Martin Casier avant une séance plénière explosive sur l’enseignement au Parlement FWB : “La majorité veut imposer son idéologie en force”
Martin Casier était l’invité de Bonjour Bruxelles et a répondu aux questions de Fabrice Grosfilley.
Le décret-programme arrive ce jeudi en séance plénière du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Une séance qui débutera à 14 heures et qui s’annonce particulièrement tendue après les vives tensions apparues ces derniers jours entre la majorité MR-Engagés et l’opposition PS-PTB-Ecolo-Lib.res.
Sur le fond, la majorité dispose des voix nécessaires pour faire adopter le texte. “C’est la démocratie et je la respecte”, commence Martin Casier. “Mais la démocratie ne se résume pas à un vote. Elle implique aussi l’écoute, le dialogue et la co-construction. Or, aujourd’hui, les syndicats, mais aussi de nombreux acteurs du secteur, dénoncent l’absence totale de concertation.”
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Pour autant, le décret-programme figure dans l’accord de gouvernement et la majorité estime donc légitime de le mettre en œuvre. “Au cœur de la démocratie, il y a également le respect des règles. Aujourd’hui, les deux partis de la majorité tentent de passer en force pour imposer leur vision idéologique, quitte à s’asseoir sur certaines règles parlementaires”, rétorque le socialiste.
Une journée sous tension
Alors que le monde de l’enseignement se mobilise à travers tout le pays, le climat autour de cette séance s’annonce particulièrement électrique. Le Parlement est une zone neutre, mais accessible au public. Dans ce contexte, le risque de débordements existe-t-il ? “Nous appelons évidemment au calme”, répond Martin Casier. “Mais chacun doit être respecté. Les manifestants ont le droit d’exprimer leur mécontentement. La manière dont la majorité a ignoré leurs revendications risque effectivement de générer beaucoup de frustration. Cela dit, les visiteurs présents au Parlement devront respecter les règles. Ils ne peuvent, par exemple, ni intervenir ni prendre la parole.”
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Sur ce décret, l’ensemble de l’opposition affiche un front commun, ce qui n’a pas toujours été le cas par le passé. Pour Martin Casier, le problème est avant tout une question de fond. “Qui accepterait de travailler davantage sans aucune compensation salariale ?”, s’interroge-t-il. “Ce décret réduira également les investissements dans les bâtiments scolaires. Il met fin à certaines cantines gratuites destinées aux élèves les plus défavorisés. L’école est prise en étau dans une vision totalement dépassée.”
En attendant, la mobilisation perturbe fortement le fonctionnement de plusieurs établissements scolaires. Certaines écoles envisageraient même de suspendre certains examens certificatifs. “La colère est légitime”, poursuit celui qui enseigne également à l’ULB. “Les enseignants sont avant tout préoccupés par leurs élèves. Mais aujourd’hui, ils ont le sentiment que c’est leur dernier moyen de se faire entendre.”
La démission de Benoît Dispa réclamée
Ce mercredi, le PTB, Ecolo et le PS ont demandé la démission du président du Parlement, Benoît Dispa. Martin Casier est revenu sur cette demande. “Il a accepté que l’on passe outre certaines règles de fonctionnement du Parlement. À un moment donné, quand tout le monde vous dit que vous faites fausse route, il faut peut-être se demander si le problème ne vient pas du texte lui-même”, estime-t-il.
Pourquoi viser personnellement Benoît Dispa ? Le règlement de l’assemblée prévoit un délai de 84 heures entre la fin des travaux en commission et le vote en séance plénière. Selon l’opposition, ce délai n’a pas été respecté avec l’accord du président du Parlement. “C’est vrai que cette décision est collégiale”, reconnaît Martin Casier. “Mais le président reste le garant du règlement. À ce titre, il doit faire preuve de neutralité et veiller au respect des droits de la majorité comme de l’opposition.”
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En théorie, la séance aurait donc dû intervenir lundi prochain. Dans un communiqué commun, le MR et Les Engagés ont toutefois estimé qu’une dérogation était justifiée en raison des nombreuses manœuvres parlementaires destinées à ralentir l’adoption du texte Martin Casier rejette ces accusations de flibusterie parlementaire. “Nous avons utilisé des outils parfaitement démocratiques et respecté les règles. À l’époque, le cdH avait déposé bien davantage d’amendements sur la question de l’IVG. De notre côté, nous avons demandé à deux reprises l’avis du Conseil d’État sur des questions de fond, notamment liées à la sécurité juridique. Une troisième demande a été refusée. Pendant ce temps, certains enseignants doivent déjà signer des contrats modifiant leur temps de travail alors même que la loi n’est pas encore votée.”
Avant de conclure : “Il faut aussi poser la question à la majorité : pourquoi ne pas attendre deux jours supplémentaires afin de respecter pleinement les procédures ? Si ceux qui font les lois ne respectent pas les règles du Parlement, comment demander ensuite aux citoyens de respecter la loi ? Si une voiture grille un feu rouge, cela nous autorise-t-il à faire de même ? C’est exactement ce que fait aujourd’hui ce gouvernement.”
Une chose est sûre : la séance ne sera pas reportée. “Nous n’en avons pas les moyens. Mais je pense qu’elle sera très longue”, conclut-il.
- Une interview de Martin Casier par Fabrice Grosfilley dans Bonjour Bruxelles