASBL Pro Survivaliste. Tout est dans le titre. C’est un pro. Il recommande donc un sac de 40 litres, des plats lyophilisés, une lampe de poche, une radio, un couteau multifonction, un kit de filtration de l’eau, une couverture de survie et de scanner ses documents pour les conserver sur son téléphone. Seul problème, quand il n’y a plus d’électricité, il n’y a plus de téléphone non plus. Mais soit.
A côté de cela, Bruxelles publie également son rapport d’analyse de risques et conseille aussi de se préparer au cas où. Mais rassurez-vous braves gens, il n’y a rien à craindre. Les chars russes ne débarqueront pas demain dans les rues de la capitale, mais par contre une cyberattaque coupant tous les services ou une inondation ne sont pas à exclure. Dans tous les cas, si une crise survient, elle durera plus de 72h, conclut le survivaliste. Nous voilà donc tous rassurés.