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Mohamed Ouahbi, fierté bruxelloise et sélectionneur du Maroc: “Son parcours force le respect”

Un Bruxellois est en huitième de finale de la Coupe du monde. Son nom : Mohamed Ouahbi. Son rôle ? Sélectionneur de l’équipe nationale du Maroc. Une sélection qui a éliminé les Pays-Bas avant d’affronter le Canada ce samedi soir, et qui avance dans cette compétition avec beaucoup d’ambitions. Portrait.

À Bruxelles, la réussite de Mohamed Ouahbi n’étonne personne. Sûrement pas Ahmed Rami. Aujourd’hui entraîneur à La Louvière-Centre, il est avant tout un ami de longue date. “Je l’ai rencontré… dans une boulangerie”, raconte-t-il en riant. “Je n’ose pas imaginer le temps que nos parents ont attendu avant de recevoir leur pain. On s’est mis à parler football avec le boulanger, qui a même fini par fermer les rideaux. Le courant est passé immédiatement.”

Les deux hommes sont originaires de Schaerbeek. “C’est une commune qui regorge de talents. El Khannouss, Aoulad et bien d’autres y ont grandi. Lui venait plutôt du quartier de la gare, moi du centre. Nous avons un an d’écart.” Leurs chemins se croisent sans vraiment se confondre. Ahmed poursuit sa carrière de joueur tandis que Mohamed se passionne très tôt pour le coaching. Quelques années plus tard, ils se retrouvent sur un terrain d’entraînement. “Il venait passer ses diplômes UEFA et travaillait avec notre groupe. J’ai été bluffé par son professionnalisme. Il arrivait avec son petit carnet, tout était clair, précis, structuré. Dans le quartier, on n’avait jamais vu ça. Dès la première séance, tout le monde avait appris quelque chose. J’ai immédiatement dit au président qu’il fallait absolument le garder.”

Un formateur avant tout

Mohamed Ouahbi rejoint ensuite le Maccabi Brussels. Il y fait la connaissance d’un autre jeune entraîneur : Yannick Ferrera. “En réalité, nous nous sommes rencontrés pendant nos études pour devenir professeurs d’éducation physique. Le courant est tout de suite passé.” Tous deux rejoignent ensuite Anderlecht, où ils travaillent plusieurs saisons au centre de formation de Neerpede. “Nous avons collaboré pendant cinq ans”, se souvient Yannick Ferrera. “Ce qui m’a toujours frappé chez lui, c’est son âme de formateur. Son objectif n’était jamais uniquement de gagner. Ce qui comptait avant tout, c’était de faire progresser les joueurs.”

En 2014-2015, son équipe U19 atteint les demi-finales de la Youth League, la Ligue des champions des jeunes. Une nouvelle preuve de son savoir-faire. Après dix-sept saisons passées à Anderlecht, entre les équipes de jeunes et un rôle d’adjoint chez les professionnels, il comprend toutefois qu’il devra partir pour poursuivre sa progression. “À cette époque, il était pratiquement impossible pour un entraîneur sans carrière de joueur professionnel de prendre l’équipe première. Moi, je suis parti plus tôt pour tenter ma chance ailleurs. Mohamed a choisi de patienter davantage.”

Pendant cette période, il participe notamment à la formation de joueurs comme Romelu Lukaku, Adnan Januzaj ou Youri Tielemans. “Anderlecht ne lui a jamais offert sa chance au plus haut niveau”, regrette Ahmed Rami.

Mohamed Ouahbi en 2015

Une main de fer dans un gant de velours

En 2021, une nouvelle aventure s’ouvre. Mohamed Ouahbi rejoint Al-Fateh, en Arabie saoudite, où Yannick Ferrera l’attend. “Nous avions toujours eu envie de travailler ensemble.” Les deux hommes forment un duo complémentaire. “Lui et moi, c’est l’eau et le feu. Je suis plus impulsif, lui beaucoup plus posé. Quand les dirigeants m’ont laissé choisir un membre du staff, je n’ai pas hésité une seconde.” L’expérience tourne court puisque les deux entraîneurs quittent le club après seulement six mois. “Il dégage un calme incroyable. Là-bas, tout le monde l’appelait la force tranquille.”

À écouter ses proches, Mohamed Ouahbi semble faire l’unanimité. Mais derrière son calme apparent se cache un entraîneur exigeant. “C’est une main de fer dans un gant de velours”, résume Ahmed Rami. “Beaucoup le voient comme le gendre idéal, mais il sait aussi recadrer quand c’est nécessaire. Je l’ai déjà vu remettre des joueurs U20 à leur place parce qu’ils ne respectaient pas le cadre.”

Son sourire ne l’empêche pas d’imposer ses règles. “Il est diplomate, oui. Mais il sait taper du poing sur la table quand il le faut. Sans ce caractère, on ne réussit pas dans ce métier.”

“Le premier Bruxellois champion du monde de football”

Après son passage en Arabie saoudite, Mohamed Ouahbi répond à l’appel du Maroc et prend les commandes des U20.

Le succès est immédiat. En octobre 2025, il décroche un titre mondial. “Vous vous rendez compte ? Le premier Bruxellois champion du monde de football !”, s’enthousiasme Ahmed Rami. “Son parcours force le respect. Malgré les obstacles, il n’a jamais cessé d’avancer.” Quelques semaines plus tard, Schaerbeek lui rend hommage. “J’ai toujours été fier d’être Schaerbeekois”, déclarait-il alors. “J’ai grandi ici, travaillé dur et écouté mes parents. Aujourd’hui encore, je reste profondément attaché à cette commune.”

Après le départ de Walid Regragui, la fédération marocaine lui confie les rênes de la sélection A. Quelques mois suffisent pour imposer sa patte. Les Lions de l’Atlas tiennent tête au Brésil puis éliminent les Pays-Bas en Coupe du monde. “Cette réussite ne me surprend pas”, sourit Ahmed Rami. “Si je devais être étonné, ce serait plutôt qu’elle soit arrivée aussi tard.”

Même constat chez Yannick Ferrera. “Je savais qu’il en avait les capacités. Si on m’avait annoncé il y a deux ans qu’il entraînerait une sélection capable d’aller loin en Coupe du monde, j’aurais trouvé cela ambitieux… mais crédible.”

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À 49 ans, Mohamed Ouahbi semble avoir atteint un sommet. Pourtant, ses proches l’imaginent déjà plus haut. “Je le vois dans un immense club européen. Vous allez trouver ça exagéré, mais je pense sincèrement qu’un club comme le Real Madrid pourrait lui correspondre. Son frère en serait le premier heureux“, se marre Ahmed.

Il y a vingt ans, Mohamed Ouahbi arrivait sur les terrains bruxellois avec un petit carnet sous le bras. Aujourd’hui, il dirige une sélection qualifiée pour les huitièmes de finale d’une Coupe du monde. Entre les deux, il n’y a eu ni raccourci ni miracle. Seulement du travail, de la patience et une trajectoire qui fait désormais la fierté de Schaerbeek.

Gilles Joinau

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