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Child Focus enquête sur les victimes de proxénètes d’adolescents à Bruxelles : “Un problème bien réel”

Logo Child Focus - Belga Siska Gremmelprez

Les adolescents qui ont un parcours dans l’aide spécialisée à la jeunesse ne sont pas les seules cibles des proxénètes d’adolescents à Bruxelles, révèle jeudi une étude de Child Focus, la Fondation pour enfants disparus et sexuellement exploités.

Les victimes de ces proxénètes proviennent également de réseaux internationaux de traite d’êtres humains ou, plus étonnant, de familles aisées de la périphérie sud de la capitale. “Le phénomène est plus vaste que nous le pensions”, alerte l’organisation, qui n’a toutefois pas pu chiffrer l’ampleur du phénomène. “Le problème du proxénétisme d’adolescents existe bel et bien à Bruxelles et brise de nombreux tabous, avec entre autres trois profils étonnants de victimes qui se détachent nettement”, explique l’étude.

Les proxénètes d’adolescents ciblent généralement des jeunes filles, dès l’âge de 11 ans, qui ont un parcours dans l’aide et la protection de la jeunesse. Ces adolescentes se trouvent souvent dans la précarité ou dans une situation familiale problématique, parfois en raison de négligence et d’abus, explique Child Focus. Les proxénètes utilisent l’affection et offrent par exemple des cadeaux aux jeunes filles pour les rendre dépendantes.

“Une double vie”

L’organisation s’étonne que des mineures issues de familles plus aisées, qui ne sont a priori pas vulnérables, soient également victimes de bandes urbaines. Des parents absents en raison du travail, la solitude et un désir d’une vie différente les rendraient faciles à recruter sur Internet, analyse la fondation. “Ces adolescentes vivent une double vie. Elles ne fuguent pas et ne sont pas absentes à l’école. Les proches ne savent donc rien et les auteurs utilisent leur honte en les menaçant avec des images à caractère sexuel”, explique l’autrice de l’étude, Charlotte Verhofstadt.

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D’autres victimes sont originaires d’Europe de l’Est, amenées en Belgique en échange de “mirages affectifs et matériels”, pour échapper à la pauvreté. Child Focus a également reçu d’autres signalements concernant plusieurs Françaises, “vendues” par leur petit ami à une bande urbaine à Bruxelles (NDLR : une affaire qui a fait grand bruit à Saint-Gilles). Toutes les victimes semblent partager l’envie d’une vie meilleure, souligne Child Focus.

Les jeunes filles ne s’identifient pas à des victimes, ce qui complique la gestion du problème, analyse l’organisation. Les signalements sont surtout faits par des tiers. “Les adolescentes exploitées ne demandent pas d’aide. Elles la refusent même souvent parce qu’elles ne perçoivent pas leur situation comme problématique”, détaille la directrice du centre d’accueil spécialisé Pag-Asa, Sarah de Hovre.

Un manque de coordination et de communication

En outre, les ressources humaines et financières manquent cruellement pour s’attaquer au problème, alerte Child Focus. “Sans policiers sur le terrain, nous ne pouvons pas retrouver les victimes”, souligne Sarah de Hovre. L’organisation explique qu’Internet crée une “boîte noire”, qui facilite le procédé des proxénètes. “Personne ne comprend vraiment leur fonctionnement et leurs techniques”, s’inquiète la fondation. L’étude observe cependant que l’attachement émotionnel semble en tout cas plus efficace et moins risqué que la violence physique.

Child Focus déplore également que des acteurs comme la police, le parquet, les écoles ou les travailleurs sociaux ne connaissent pas assez la traite des êtres humains. “Ces personnes, qui travaillent avec les jeunes, ne contactent pas les centres spécialisés”, explique Sarah de Hovre. “Quand un assistant social rencontre une jeune fille qui a un nouveau téléphone, de nouveaux vêtements, qu’il voit un jeune homme venir la chercher dans une belle voiture, les signaux d’alarme devraient s’allumer”, insiste-t-elle.

L’organisation dénonce encore le manque de coordination et une communication trop limitée, ainsi que le manque de place dans les centres spécialisés d’aide à la jeunesse.

Child Focus plaide pour un point de contact unique en Belgique, qui offrirait une meilleure vision du problème. L’organisation demande également la mise sur pied d’“un plan qui mette l’accent sur une coordination et une coopération solides entre tous les acteurs concernés, la protection et le soutien des victimes, la formation des professionnels, la détection et la poursuite des auteurs, ainsi que les mesures préventives pour les victimes et les auteurs potentiels”.

L’étude complète est consultable en cliquant sur ce lien.

Gr.I. avec Belga – Photo : Belga/Siska Gremmelprez

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25 juin 2020 - 17h24
Modifié le 25 juin 2020 - 17h24