Collectif Citoyen, Act-SALEM… : qui compose ces petites listes aux élections régionales ?

Au-delà des partis traditionnels, plusieurs listes citoyennes sont officiellement enregistrées pour les élections régionales du 26 mai 2019, en Région bruxelloise. Ces mouvements citoyens proposent-ils tous des novices de la politique comme candidats ? Quels sont leurs programmes ? Nous faisons le tour de ces listes qui parfois ne comprennent… qu’un.e candidat.e.

Revoir notre émission Question politique : quelle place pour les listes citoyennes lors des prochaines élections ?

Collectif Citoyen

Le collectif citoyen a présenté des listes en Région bruxelloise et dans toute la Wallonie. Il déclare être “le premier mouvement politique de ce type” en Belgique, et souhaite “un nouveau cadre déontologique pour encadrer les élus”, “le renforcement des réglementations en termes de transparence des institutions”, et “la mise en place de mécanismes de participation citoyenne”. La liste souhaite mettre la priorité sur cinq enjeux : l’environnement, le “sectarisme”, la “financiarisation de l’économie”, le numérique et la démographie.

Le collectif citoyen est une union de citoyens, parmi lesquels des mandataires communaux indépendants et des candidats ou des élus sur des listes citoyennes aux dernières élections communales. Une majorité des candidats se présentent toutefois pour la première fois à un scrutin.

La liste bruxelloise, à la Région, est menée par Raouf Ben Ammar, un ancien membre du Parti Socialiste qu’il a quitté en 2004 avant de se présenter aux élections régionales en 2009, sur la liste Cap d’Orazio, liste d’extrême-gauche menée par l’ancien syndicaliste wallon Roberto D’Orazio. À l’époque, la liste avait recueilli 501 suffrages, dont 32 pour Raouf Ben Ammar. Il s’était ensuite présenté, en 2018, à la Ville de Bruxelles sur la liste… Plan B (lire plus bas).

Le collectif citoyen compte 12 candidat.e.s en Région bruxelloise.

Act-SALEM

La liste Act-SALEM est en fait un cartel formé par le parti Act, présidé par Hassan Rahali, et le parti SALEM, présidé par Michel Dardenne. Act est une liste qui s’était déjà fait connaître en octobre 2018 lors des élections communales à Molenbeek. Hassan Rahali (ancien de la sp.a) et ses colistiers avaient obtenu 734 voix (1,90%).

SALEM, de son côté, est une liste menée par l’ancien vice-président du parti Islam, Michel Dardenne. L’homme avait expliqué son départ d’Islam, en 2018, par des divergences d’opinions : “Dès qu’il y avait une discussion sur un thème, les dirigeants commençaient à lire le Coran pour faire taire tout le monde. Des choses comme ça n’ont rien à faire avec la politique”, confiait-il à nos confrères de Bruzz. Avec Salem, ce citoyen belge converti à l’islam souhaite porter “un message de paix” et “redonner aux croyants une voix en politique”. Avec trois thèmes principaux : un vivre-ensemble durable, la justice, et la création d’un parlement citoyen. À Bruxelles, la liste SALEM avait obtenu 391 voix (0,55%), lors des élections communales d’octobre 2018, dont 216 voix pour Michel Dardenne

36 candidat.e.s forment ce cartel bilingue, qui se présente toutefois dans le groupe linguistique francophone.

Agora

La liste Agora a une particularité : les 17 candidat.e.s ont été tiré.e.s au sort parmi les 150 membres de ce mouvement bilingue. Le collectif, dit citoyen, souhaite obtenir un.e élu.e au Parlement bruxellois afin d’y faire valoir le projet d’une assemblée citoyenne de 89 Bruxellois tirés au sort parmi la population. Leur projet est ainsi de renouveler la moitié des membres de cette assemblée citoyenne tous les six mois, avec une limite de mandat d’un an. Trois critères de choix seraient toutefois fixés : une représentation égale d’hommes et de femmes, une représentativité des différentes tranches d’âges et une représentativité de tous les niveaux d’études. Durant la première phase, cette assemblée pourrait s’organiser une dizaine de samedis sur l’année. Avec l’espoir que ce projet prenne forme et puisse se développer ensuite en Wallonie et en Flandre, après cette expérimentation bruxelloise.

Au-delà de cette proposition de tirage au sort représentatif de la population pour créer une nouvelle assemblée, le programme d’Agora ne va pas beaucoup plus loin, et ne précise pas ses ambitions sur les autres thèmes politiques.

La liste Agora se présente dans le groupe linguistique néerlandophone, espérant ainsi obtenir les voix nécessaires pour un siège de député néerlandophone. Le groupe n’est toutefois pas à confondre avec d’autres partis qui ont eu le même nom par le passé, comme l’émanation du cdH à Mons, également nommé Agora lors des dernières élections communales dans la cité du Doudou.

Be.One

Le parti Be.One est annoncé depuis belle lurette aux élections, il a désormais officiellement déposé une liste pour la Région bruxelloise. Celle-ci est menée par Dyab Abou Jahjah, surtout connu en Flandre pour avoir dirigé la Ligue arabe européenne (AEL), et pour avoir tenu durant trois ans une chronique dans le quotidien De Standaard. En 2017, il avait toutefois été renvoyé du journal en raison d’un commentaire sur Facebook, dans lequel il justifiait l’attaque au camion-bélier qui avait coûté la vie à quatre soldats israéliens. Il avait ainsi expliqué qu’il fallait “libérer” la Palestine “par tous les moyens nécessaires”. Il s’était également lancé en politique en 2003 en fondant la liste RESIST, avec le PTB puis avec le Parti démocratique musulman. Il n’a toutefois jamais été élu.

Le parti Be.One en Région bruxelloise, se présente dans le groupe linguistique néerlandophone. Il souhaite notamment rendre la Région bruxelloise “forte et autonome”, et place ses priorités sur la mobilité, l’environnement et la lutte contre les discriminations. La liste souhaite notamment mettre en place une taxe routière à l’entrée de la capitale ou lancer un projet de “décolonisation radicale” de l’espace public.

La deuxième place de cette liste échoue à la journaliste francophone indépendante Candice Vanhecke. Le parti, avec ses 8 candidat.e.s, souhaite au moins décrocher un siège, et veut surtout se placer comme un opposant au programme de la N-VA.

Plan B

Après avoir tenté de se faire une place au conseil communal de la Ville de Bruxelles lors du dernier scrutin local (le parti et ses 49 candidats avaient obtenu 612 voix, soit 0,87% des suffrages), le groupe Plan B présente une nouvelle liste lors des élections régionales cette fois. Cette liste citoyenne présentera cette fois 16 candidat.e.s et continuera de défendre la transparence publique et une amélioration de la démocratie représentative, avec un pouvoir plus important accorder au citoyen, via notamment les comités de quartiers.

La liste avait notamment eu droit à une certaine visibilité à Bruxelles avec la présence de Vincent Flibustier, créateur de Nordpresse, lors du scrutin communal. Ce dernier ne sera cette fois pas candidat aux régionales, contrairement à cinq autres candidat.e.S : Annick Letecheur, tête de liste, Fabrice Jaminon, 8e, Michel Devos, 10e, Laura Desmedt, 13e, et Quentin Parete, ancien membre du MR qui a quitté le parti libéral en 2016 et qui poussera la liste lors de ce prochain scrutin.

La liste Hé (pour Humanité-Égalité) ne compte qu’une seule candidate : Isabelle Praile, ancienne vice-présidente de l’Exécutif des Musulmans de Belgique. Arrivée en 2008 à ce poste, cette citoyenne belge convertie à l’islam avait quitté l’EMB en 2016. Elle s’était notamment exprimée contre l’interdiction du port du voile intégrale, estimant cette loi “liberticide” et portant atteinte “aux droits fondamentaux de la constitution.

Elle avait également confié son indignation après la diffusion des propos du président du parti Islam Redouane Ahrouch sur la place des femmes en politique. “Ces propos ne sont pas partagés par une immense majorité de musulmans et ne correspondent pas à la vision qu’à une grande partie de la population musulmane de la place de la femme au sein du système politique”, avait-elle confié dans la DH avant les élections communales d’octobre 2018.

Be@eu

Cette liste ne compte qu’un seul candidat : Philippe Latteur. L’homme est connu pour avoir voulu se présenter lors des élections communales du 14 octobre 2018, à Woluwe-Saint-Lambert. Il devait ainsi être tête de liste… d’Islam. Finalement, le parti n’a pu présenter de liste à Woluwe-Saint-Lambert. Mais surtout, Philippe Latteur avait eu droit à quelques articles de presse suite à des menaces portées à l’encontre d’une internaute.

Ce dernier avait commenté sur la publication Facebook du MR de Woluwe-Saint-Lambert concernant l’arrivée du parti Islam aux élections communales. “Si la charia débarque, il sera le premier lapidé !!!”, avait-alors écrit l’internaute. Ce à quoi Philippe Latteur lui avait répondu, par message privé sur Facebook : “Je vais te rendre visite et venir te lapidé (sic) au Delhaize très vite. (…) Horreur de faux cul comme toi!!!”.

Philippe Latteur avait expliqué à la RTBF que ces messages avaient été écrits “sans conviction” et “à la hauteur du message” de l’internaute visée. Amélie Pans, tête de liste MR à Woluwe-Saint-Lambert, avait pour sa part décidé de porter plainte pour menaces de mort à l’encontre de Philippe Latteur.

Alors, quid de son programme pour ces élections régionales ? L’homme souhaite notamment “une allocation universelle pour tous les Européens”, “légaliser le cannabis en Belgique” ou que les travailleurs “travaillent 3 jours par semaine après 50 ans”. Bref, peu de compétences de la Région bruxelloise… Le candidat partage en tout cas, sur Twitter et Facebook des vidéos de Marion Maréchal-Le Pen, nièce du politique français d’extrême-droite Jean-Marie Le Pen, et a publié sur YouTube une conférence d’Alain Destexhe sur l’immigration.

Découvrez notre dossier complet sur les élections du 26 mai 2019.

Grégory Ienco – Photo : Belga/Hatim Kaghat