Blanchiment d’argent : ” Aujourd’hui, on a le trafic de drogue, mais demain, on aura affaire à un autre trafic !”
Un millier de sociétés créées chaque année serviraient à la fraude. Les créations de sociétés ont pratiquement doublé ces dernières années, alors que l’économie belge ne progresse pas au même rythme. Quels sont les principaux secteurs qui attirent les réseaux criminels ? Et quels moyens sont mis en place pour lutter contre la fraude ?
Les sociétés sont devenues des véhicules privilégiés pour les organisations criminelles en matière de blanchiment d’argent, de fraude fiscale ou de fraude sociale. Elles servent notamment à effectuer des transferts de fonds avant d’être tout simplement abandonnées. Les secteurs les plus concernés sont l’horeca, les commerces de proximité ou encore les salons de coiffure.
D’après la CTIF, la Cellule de traitement des informations financières, les organisations criminelles ont bien compris que créer une société en Belgique ne coûte pas très cher. Une situation qui leur permet d’en créer des centaines à la chaîne.
” Ici, à Bruxelles, nous constatons une création exponentielle de sociétés. En 2026, environ 1 200 entreprises sont constituées chaque mois. Ce chiffre ne correspond absolument pas à l’évolution du commerce réel dans la Région de Bruxelles-Capitale“, affirme Pierre-Yves De Harven, Président du tribunal de l’entreprise de Bruxelles.
Depuis la précédente législature fédérale, les communes peuvent lancer des enquêtes d’intégrité. L’objectif est de contrôler certains commerces et établissements accessibles au public afin de détecter d’éventuels liens avec la criminalité organisée.
Le dispositif est encore peu utilisé, mais la Ville de Bruxelles et Saint-Gilles l’appliquent déjà. À Berchem-Sainte-Agathe, le bourgmestre Christian Lamouline vient à son tour de lancer la procédure, en collaboration avec le parquet.
Trois secteurs sont ciblés : les débits de boissons, les commerces non spécialisés, ainsi que les activités liées aux jeux et aux paris.
Si l’enquête révèle des liens avec des activités criminelles, les autorités pourront ordonner la fermeture définitive de l’établissement.
Pour Marcella Militella, de BASTA !, il est essentiel de s’attaquer aux structures du crime organisé : « Si on ne s’attaque pas à l’existence même du crime organisé, à ses origines et à ses moyens de fonctionnement, aujourd’hui, on a le trafic de drogue, mais demain, on aura affaire à un autre trafic. »