Aller au contenu principal
BX1

Les menaces russes s’intensifient en Europe : “Entre 2022 et 2025, ce genre d’incidents a été multiplié par dix, voire plus”

Drones, sabotages, incendies, cyberattaques… Depuis plusieurs mois, les pays européens font face à une multiplication d’incidents attribués, ou soupçonnés d’être liés, à la Russie. Une stratégie dite ” hybride “, qui vise notamment les infrastructures sensibles et les entreprises participant au soutien à l’Ukraine. La Belgique est elle aussi concernée.

Le phénomène s’accélère depuis l’été. Le 4 août 2026, à l’aéroport de Leipzig/Halle, en Allemagne, un drone équipé d’explosifs est découvert à proximité d’un avion-cargo ukrainien. Plusieurs autres drones auraient également été utilisés dans cette opération. Le dispositif explosif ne détonne finalement pas. Après plusieurs semaines d’enquête, Berlin attribue officiellement l’opération à la Russie le 1er septembre, évoquant une « attaque hybride ». L’Union européenne reprend à son compte cette attribution et condamne une tentative de sabotage russe.

A lire aussi : Des hackers russes ciblent à nouveau des sites web des autorités belges

L’incident allemand n’est toutefois pas isolé. En Estonie, un incendie criminel frappe dans la nuit du 15 août les locaux de Milrem Robotics, une entreprise de défense qui fournit notamment des équipements à l’Ukraine. Le 29 septembre, les services de sécurité estoniens affirment avoir établi que le sabotage avait été commandité par les services russes. Trois ressortissants lettons ont été arrêtés dans le cadre de l’enquête. Moscou rejette ces accusations.

Des incident qui ne cessent de se multiplier en Europe selon Alain De Neve, chercheur à l’Institut Supérieur de Défense. “Entre 2022 et 2025, ce genre d’incidents (les attaques russes) a été multiplié par 10 voire plus. On était à 3, on est maintenant à 34 en 2025. Ces incidents vont très certainement se reproduire, c’est ce qu’on appelle une guerre hybride” explique M. De Neve.

À ces incidents s’ajoutent des cyberattaques, des opérations d’influence, des actes de sabotage et des violations d’espace aérien. Pour l’Union européenne, l’objectif de ces opérations est notamment de perturber les infrastructures, semer l’incertitude et affaiblir le soutien européen à l’Ukraine. Une idée confirmée par le chercheur qui détaille le but recherché par l’armée russe : “La jonction à la fois militaire et non militaire est destinée à s’attaquer aux infrastructures critiques, à fragiliser le tissu social en créant des divisions au sein de nos sociétés et en jetant le trouble dans l’ensemble des pays membres de l’OTAN“. Pour Alain De Neve, l’armée russe teste les limites de l’OTAN et sa solidité : “L’idée est de tester la solidité de cette  solidarité atlantique dans le cadre de l’OTAN  : quelles sont les réactions de l’OTAN ? Quels sont les moyens mobilisés? Quelle est le temps de réaction ? Quelles sont les paralysies qu’on peut observer chez nous ?” explique-t-il.

“On va dépasser la durée de la seconde guerre mondiale”

Pour l’instant, la Russie ne revendique pas les attaques menées par principe, selon Tanguy De Wilde professeur de relations internationales à UClouvain. Mais le pays joue tout de même sur la fatigue du continent européen pour semer le trouble : “Ce que la Russie essaie de faire est de jouer sur le fait que l’Europe a eu une fatigue dans l’élargissement de l’Union européenne et dans le soutien à l’Ukraine. Elle essaie donc une guerre cognitive à travers les réseaux sociaux en montrant que l’Ukraine est une charge et de démoraliser les populations” explique Tanguy De Wilde.

A lire aussi : Skeyes relève un nouvel incident de drone à Brussels Airport, qui ne voit aucun signalement

Concernant, une fin possible dans la guerre en Ukraine, le professeur assure qu’une fin aura lieu mais qu’aucune date n’est prévisible : “On ne sait pas quand la guerre se termine et nous allons actuellement dépasser la durée de la seconde guerre mondiale, la première guerre a déjà été dépassée. Mais l’idée est qu’une guerre se termine nécessairement” rassure-t-il.

Et aujourd’hui, la guerre se poursuit en Ukraine

Ce 30 septembre, alors que les Européens s’inquiètent de cette multiplication d’actions hybrides, la Russie a lancé une nouvelle attaque massive contre Kyiv et sa région. Des drones et des missiles ont notamment visé des infrastructures énergétiques. Le bilan évolue au fil de la journée : les autorités ukrainiennes font état d’au moins quatre morts dans Kyiv et sa région.

► Retrouvez Bonsoir Bruxelles du lundi au vendredi de 18h20 à 19h

■ Une interview d’Alain De Neve et Tanguy de Wilde d’Estmael  au micro de Fabrice Grosfilley et Jamila Saidi M’Rabet dans Bonsoir Bruxelles