
L’humeur de Vanessa Lhuillier – L’homme, l’artiste et la justice
Hier soir, ils étaient près de 200 à s’être mobilisés devant le cirque royal pour accueillir le public de l’humoriste Ary Abittan. J’ai bien dit ils, car il y avait quelques hommes aussi dans la manifestation, peu nombreux certes, mais quelques-uns quand même. Et il y avait aussi quelques Brigitte avec des perruques blondes. Alors Ary Abittan a le droit de se produire sur scène, il a même le droit de raconter dans son dernier spectacle comment il a vécu ses dernières années où il a été accusé d’agressions sexuelles et de viol. Il clame son innocence tous les soirs devant des centaines de spectateurs. Hier, ils n’étaient que 850 sur les 1.600 places que compte le cirque royal. Mais par contre, il faut rappeler qu’Ary Abittan n’a pas été innocenté. La justice ne l’a pas acquitté, elle a prononcé un non-lieu. Elle a jugé que les preuves n’étaient pas suffisantes pour le condamner mais elle ne dit pas que les faits n’ont pas eu lieu. On peut contester cette décision de justice tant, dans cette affaire, les rapports des médecins étaient sans ambiguïté. Les sales connes présentes hier soir et aussi à chaque fois qu’Ary Abittan se produit sur scène démontrent que notre société ne prend pas encore à sa juste mesure les agressions sexuelles subies.
Je pourrais aussi citer le cas de l’animateur français Jean-Marc Morandini qui, malgré une condamnation définitive pour corruption de mineurs, est maintenu à l’antenne par la direction de la chaîne CNews, dont le propriétaire est Vincent Bolloré. Cela choque évidemment les collègues, même Pascal Praud, c’est pour dire. Mais quand arrêtera-t-on de dire qu’il faut séparer l’homme de l’artiste ? Pourquoi les personnalités publiques ont droit à cette clémence alors que personne n’a jamais dit qu’il fallait séparer le boulanger de son pain ? Et surtout, quand la justice prendra-t-elle la mesure de ses agressions sexuelles et reverra la manière dont elle les traite ? Malheureusement, cela laissera le temps à Ary Abittan de remonter pas mal de fois sur scène.