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“Il s’agit de calomnie et de diffamation”: au moins deux plaintes contre la page “Observatoire des verts”

Propos “diffamants” ou “calomnieux“, montages douteux, “Ecolobashing”… Sur Facebook et X, la page “Observatoire des verts” multiplie points de vue présentés comme des faits, et “fake news” sur des élus bruxellois d’Ecolo-Groen. De façon pénalement répréhensible ? À ce stade, deux plaintes ont en tout cas été introduites.

Narjisse Aouad accusée d’être proche des Frères musulmans, Barbara Trachte ridiculisée dans un montage à l’IA… Sur les pages “Observatoire des verts”, les publications flirtent bien souvent avec la légalité, voire outrepassent ses limites. Ce qui est sûr, c’est que la cible est (quasi) toujours la même: les élus bruxellois d’Ecolo-Groen. Dans plusieurs publications, il est également demandé au MR ucclois de se séparer du parti au sein de la majorité communale. Pour certains des élus visés, la coupe est pleine. Deux plaintes ont été introduites, et nous avons pu nous entretenir avec deux des victimes de ces posts, qui préfèrent toutes deux rester anonymes. 

Attaques en toute impunité

Le plus grave en ce qui me concerne est le détournement de publications à mon encontre”, nous confie une mandataire Ecolo en fonction. “On me fait dire des choses que je n’ai pas dites, et qui visent clairement à me dénigrer. Ça ne m’empêche pas de dormir, mais j’ai ressenti une profonde injustice”, ajoute-t-elle. L’élue regrette aussi que ses collègues soient mis en cause. “Cette page attaque en toute impunité des élus du parti et diffuse des fake news. D’où le fait que j’ai porté plainte”.   

Il s’agit de diffamation

La deuxième personne qui nous répond, elle aussi victime de la page, n’a pas déposé plainte mais “ça pourrait arriver”. “Qu’on discute de politique ne me pose aucun problème”, affirme cet ancien mandataire Ecolo. “Mais je m’estime être victime à partir du moment où circulent des insinuations, des informations non-factuelles à mon encontre, qui entachent ma réputation. Il s’agit de calomnie et de diffamation”. 

Concrètement, notre témoin relève des accusations de corruption, d’abus de pouvoir ou d’influence. “Ce genre de pratiques à dessein et de façon répétée me semble très problématique”, estime-t-il. “J’ai déjà connu pire dans ma carrière, mais on finit par se dire qu’un jour quelqu’un tombera sur une de ces publications et finira par faire une connerie, peut-être sortir un couteau qui sait. Il y a toujours des gens assez cinglés pour faire ce genre de choses”. 

Plaintes sans réelles suites

Sur Facebook, la page rassemble quelque 3.200 followers. Idem sur X (anciennement Twitter). Une volée de bois vert à la portée limitée ? Non, toujours selon notre deuxième témoin. “Certains propos peuvent être republiés par de très nombreuses personnes, et finir par en atteindre jusqu’à 10.000 ”, calcule-t-il rapidement. 

Alors, pourquoi ne pas porter plainte? “J’ai hésité à le faire à plusieurs reprises”, avoue-t-il. “Mais les exemples de personnes qui portent plainte montrent que ça ne marche pas vraiment. La justice ne semble pas comprendre l’ampleur de ce genre de dossier. Elle confond encore les réseaux sociaux et les jeux vidéo, comme si c’était un truc de gamins, alors que c’est devenu le premier moyen d’information. Sans cela, j’aurais déja porté plainte”.   

Le parquet doit encore se prononcer

Qu’en pense la justice justement? Selon l’avocate d’une des plaignantes, certaines publications peuvent constituer des faits de “harcèlement et usage abusif de moyens de communication électronique”. Selon l’appréciation du parquet, qui doit encore se prononcer, les faits pourraient relever de la calomnie ou de la diffamation. 

Du côté du deuxième plaignant, c’est la police qui a estimé que les publications étaient “différentes du cadre de critique politique” et a affirmé “faire le nécessaire”. Une plainte fondée donc, et une enquête prévue, si pas déjà entamée. 

Auteurs potentiellement identifiés

Mais alors qui veut la peau des Ecolo-Groen de Bruxelles ? Pour certaines personnes que nous avons interviewées, la page serait tenue par un collectif, et trois noms nous ont été cités. À ce stade, il ne nous est pas possible de vérifier avec exactitude ces informations. 

Quant aux motifs des auteurs, notre premier témoin estime que “le plaisir de ce bashing, c’est de cibler un mélange d’idées progressistes. La défense des droits des minorités ou des droits des femmes rend notre projet insupportable aux yeux de personnes très conservatrices”. Et d’ajouter: “Nous sommes aussi le parti qui ose le plus toucher à la voiture, après des décennies de politique qui lui a donné place très favorable. C’est un sujet très sensible pour un certain public”.  

Analyse des pratiques

Dans la description de la page Facebook, Observatoire des verts se définit comme un “Organisme indépendant qui alimente le débat public et analyse les pratiques d’Ecolo et de Groen”. Sur X est ajoutée la phrase “En campagne pour qu’ils ne reviennent jamais”. Nous aurions voulu nous entretenir avec ses gestionnaires mais, à ce stade, nous n’avons pas reçu de réponse à notre demande d’interview. 

Simon Breem