Procès des attentats de Bruxelles : 5 accusés protestent, le SPF Justice poussé à agir

Le procès des attentats de Bruxelles entame sa troisième journée ce mercredi. Si, contrairement aux deux jours précédents, il n’y a pas eu de manquement du côté des jurés, ce n’est pas le cas pour les accusés.

Avant que l’audience ne débute, cinq accusés ont demandé à retourner dans leur cellule et désirent ne pas assister à l’audience du jour. Ils protestent contre les conditions de transfert (de la prison de Haren vers le Justitia) qu’ils considèrent comme “humiliantes“.

Lundi déjà, à l’ouverture du procès, certains accusés dont Mohamed Abrini ont dénoncé les conditions de détention et de transfert des accusés. Sans ambiguïté, “l’homme au chapeau” a prévenu la cour : si les choses restent en l’état, il se taira jusqu’à la fin du procès.

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Les cinq personnes qui ont quitté la pièce sont Mohamed Abrini, Osama Krayem, Salah Abdeslam, Sofien Ayari et Ali El Haddad Asufi. Au début de l’audience, Ali El Haddad Asufi a déclaré se sentir “humilié” et dénonce, notamment, la présence de caméras aux toilettes. “J’attends ce procès depuis 6 ans et demi. Je veux m’expliquer, mais on n’a pas les moyens de s’exprimer sereinement. On nous humilie tous les jours et on veut nous briser psychologiquement.

Pour l’association de victimes Life4Brussels, il n’est “pas envisageable” que les accusés ne prennent pas part au procès. “Le SPF Justice doit absolument remédier à la situation. (…) Après la saga des box, aujourd’hui, une nouvelle saga risque de mettre à mal ce procès. Il n’est pas envisageable pour nous que les accusés ne prennent pas part à ce procès !“, indique l’association par voie de communiqué.

“Des victimes disent se sentir pris en otage”

Les survivants des attentats ont vécu des choses terribles après les attentats de 2016, mais ce n’est pas une raison “pour traiter les accusés de manière inhumaine et dégradante“, déclare une victime, citée dans le communiqué.

Comme l’explique Aline Fery, avocate de Life4Brussels dans + d’Actu, “que les accusés quittent les boxes ainsi, c’est une nouvelle souffrance pour les victimes”. “On attend que les accusés prennent leurs responsabilités et répondent aux questions. (…)  Des victimes disent se sentir pris en otage par cette décision”, ajoute-t-elle.

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Durant cette troisième journée de procès, les procureurs fédéraux vont poursuivre la lecture de l’acte d’accusation, long de près de 500 pages. Ce mercredi, ils vont aborder la partie consacrée aux biographies et aux résumés des auditions de chaque accusé.


09h30 – Lecture de l’acte d’accusation concernant Oussama Atar

La procureure Paule Somers a relaté le parcours de vie d’Oussama Atar, né à Bruxelles en 1984, le seul accusé qui fait défaut. Celui-ci avait rejoint l’Irak dès 2004, était revenu en Belgique en 2012, radicalisé et avec une expérience du combat, avant de repartir rapidement, cette fois en Syrie.

En février 2007, il est condamné à la réclusion à perpétuité par les autorités irakiennes pour séjour illégal, peine qui sera ensuite portée à 10 ans de prison. Oussama Atar est ensuite libéré en août 2012 pour des problèmes médicaux et revient alors en Belgique.

Le 11 décembre 2013, il quitte la Belgique pour la Turquie et rejoint ensuite la Syrie. À cette époque, d’autres membres de la cellule terroriste responsable des attentats à Paris et à Bruxelles s’y trouvent déjà, notamment Abdel Hamid Abaaoud, Najim Laachraoui, Bilal El Makhoukhi, Osama Krayem, Sofien Ayari et Mohamed Belkaïd. La mort d’Oussama Attar a été annoncée par le groupe terroriste État Islamique en mars 2019. “Cependant, en l’absence de preuve de la réalité du décès de l’intéressé, les poursuites ne peuvent être considérées comme éteintes à son encontre“, précise l’acte d’accusation.


10h00 – Mohamed Abrini, de la délinquance au terrorisme

Souvent appelé “l’homme au chapeau”, il était présent à l’aéroport de Zaventem, mais à renoncer au dernier moment à se faire exploser.

Mohamed Abrini est né le 27 décembre 1984 et a grandi à Molenbeek-saint-Jean. La famille Abdeslam est voisine et les enfants se connaissent bien. Après un parcours scolaire difficile, il entre dans l’âge adulte par la délinquance. Il se fait arrêter pour vol, parfois avec violence, et effectue des passages en prison dès 2003.  Entre 2010 et 2012, Mohamed Abrini et Ibrahim El Bakraoui sont incarcérés à la prison d’Ittre, où ils se sont probablement croisés.

C’est en 2014 que Mohamed Abrini commence à s’intéresser à la religion. Son frère part pour la Syrie et se fait tuer là-bas pendant que Mohamed est en prison. A sa sortie, il formule le souhait d’aller voir sa tombe. Les messages à sa compagne de l’époque sont de plus en plus radicaux. Il exige qu’elle porte le voile et la menace de la quitter si elle refuse. Il la traite de “mécréante“.

Après une nouvelle incarcération de plusieurs mois, il organise un voyage en Syrie et s’y rend fin mai 2015 avec notamment le terroriste Abdel Hamid Abaaoud, le coordinateur des attentats de Paris. Entendu par la police de Molenbeek 10 jours plus tard, il nie tout voyage en Syrie et se défend de radicalisme.

Le 14 novembre 2015, au lendemain des attentats parisiens, Mohamed Abrini entre en clandestinité. Il est recherché pour avoir accompagné Salah Abdeslam à Paris et sa photo est publiée dans la presse. Le 22 mars 2016, les attentats de Bruxelles sont commis. Abrini est arrêté le 8 avril 2016 et incarcéré depuis lors.

L’ADN de Mohamed Abrini a été découvert sur deux gants en caoutchouc, dont un porte également la trace de Najim Laachraoui. Ces gants, selon l’enquête, ont très probablement été utilisés par les auteurs des attentats pour manipuler les produits chimiques nécessaires à la fabrication des explosifs. Mais Mohamed Abrini a nié avoir participé à cette fabrication, affirmant que la tâche a été accomplie par Najim Laachraoui et Ibrahim El Bakraoui.

Mohamed Abrini, le 11 novembre 2015, après les attentats de Paris – Photo : Police fédérale

14h00 –El Makhoukhi savait où étaient les armes de la cellule, selon la Sûreté

La Sûreté de l’Etat a pu intercepter une conversation entre Mohamed Abrini et Mehdi Nemmouche, auteur de l’attentat du musée juif de Belgique du 24 mai 2014, lorsqu’ils étaient incarcérés tous deux à la prison de Bruges.

Cette conversation du 27 mai 2016 révèle que Bilal El Makhoukhi savait où se trouvaient les armes, les explosifs et l’argent qui lui auraient été confiés par Najim Laachraoui, l’un des terroristes de Zaventem. Abrini affirme que cet arsenal doit servir à un nouvel attentat.

Dans une autre conversation du 1er juin 2016, Mohamed Abrini interroge Bilal El Makhoukhi sur ces armes et sur la manière dont son frère pourrait éventuellement en prendre possession. El Makhoukhi affirme savoir où les armes sont cachées. Le 2 juin, Abrini cherche à connaître le “code” pour récupérer les armes. El Makhoukhi lui répond que la personne à qui il les a remises n’acceptera pas de les remettre à quelqu’un qu’elle ne connaît pas.


15h20 – Sofien Ayari envoyé en Europe pour des attentats

Sofien Ayari, de nationalité tunisienne, aurait commencé à se radicaliser en 2013, rapporte l’enquête. Arrivé en Syrie en 2015, il aurait quitté le pays à la  mi-septembre 2015, en compagnie d’un autre accusé, Osama Krayem, et d’un autre individu, Ahmad Alkhald. Ils sont passés par la Grèce pour arriver ensuite à Ulm en Allemagne, début octobre 2015. C’est alors Salah Abdeslam qui est venu les chercher dans cette ville pour les amener en Belgique. “Tout porte à croire que Sofien Ayari, comme Osama Krayem et Ahmad Alkhald, a fait partie de la Liwa As Saddiq [cellule de l’État Islamique chargée notamment des opérations extérieures] et a été choisi en cette qualité pour venir prêter main forte au projet d’attentat [en Europe] qui avait été planifié en Syrie”, est-il mentionné dans l’acte d’accusation.

Sofien Ayari lors du procès de la fusillade de la rue du Dries – Photo : Belga

Ayari et Krayem ont été conduits par Abdeslam dans une planque de la cellule terroriste à Auvelais. Ils ont ensuite séjourné dans une autre, rue Henri Bergé à Schaerbeek, où des ceintures explosives ont été réalisées en vue des attentats à Paris le 13 novembre 2015. Il ressort de l’enquête que Sofien Ayari a ensuite séjourné dans une planque située avenue de l’Exposition à Jette. Puis, début décembre 2015, Ayari est parti vivre dans la planque de la rue du Dries à Forest, avec Krayem toujours, ainsi que Mohamed Belkaïd. Ils y seront rejoints plus tard par Mohamed Abrini, Salah Abdeslam et Najim Laachraoui. Ayari a ensuite pu fuir avec Abdeslam, le 15 mars 2016, lors de la fusillade de la rue de Dries. Avant d’être arrêté le 18 mars par la police. Il ne révèle rien de ces plans à la police.

Mais l’acte d’accusation insiste : “le fait que Sofien Ayari et Salah Abdeslam ignoraient la forme définitive des attentats n’élude pas leurs responsabilités”.


16h26 – Osama Krayem, le combattant des vidéos de l’EI

D’après l’acte d’accusation, Osama Krayem, né à Malmö en Suède, a rejoint la Syrie en août 2014 avec un autre ami suédois. Il rejoint le groupe Etat islamique et décide rapidement de combattre. Le 25 février 2015, il attire l’attention de son frère sur une vidéo violente dans laquelle il prétend apparaître. Dans une vidéo repérée par les enquêteurs belges, on le voit notamment assister à la torture d’un soldat jordanien.

Le 1er avril 2015, il raconte à sa sœur qu’il a rencontré un nouveau chef, El Adnani, porte-parole de l’EI et “ministre des attentats”. Il apparaît également sur une photo prise à un endroit où sont confectionnés des explosifs à grande échelle. Il dit notamment avoir participé au tournage de vidéos du groupe terroriste.

Il quitte la Syrie en septembre 2015, passant par la Turquie, la Grèce et l’Autriche. Il fait route avec Sofien Ayari et un certain Ahmad Alkhald. Les éléments de l’enquête laissent penser qu’Osama Krayem appartient à la Liwa As Saddiq (cellule responsable des ‘missions extérieures’ de l’EI), ce qui aurait justifié qu’il soit envoyé en Europe après avoir appris à confectionner des explosifs. Krayem est pris en charge par Salah Abdeslam à Ulm, en Allemagne, avec Sofien Ayari en vue des attentats de Paris. Ils sont conduits dans différentes planques.

Après les attentats de Paris, Osama Krayem rejoint la cellule rue Henri Bergé à Schaerbeek, puis avenue de l’Exposition à Jette avec Mohamed Belkaïd et Sofien Ayari.

Osama Krayem - Belga Igor Preys
Osama Krayem – Photo : Belga/Igor Preys

18h02 – Les procureurs doivent lire plus de la moitié de l’acte d’accusation

La lecture de l’acte d’accusation se poursuivra jeudi devant la cour d’assises de Bruxelles, où se tient depuis lundi le procès des attentats de Bruxelles et Zaventem en 2016. Il s’agit normalement de la dernière journée consacrée à la lecture du document de 467 pages, mais il reste plus de la moitié à lire.

Le ministère public doit encore se pencher sur le rôle des accusés Salah Abdeslam, Ali El Haddad Asufi, Bilal Makhoukhi, Hervé Bayingana Muhirwa ainsi que Smail et Ibrahim Farisi. Il reste également à parcourir une partie du chapitre consacré à Osama Krayem. Le suspense est donc entier quant à l’éventualité de boucler la lecture de l’acte d’accusation jeudi.

■ Reportage de Maël Arnoldussen, Loïc Bourlard et Djôp Medou

C.TQ avec Belga

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07 décembre 2022 - 20h55
Modifié le 08 décembre 2022 - 06h48