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L’abandon de l’application Floya : chronique d’un échec (à 8 millions d’euros) attendu

FLOYA est mort, longue vie à l’appli de la STIB ! Lancée en grande pompe en septembre 2023, cette application mobilité tirera finalement sa révérence le 31 décembre 2026. Derrière ce revers à plusieurs millions d’euros se cache une question : comment un tel projet a-t-il pu échouer si rapidement ? Comment expliquer que Floya n’ait jamais rencontré son public ? Autopsie d’un fiasco annoncé. 

Pour bien comprendre ce dossier, petit saut dans le passé. Lors de son lancement, l’ensemble du secteur bruxellois de la mobilité semblait approuver l’existence d’un tel outil. L’idée paraissait séduisante : concentrer toutes les options mobilités (métro, tram, bus, trottinettes et vélos partagés, SNCB, TEC, De Lijn, taxis, Cambio, etc.) de la Région Bruxelles Capitale au sein d’un même endroit. “D’autres territoires en Europe prenaient alors le même chemin”, rappelle un membre du gouvernement bruxellois.

Des chiffres de fréquentation catastrophique 

C’est peu dire que le succès ne fut pas au rendez-vous. Récemment, une députée de la majorité, Sofia Bennani (Les Engagés) avait interrogé la Ministre de la mobilité sur le sujet au parlement bruxellois. Lors de sa réponse, Elke Vanden Brandt avait avoué que l’application était fort peu utilisée. Le nombre d’utilisateurs actifs n’a jamais évolué suffisamment pour poursuivre le projet sur le long terme.

Contactée, la STIB confirme : “Depuis son lancement, Floya a été téléchargée 433.416 fois. L’app de la STIB dénombre 350.000 utilisateurs actifs mensuels contre 33.600 pour Floya”. Le tout pour, en prime, un coût moindre. Face à un contexte budgétaire ardu, cette donnée a pris une autre dimension. Couplez cela à une diminution puis une interdiction des trottinettes partagées dès 2027, alors qu’environ 50% des opérations sur Floya concerne ce moyen de transport, le couperet est donc tombé.

Gaspillage d’argent public ?

Ce projet était financé quasi intégralement par des fonds européens” se défend le cabinet d’Elke Van den Brandt. Fin 2025, les dépenses s’élevaient à près de 8,5 millions d’euros. “Ce montant couvre le service, l’amélioration des fonctionnalités, l’intégration des partenaires, l’hébergement ainsi que les licences et transactions liées aux outils connectés à Floya. Il ne s’agissait donc pas uniquement du développement d’une application, mais d’un service digital intégré impliquant plusieurs partenaires et connexions techniques“, explique Cindy Arents, porte-parole de la STIB.

Néanmoins, un expert mobilité en fonction dans l’administration nous confie hors micro : “C’est une excellente nouvelle. Cette application fut un véritable gaspillage d’argent public. Ce type de doublons n’a aucun sens“.

►Lire aussi |Concurrence de Google Maps et absorption par la STIB : vers la fin de l’application “Floya” ?

“C’était couru d’avance. On ne peut pas lutter contre Google Maps” 

Le constat d’échec semble implacable. Et pourtant la qualité des services ne serait pas à remettre en cause :”Ce n’est pas un problème de qualité, il n’y a juste pas assez d’utilisateurs. C’est une bonne application mais elle n’a pas trouvé son public. Il faut pouvoir reconnaitre que la sauce ne prendra plus. On ne peut pas lutter contre un mastodonte comme Google Maps qui est utilisé quotidiennement par une large majorité de gens“, reconnait un observateur averti de la politique de mobilité à Bruxelles.

Une nouvelle application pour la STIB ? 

Selon plusieurs sources, les fonctionnalités de Floya devraient migrer vers l’application de la STIB. “Il y a une vraie volonté de ne pas jeter Floya à la poubelle mais bien d’utiliser encore à l’avenir certains de ses atouts. Il y a des leçons à en tirer”, entend-on dans les travées du gouvernement bruxellois. Même si un autre constat émerge : l’urgence d’updater l’appli de la STIB. Celle-ci reste en effet fort peu intuitive et est surtout utilisée par un public déjà averti. Mais à ce stade rien de concret ne semble se dessiner à l’horizon.

Nous sommes en train de réfléchir au développement de notre nouvelle application mais rien n’est encore défini pour le moment”, dixit la porte-parole de la STIB.

Toutefois, “les enseignements tirés du projet ne seront pas perdus. Ils seront utilisés pour améliorer davantage nos services numériques, avec une attention particulière pour l’information voyageurs en temps réel, la facilité d’utilisation et l’intégration d’autres services de mobilité. La STIB continuera par ailleurs à miser sur la collaboration avec les principaux acteurs de mobilité à Bruxelles“, affirme la société bruxelloise de transport public dans son communiqué de presse. En proposant leurs services sur la nouvelle appli ? Personne n’ose à ce stade se prononcer sur cette idée.

Un manque d’ambition politique et un business model non rentable

En analysant plus profondément le dossier, plusieurs signes avant-coureurs étaient visibles dès le départ.

L’intégration de différents services au sein d’une même plateforme c’est de base un modèle complexe, il n’y a pas encore de système qui fonctionne au niveau financier. C’est un business model très compliqué et difficilement rentable“, décrypte Thomas Eggermont, senior expert mobility chez Espace-Mobilités.
De plus, il manquait plusieurs choses. Pourquoi ne pas avoir intégré les 2 applications (Floya et la STIB) en une seule ? Ici on se retrouve avec deux applis différentes qui ont des fonctionnalités différentes. Par exemple, on savait acheter son ticket sur l’appli de la STIB mais pas sur celle de Floya. L’intégration n’était pas assez poussée“, poursuit notre expert.

“Juste faire une appli, cela ne suffit pas. Il fallait essayer de toucher d’autres publics comme les touristes ou les automobilistes”

Le projet s’est trop concentré uniquement sur le volet digital mais la STIB ne gère pas l’espace public. On a essayé de faire un dispositif amélioré pour les utilisateurs déjà convaincus de la STIB au lieu de chercher à toucher d’autres couches de la population. En offrant par exemple l’opportunité d’acheter un ticket de parking depuis Floya. On doit également reconnaitre qu’on a peut-être visé à côté pour le public-cible recherché“, confesse celui qui était d’ailleurs à l’origine du lancement de Floya.
Cependant, cette expérience n’aurait pas servi à rien à l’entendre. “Je pense que des bonnes choses vont en sortir. De là à attendre une révolution de leur application, je n’y crois pas“. De son coté, la STIB assure que ce projet pilote lui a permis d’apprendre comment les usagers utilisaient la mobilité multimodale dans leurs déplacements quotidiens.
N’empêche que c’est un sacré deuxième coup de bambou (après celui de la fin des trottinettes partagées) pour les défenseurs et partisans d’une mobilité alternative. Et de retentir une petite musique de fond : s’est-on vraiment donné les moyens de réussir ? Voici ce que disait Françoise Ledune à nos confrères de la RTBF il a de cela presque 2 ans : “On a l’exemple de la ville de Berlin qui était précurseur en matière d’applications multimodales. Il leur a fallu 8 ans pour avoir une vraie stabilité et une vraie régularité d’utilisation de leur application.” Bruxelles n’avait peut-être pas ce luxe d’attendre aussi longtemps…

FLOYA reste en service jusqu’au 31 décembre 2026 inclus

Les utilisateurs qui disposent encore de tickets, abonnements ou autres titres de transport dans Floya sont invités à les utiliser avant le 31 décembre 2026. “Certains produits ou fonctionnalités pourront être progressivement supprimés au fur et à mesure que cette échéance approchera. Nous informerons et accompagnerons les utilisateurs de l’application à chacune des étapes“, promet la STIB. Le service clientèle de Floya restera joignable via le site internet jusqu’au 31 janvier 2027.

Floya rassemble pour l’heure 11 solutions de mobilité dans une seule application. Mais ce projet pilote, annoncé innovant il y a de cela 3 ans, n’aura finalement pas fait long feu.
Romuald La Morté et Claire Vermeulen
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