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Moratoire sur neuf friches : la protection écologique bute sur le Parlement bruxellois

À Bruxelles, les friches urbaines cristallisent un débat complexe entre protection écologique et besoins concrets de développement urbain. Lundi, la commission du développement territorial du Parlement bruxellois a rejeté la proposition d’ordonnance des écologistes visant à instaurer un moratoire sur neuf zones vertes emblématiques, dont le site Josaphat à Schaerbeek, le champ des cailles à Watermael-Boitsfort, le site Meylemeersch à Anderlecht ou le Donderberg à Laeken. Le vote, à 7 contre 7 sur l’article central définissant précisément les zones concernées, a entraîné le rejet complet de la mesure, laissant ces terrains vulnérables face à la pression immobilière.

■ Reportage de Camille Tang Quynh

Pour Gaëtan Van Goidsenhoven (MR), ce rejet est “une journée noire pour la nature en ville”, tandis que John Pitseys (Ecolo) déplore une victoire pour ceux qui “pensent qu’il faut saucissonner ces zones” d’une valeur écologique exceptionnelle. Malgré ce revers politique, le jugement du tribunal de première instance francophone de Bruxelles reste applicable : la Région doit suspendre l’urbanisation sur les terrains non bâtis de plus de 0,5 hectare jusqu’à l’adoption du nouveau Plan régional d’affectation du sol (PRAS).

Mais protéger une friche ne se limite pas à interdire la construction. Ces terrains, héritages industriels, ferroviaires ou agricoles, ont souvent développé des écosystèmes uniques, constituant des poches de biodiversité rares au cœur d’une ville densément urbanisée. À Josaphat, plus de 1 300 espèces ont été recensées, allant des insectes aux oiseaux migrateurs. Geoffrey Usé, coordinateur de BRAL, insiste : “Chaque friche a son propre écosystème. Morceler ces espaces pour construire, même partiellement, risque une chute exponentielle de la biodiversité.”

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Marie-Charlotte Debouche, chargée de campagnes à Natagora, souligne le rôle crucial de ces friches dans le réseau écologique urbain : “Supprimer un terrain sans précaution peut avoir des conséquences à long terme, même si sa surface semble faible.” Selon elle, les compensations écologiques, comme les toitures végétalisées, ne permettent jamais de recréer pleinement la complexité des habitats naturels. Une sanctuarisation temporaire, encadrée, peut donc être un outil indispensable pour préserver ces espaces tout en planifiant des réaffectations réfléchies.

Cependant, la protection stricte n’exclut pas la valorisation publique. Des sentiers pédagogiques, des observatoires ou des espaces de sensibilisation peuvent coexister avec des zones sauvages, offrant aux habitants la possibilité de découvrir et d’interagir avec la biodiversité sans la fragiliser. Usé ajoute que ce type d’aménagement contribue à renforcer l’acceptation sociale des friches protégées et à faire de la conservation un projet partagé.

Le défi, pour Antoine de Borman, Directeur général de Perspective Brussels, est d’articuler protection écologique et besoins en logement et activités économiques : “Une friche, c’est un terrain sur lequel on ne fait rien. Pour qu’il devienne un espace de qualité et utile à la population, il faut y investir et aménager. Interdire tout développement risque d’envoyer les projets vers la périphérie, accentuant l’étalement urbain.”

Certaines initiatives montrent qu’une conciliation est possible. Sur le plateau Reyers, des projets mixtes combinent restauration écologique et infrastructures économiques, tout en respectant les espèces protégées. D’autres exemples proposent la réutilisation temporaire des friches via des jardins partagés, des ateliers créatifs ou des événements culturels, offrant un usage social tout en préservant la biodiversité. Cette approche pragmatique montre que la sanctuarisation n’est pas un dogme, mais un levier pour préparer des réaffectations durables, en intégrant systématiquement les limites écologiques dans la planification urbaine.

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Azad Yagirian

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