
L’humeur de Fanny Rochez – Connaissez-vous votre facteur ?
Avez-vous le souvenir de cette attente de la lettre de votre amour de vacances ? Ou de la carte que votre grand-père a l’habitude d’envoyer pour votre anniversaire ? Votre journal parce que vous avez un abonnement… Vous avez commandé l’appareil électronique dernier cri ou la petite jupe dont vous rêvez depuis toujours ? Le colis va arriver… À l’inverse, vous ne vous attendiez pas à recevoir le petit billet du facteur disant qu’il est passé pour un recommandé et la surprise qui va avec un PV, encore la facture d’électricité que vous avez négligemment abandonnée à son triste sort. En fait, finalement, le facteur, il est le vecteur de votre chance ou de votre malchance.
Le facteur ? Mais le connaissez-vous seulement, votre facteur ? Ou votre factrice. Comment s’appelle-t-il ou elle ? Caroline ? Gérard ? Ou Dany ? Heu, pardon Antoine Bailleul, vous voyez de qui je parle ? Le facteur chti qui fait le tour des maisons sur son vélo et qui finit complètement torché. C’est Dany Boon dans Bienvenue chez les Chtis qui s’est inspiré de celui de son enfance. Et c’est vrai que dans le passé, le facteur est un lien fort dans les petites villes du nord de la France et en Belgique aussi, surtout dans le Hainaut d’où je viens. Comme le disait Dany Boon dans une interview : dans ces villes, nous sommes le résultat de mélanges incroyables. Il y a les Italiens, les Polonais, un brassage qui se retrouve derrière une identité très forte de convivialité, d’intérêt pour l’autre. Cela relève de la tradition. Les gens sont accueillants. Alors la petite goutte en échange d’une bonne nouvelle, c’est du win-win.
Quand on y réfléchit, le facteur incarne ce messager qui relie le monde extérieur à l’intimité du foyer. Il est presque comme la coiffeuse ou la maquilleuse, la confidente ou le confident.
Selon le philosophe Edmund Husserl, le facteur est celui qui transporte les mots, les idées et les fragments d’histoires humaines. Il incarne le lien physique à l’ère du tout-virtuel et des communications dématérialisées. Genre… Aller chercher votre colis ou courrier dans un mur de blocs impersonnel que vous devez ouvrir avec un QR, c’est tout de suite moins humain. L’attente est-elle la même ? Le facteur est humain. En fait, c’est un peu comme certains disent le fonctionnaire de l’humanité.
Alors, autant lui donner un petit nom, non ? À Schaerbeek, ça fait plusieurs mois que les habitants connaissent leur facteur et s’adressent à lui par son petit nom. Appelons-le George. Car George amène la lettre d’amour ou le colis. C’est un projet pilote qui a rendu tellement heureux les Schaerbeekois que Bpost a décidé de généraliser l’idée à toute la Belgique.
Ainsi, dès le départ en tournée, le destinataire recevra par e-mail ou via une notification sur l’application My bpost le prénom de la personne chargée de la distribution. Bon, vous noterez que George ou Georgette d’ailleurs est annoncé de façon digitale. Faut quand même vivre avec son temps.
Recevoir une lettre ou un colis est en tout cas une preuve physique que nous existons aux yeux des autres. Alors si celui qui vous l’apporte devient votre confident, n’hésitez pas à lui proposer une petite goutte … ou plutôt un petit matcha, ça lui évitera de se planter à vélo comme Antoine …