
L’humeur de Vanessa Lhuillier – Les demandeurs d’asile peuvent vivre à Uccle
Bruxelles, son vivre-ensemble, ses 185 nationalités différentes qui se côtoient. Enfin qui se côtoient, cela dépend d’où. Si on écoute certains, les cultures peuvent se mélanger à Molenbeek, à Koekelberg, à Saint-Josse, mais pas à Uccle. En tout cas, on ne peut pas tolérer tous les mélanges. Les Français, les Italiens, les Espagnols, les Portugais, voire les Allemands sont acceptés. On a fait une petite exception pour les Ukrainiens lors du début de la guerre, mais c’est tout. Depuis une semaine, l’ouverture prochaine d’un centre d’hébergement de Fedasil alimente les discussions des habitants du quartier de la rue Beeckman. Un ancien home doit accueillir prochainement 230 demandeurs d’asile, majoritairement des familles, qui seront encadrées par le Samusocial. Elles sont déjà présentes sur le territoire belge depuis quelques temps et sont logées actuellement dans un centre à Koekelberg devenu trop vétuste. Seulement, ce déménagement réveille les peurs les plus profondes et les plus viles. Celle de l’autre, de celui qu’on ne connait pas. Sur les réseaux sociaux, ce déversoir de haine, on peut lire « qu’il faut les envoyer dans leur milieu naturel : Molenbeek » ou encore que si les Ucclois paient des taxes gigantesques, c’est pour vivre sans se faire agresser ou dépouiller ».
Le demandeur d’asile qui a fui son pays pour retrouver la sécurité avec l’espoir d’une vie meilleure est donc toujours assimilé à la délinquance et la saleté. Ceux qui ne vivent pas comme nous bousculent nos habitudes et peuvent inquiéter. Il est logique que l’ouverture d’un centre suscite des questions sur la sécurité, les livraisons de nourriture ou de blanchisserie, sur le stationnement. Et il ne faut pas non plus vivre dans un monde de bisounours. Ces personnes rencontrent d’importantes difficultés sociales et de revenus qui peuvent compliquer le vivre-ensemble. Mais elles sont aussi encadrées et porteuses de richesses. Il n’y a aucune raison pour que ces demandeurs d’asile ne puissent habiter que dans des quartiers qui connaissent déjà des problèmes de sécurité et de pauvreté. En attendant, une pétition circule et 812 signatures ont été récoltées. Et on peut imaginer que la liste va s’allonger aussi rapidement que celles des réfugiés en attente d’un lieu où poursuivre leur vie en toute sécurité.