Procès des attentats de Bruxelles : l’accusé Ibrahim Farisi est expulsé de la salle d’audience

Procès Attentats de Bruxelles 22 mars 2016 Illustration générale - Belga Eric Lalmand

La cour d’assises de Bruxelles, chargée de juger les attentats djihadistes du 22 mars 2016 à Zaventem et Maelbeek, entendra mardi plusieurs témoignages relatifs à la location, par les terroristes, des planques situées rue du Dries à Forest et rue Max Roos à Schaerbeek. Dans l’après-midi, elle se penchera également sur les préparatifs des faits à travers les yeux de plusieurs témoins.

Ces exposés suivront ceux de quatre personnes venues décrire lundi le voisinage de l’appartement de la rue des Casernes à Etterbeek, d’où sont partis le kamikaze Khalid El Bakraoui et l’accusé Osama Krayem, le matin des attaques. Ce dernier, bombe sur le dos, avait renoncé au dernier moment à pénétrer dans le métro pour s’y faire exploser. De manière générale, les témoins ont pointé des relations cordiales avec le locataire de l’appartement, l’accusé Smail Farisi, et n’ont relevé rien de suspect dans son comportement.

Mardi, de nouveaux témoins se pencheront sur la location de la rue du Dries. Khalid El Bakraoui avait loué cette adresse fin 2015 sous un faux nom pour y installer des membres du groupe dont les accusés Salah Abdeslam et Sofien Ayari. Une fusillade y avait éclaté avec la police le 15 mars 2016, durant laquelle Mohamed Belkaïd, membre de la cellule, avait trouvé la mort.

Quant à la rue Max Roos, il s’agit de l’appartement où les explosifs ont été fabriqués et d’où les kamikazes Ibrahim El Bakraoui et Najim Laachraoui, ainsi que l’accusé Mohamed Abrini sont partis pour se rendre à l’aéroport. L’appartement schaerbeekois avait été loué par Ibrahim El Bakraoui sous le pseudonyme de Miguel Dos Santos à partir du 21 janvier 2016.


10h50 – Plusieurs accusés ne souhaitent pas que leurs familles viennent témoigner

Plusieurs accusés ont émis le souhait mardi que leurs familles ne viennent pas témoigner devant la cour d’assises chargée de juger les attentats à Bruxelles du 22 mars 2016. Pour Salah Abdeslam, la situation est inverse: il aimerait que ses proches viennent à la barre, tandis que ceux-ci ne souhaitent pas entreprendre cette démarche.

La présidente de la cour a débuté l’audience de mardi en dévoilant l’agenda du procès pour les prochaines semaines. Du 16 au 25 mai, la cour doit ainsi entendre les témoins de moralité des différents accusés. Plusieurs d’entre eux ont cependant demandé à ce que leurs proches ne viennent pas témoigner. “Je ne souhaite personne pour moi, que ce soit un psychologue ou autre… Aucun membre de ma famille ne viendra”, a ainsi prévenu Mohamed Abrini, réitérant le souhait qu’il avait formulé devant la cour d’assises de Paris chargée de juger les attentats du 13 novembre 2015.

Sofien Ayari n’est, lui non plus, pas partisan que ses parents fassent le voyage depuis la Tunisie jusqu’à Bruxelles. “Jusqu’à maintenant, j’ai toujours su gérer car j’ai toujours su où étaient mes limites. Mais, pour moi, ce (témoignage) serait le truc de trop, même si tout le monde a été bienveillant dans ses questions.” L’accusé redoute en effet de revoir ses parents, bientôt septuagénaires, qu’il n’a plus vus depuis huit ans.

Bilal El Makhoukhi a, lui aussi, émis le souhait que sa famille ne se déplace pas jusque devant la cour d’assises. “Je n’ai pas envie de les confronter à ça, qu’ils me voient dans le box. Ils ont déjà assez difficile comme ça. C’est moi qui ne veux pas.” “Laissez-leur le choix de venir ou pas. Si eux ont envie, ils viendront”, lui a répondu la présidente, insistant sur l’éclairage que ces témoignages pourraient apporter sur la personnalité des accusés. “C’est intéressant pour le jury d’avoir un retour sur qui vous êtes indépendamment des faits. Ce n’est pas du tout pour mettre (vos familles) en difficulté”, a souligné Laurence Massart.

Salah Abdeslam, de son côté, aimerait que sa famille vienne à la barre mais celle-ci préfère ne pas témoigner, à cause, dit-il, de la médiatisation. “Ils ont autant souffert que moi avec tout ça. Mais ils ne viendront pas, malheureusement. Ils souhaiteraient en revanche écrire une lettre que vous liriez”, a-t-il expliqué à la présidente. Cette dernière a invité les différents accusés à réfléchir à la question des témoignages de moralité et leur a assuré qu’elle ne délivrerait pas de mandat d’amener pour leurs proches, qui ne seront donc pas forcés de se présenter. En revanche, les psychiatres et psychologues, eux, seront bien entendus, la présidente ayant demandé une actualisation de leurs rapports sur les accusés. “Là, il n’y a pas le choix”, a-t-elle conclu.


11h23 – Ibrahim Farisi est expulsé de la salle d’audience

L’accusé Ibrahim Farisi, qui comparaît libre devant la cour d’assises de Bruxelles, s’est présenté mardi au procès des attentats du 22 mars 2016 après plusieurs jours d’absence. Agité, les yeux rougis, il n’est cependant pas resté bien longtemps. La présidente a en effet ordonné son expulsion car il perturbait l’audience.

“Madame la présidente, depuis mercredi, je ne me suis pas présenté”, a-t-il lancé à l’adresse de Laurence Massart. Ibrahim Farisi a ensuite tenu des propos confus, affirmant avoir été traité “à l’extérieur” comme un “sans-papiers” et désignant une blessure à son poignet qui aurait pu, selon lui, le tuer. “J’ai peur de venir ici, je ne me sens plus en sécurité”, a-t-il embrayé, demandant d’avoir accès à la webradio mise à disposition des victimes et de leurs avocats par la justice, afin de suivre le procès à distance.

Après lui avoir rappelé que cet outil ne lui était pas destiné, la présidente a demandé à celui qui a travaillé comme médiateur au CPAS d’Anderlecht de se rasseoir. “C’est une thérapie ici, on parle. Alors, laissez-moi parler”, a rétorqué l’accusé. “Non, c’est un procès”, a répliqué son interlocutrice.

Ibrahim Farisi s’est brièvement rassi, non sans malmener son micro. Alors qu’il voulait reprendre la parole, la présidente a ordonné son expulsion. Celle-ci ne s’est pas faite sans mal, l’accusé s’y opposant. Son frère Smail Farisi, qui comparaît libre lui aussi, avait quitté l’audience peu avant, visiblement gêné. Le procès s’est poursuivi en l’absence également d’Ali El Haddad Asufi, apparemment souffrant, et d’Osama Krayem, qui a, comme à son habitude, demandé à retourner au cellulaire. Ibrahim Farisi est le seul des dix accusés à n’être poursuivi que pour participation aux activités d’un groupe terroriste, et non pour assassinats et tentatives d’assassinats commises dans un contexte terroriste comme les neuf autres.


12h11 – Une locataire de la rue du Dries reconnaît l’accusé Sofien Ayari

Un couple qui logeait au rez-de-chaussée du n°60 de la rue du Dries, à Forest, est venu témoigner mardi, devant la cour d’assises chargée de juger les attentats de Bruxelles, des relations de voisinage avec les occupants du premier étage. Parmi ceux-ci, la femme a reconnu l’accusé Sofien Ayari.

Cette dernière, femme au foyer, a indiqué n’avoir croisé ses voisins qu’une fois par mois environ. Parmi eux, Sofien Ayari transportait un caddie, laissant penser à la témoin qu’il sortait faire des courses. Personne ne répondait aux coups de sonnette. Le couple entendait cependant du passage dans l’escalier et du bruit le week-end. “Ce sont des jeunes. On n’a pas pensé” plus loin, a commenté la témoin, décrivant celui qu’elle identifie comme Sofien Ayari comme poli.

Le 15 mars 2016 éclate une fusillade dans l’immeuble entre Mohamed Belkaïd et les forces de l’ordre. Deux autres locataires du premier étage prendront la fuite: il s’agit des accusés Sofien Ayari et Salah Abdeslam. “Vers 14h15, (…) j’entends un bruit à ma porte, c’est la police”, s’est souvenu l’homme à la barre. “Quand (les policiers) voient ma femme avec le bébé, ils reculent et abandonnent la perquisition. Ils m’ont demandé s’il y avait d’autres locataires” et le mari a désigné le premier étage. “Ils nous ont dit de ne pas sortir, sont montés et, 15 secondes plus tard, il y avait les coups de feu. On n’est plus sortis jusqu’à 17h00.” Le couple, domicilié à cette adresse de 2013 à 2016, a libéré l’appartement “le jour-même”.

Salah Abdeslam et Sofien Ayari ont écopé de 20 ans de prison pour cette fusillade. Les deux hommes avaient été débusqués dans leur planque forestoise, alors que Salah Abdeslam était activement recherché dans le cadre des attentats à Paris de novembre 2015.


13h01 – “L’appartement de la rue Max Roos loué, plus personne ne pouvait y entrer” (propriétaire)

Une fois l’appartement de la rue Max Roos à Schaerbeek loué, Ibrahim El Bakraoui souhaitait que plus personne d’étranger n’y mette les pieds et qu’il n’y ait plus d’intervention dans ce logement. C’est ce qu’a expliqué mardi matin le propriétaire de cet immeuble récemment acheté et entièrement rénové, devant la cour d’assises chargée de juger les attentats à Bruxelles du 22 mars 2016.

C’est dans cette “planque” située au numéro 4 de la rue Max Roos que la cellule terroriste a fabriqué, durant plusieurs semaines, les explosifs ayant servi lors des attaques. C’est également de là que les kamikazes Ibrahim El Bakraoui et Najim Laachraoui, ainsi que l’accusé Mohamed Abrini sont partis pour se rendre à l’aéroport le 22 mars.

Le propriétaire de l’immeuble est venu témoigner mardi devant la cour. Il a expliqué avoir acheté le bâtiment en décembre 2015, puis entrepris de le rénover entièrement avant de le louer, appartement par appartement. Ibrahim El Bakraoui, sous la fausse identité de Miguel Dos Santos, s’est manifesté pour louer l’un des logements.

Un des seuls qui était encore disponible se trouvait au 5e étage et disposait d’une chambre, a raconté le témoin d’origine portugaise, mis notamment en confiance par le patronyme lusitanien de son locataire. “Je lui avais dit que l’appartement ne serait disponible qu’au début mars. Il était d’accord de patienter et de déjà déposer des garanties”, s’est souvenu le propriétaire. “Mais il n’a pas voulu emménager avant que tous les travaux ne soient finis. Il n’a pas dit qu’il voulait un appartement au dernier étage”, a-t-il répondu à une question de la cour. “La seule chose suspecte, c’est qu’il voulait qu’on ne mette plus les pieds dans son appartement, qu’il ne voulait plus d’intervention (d’un corps de métier, NDLR) sur place”, a ajouté le témoin, relevant le fait que Miguel Dos Santos était toujours seul lors de ses rencontres avec lui.

Le bail locatif a été signé le 21 janvier 2016 et Ibrahim El Bakraoui y a emménagé le 29 février. Très rapidement, le propriétaire a appris, via une personne de confiance dans l’immeuble, que l’homme n’y vivait pas seul. À la mi-mars, une fuite d’eau est constatée dans l’appartement se trouvant en dessous de celui loué par le terroriste. Le propriétaire de l’immeuble s’est dès lors rendu sur place afin d’en détecter l’origine et a essayé d’accéder à son bien. Il a tenté d’appeler son locataire à plusieurs reprises et a toqué plusieurs fois à la porte, sans obtenir de réponse. Après quelques minutes d’attente, il s’est finalement décidé à insérer un double de la clé dans la porte d’entrée de l’appartement et c’est alors qu’il a entendu du bruit dans le logement.

Il a renoncé à ouvrir la porte et, quelques secondes plus tard, quelqu’un est venu lui ouvrir. Devant la cour, il n’a pas été en mesure d’affirmer de qui il s’agissait mais, selon son audition par les enquêteurs peu après les faits, il s’agissait de Miguel Dos Santos. Le locataire a demandé au propriétaire d’attendre quelques instants avant de pouvoir accéder à la cuisine et à la salle de bains et puis l’a laissé entrer dans ces deux pièces. “J’ai jeté un coup d’oeil dans la cuisine et la salle de bain et n’ai rien vu de suspect ou de problématique. Les portes des chambres, elles, étaient fermées, je pense”, s’est remémoré le témoin. “Heureusement, je ne suis pas entré (avant qu’on lui donne accès à l’appartement, NDLR) sinon je ne sais pas ce qui me serait arrivé”, a commenté le propriétaire.


16h48 – Altercation entre la procureure et la défense sur la date d’achat de l’acide sulfurique

Plusieurs témoins se sont succédés à la barre, mardi après-midi, devant la cour d’assises chargée de juger les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles. Parmi eux figurait le magasinier d’une enseigne de bricolage à Schaerbeek où les terroristes se sont fournis en acétone et en acide sulfurique. Un témoignage qui a suscité une brève altercation entre la procureure fédérale Paule Somers et Me Delphine Paci, l’avocate de Salah Abdeslam.

Lors de son témoignage, le magasinier a, dans un premier temps, expliqué que l’achat de ces produits chimiques était “bizarre” car il s’agissait de substances très peu demandées et que les quantités achetées (10 litres) étaient peu courantes. D’après le témoin, la vente remontait à “beaucoup plus tôt” que le 5 mars 2016, date que venait de citer la présidente de la cour.

Mais, lorsque les enquêteurs sont passés par son magasin de bricolage en mai de la même année, l’homme leur a fourni une copie du ticket de caisse mentionnant la date du 5 mars. “Pour lever toute ambiguïté”, Me Paci, l’avocate de Salah Abdeslam, a dès lors demandé au magasinier si cette transaction avait bien eu lieu au début du mois de mars ou non, et s’il fallait se fier à ses déclarations de l’époque ou plutôt à ses souvenirs actuels.

“La vente a bien eu lieu le 5 mars mais, moi, je pensais, avec ma mémoire d’aujourd’hui, que c’était encore bien avant”, lui a-t-il répondu. Dans son commentaire à l’issue du témoignage, la procureure fédérale Paule Somers a souligné la date de l’achat. “Cet achat a eu lieu le 5 mars. Le magasinier ne se souvient pas s’il y a eu des achats antérieurs, mais (c’était) de toute façon avant le 15 mars”, date de la fusillade avec les forces de l’ordre dans la planque de la rue du Dries. “Et ça, ça dérange très fortement la défense, qui tente de déstabiliser un témoin qui dit ce qui est dans le dossier et aussi dans notre acte d’accusation”, a-t-elle relevé.

Le 15 mars 2016, les accusés Salah Abdeslam et Sofien Ayari avaient pris la fuite vers Molenbeek-Saint-Jean après la fusillade. Pour leur défense respective, ces deux accusés ne peuvent être tenus responsable des attentats du 22 mars, puisqu’ils se trouvaient en prison depuis leur arrestation le 18 mars. Pour l’accusation, ils auraient très bien pu être au courant de la logistique avant leur arrestation. Me Paci a rétorqué à la procureure qu’elle n’avait fait qu’interroger un témoin qui venait de dire l’inverse de ce qui se trouve dans le dossier et que cela l’avait étonnée. Elle a également estimé qu’il y avait un “souci d’honnêteté intellectuelle” de la part du parquet fédéral, celui-ci ayant laissé entendre qu’il y avait eu des achats avant le 5 mars.


18h25 – Le faussaire Farid Kharkhach absent au procès pour raison médicale

Le faussaire Farid Kharkhach, appelé à témoigner mardi au procès des attentats du 22 mars 2016, ne s’est pas présenté devant la cour d’assises de Bruxelles. Il s’est excusé par courrier auprès des victimes, invoquant des raisons médicales.

La cour a en effet reçu un certificat attestant que le Belgo-Marocain n’est pas en état de témoigner car il souffre d’un stress post-traumatique “très avancé” dû à sa détention. “Les années d’incarcération de mon patient et l’injustice vécue lui sont traumatiques”, explique son psychiatre. “Une telle audience serait contre-productive”, “toute épreuve qui aggraverait son état mental” étant “contre-indiquée”.

Farid Kharkhach a été condamné le 29 juin dernier en France lors du procès des attentats du 13 novembre 2015. Il a écopé de deux ans de prison pour association de malfaiteurs en vue de commettre une escroquerie. Il était alors jugé pour avoir fourni de faux papiers à la cellule djihadiste responsable des attentats qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis. Sa peine a été la plus basse des 20 accusés car la qualification terroriste n’a pas été retenue. “J’aurais aimé être là pour les victimes”, a commenté celui qui n’est cité dans le procès bruxellois qu’en qualité de témoin. “J’ai vraiment essayé mais je ne peux vraiment pas venir vu mon état de santé”, s’est-il excusé. Mardi, la cour a commencé à lire ses auditions, desquelles il ressort que le kamikaze du métro Khalid El Bakraoui l’avait contacté pour commander de faux papiers.

Belga – Photo : Belga/Eric Lalmand