
L’humeur de Vanessa Lhuillier – Les femmes, les premières pénalisées
Dans notre société actuelle, plus on avance en âge, plus on s’enrichit. Sauf accident de parcours, nos revenus augmentent avec l’ancienneté ou l’expérience, les enfants partent de la maison pour devenir autonomes et le crédit pris sur 25 ans est soldé quelques années avant la pension. Arrivés à cette étape de notre vie, nous sommes donc un peu plus tranquilles. Tout ceci, c’est évidemment, dans un monde idéal, pensé par des hommes qui ont grandi dans un milieu favorisé et qui ont pu faire des hautes études. En plus, certains décident de travailler après l’âge de 65 ans, parce qu’ils sont passionnés par leur job à haute reconnaissance sociétale. Eux, ils n’ont pas essayé de maximiser leurs pauvres 20 jours de congés annuels avec les ponts du mois de mai pour avoir 12 jours en en posant que 6. Eux, ils ne se lèvent pas à 4h du matin pour attendre une camionnette de chantier qui ramasse tous les ouvriers à 5h30 parce qu’il n’y a pas encore de transports en commun. Et eux, surtout, ce ne sont pas des femmes.
Ils n’ont pas mis entre parenthèses leur carrière pour élever les enfants parce que leur salaire est moins important que celui de leur conjoint, ils n’ont pas pris une pause pour s’occuper de leur parent atteint d’un cancer, incapable même de se lever à la fin de sa vie, ils n’ont pas pris un temps partiel pour gérer des enfants toute seule. Alors forcément, ils ne peuvent pas imaginer ces situations. Et quand le Bureau du plan leur rappelle que la réforme des pensions va entraîner un accroissement du risque de pauvreté pour les seniors et surtout qu’elle va augmenter les inégalités pour les femmes, ils répondent simplement qu’elles n’ont qu’à s’adapter. En principe, lorsqu’on réforme, c’est pour une amélioration.
Alors certes, il faut faire des économies et le coût du vieillissement pèse lourd sur les finances de l’Etat, mais il touche ainsi aux maigres acquis de celles qui sont déjà fragiles parce qu’elles ont effectué un travail, non rémunéré, mais indispensable à la société.