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La décontamination de l’air, une fausse bonne idée pour l’horeca ?

Restaurant Masque Horeca Coronavirus - Belga Thierry Roge

Tout le monde souhaite retourner dans son restaurant préféré après être allé voir un film ou une pièce de théâtre. Pour que ce rêve devienne réalité, certains pensent à la décontamination de l’air via des systèmes de purification. Cela pourrait rentrer dans les protocoles sanitaires et la création d’un label “corona safe”.

S’il y a un bien un fait sur lequel tous les experts sont d’accord, c’est que la ventilation est un élément indispensable pour éviter la contamination par le Sras-CoV-2. La terrasse ou le shopping en plein air est la meilleure solution mais le climat belge étant ce qu’il est, il faut bien trouver une solution pour respirer un air pur à l’intérieur. C’est là qu’entrent en jeu les purificateurs d’air. Pour le moment, on parle soit de filtres UVC soit de filtres hepa. Les deux techniques sont utilisées notamment dans le monde médical.

L’an dernier, Brussels Expo a choisi d’équiper tous ses palais de filtres UVC. Ces ultra-violets permettent de purifier l’air comme dans un bloc opératoire sauf que dans un bloc, l’opération se déroule lorsque plus personne ne s’y trouve.

Les filtres hepa, eux, sont des filtres à air à haute capacité. Plusieurs firmes commencent à les commercialiser pour les restaurateurs. A Woluwe-Saint-Pierre, le restaurant le RDV des amis, a déjà investi dans cette technologie qui, aux dires du restaurateur, capte à 99,95% les particules et les détruit. “Ce sont des investissements qui sont coûteux et il faudrait que la Région puisse aider les restaurateurs qui veulent s’équiper, explique le député Michaël Vossaert (DéFi). Ces technologies font partie de la solution et il serait dommage de s’en priver. Elles pourraient aider à avoir des lieux plus sûrs contre la covid mais aussi contre les futures maladies. Cela pourrait nous permettre aussi de créer un label “corona safe” pour les lieux qui utilisent ces appareils.”

Une aide régionale

Dans son panel d’aides, la Région bruxelloise via la secrétaire d’État à la Transition économique Barbara Trachte (Ecolo), propose d’aider financièrement les restaurateurs, commerçants et autres entrepreneurs dans leurs investissements. Cette prime existe déjà pour tout type de matériel afin de recevoir une homologation. Pour les appareils de purification d’air, ils pourraient bénéficier de cette prime s’ils sont repris dans les protocoles établis par le commissariat Corona et homologués par le conseil supérieur de la santé.

Ce dernier vient d’ailleurs de rendre un avis sur la ventilation. Il précise que l’air doit être régulièrement renouvelé et que l’indicateur de CO2 est un bon moyen de vérifier la qualité de l’air. Le CSS souligne toutefois qu’il est impossible de fixer une valeur de ventilation permettant de supprimer totalement le risque de contamination, ou de fixer précisément le niveau de ventilation requis pour diminuer très fortement ce risque. Il préconise l’installation de systèmes de filtration supplémentaires, de préférence via une filtration centrale avec des filtres hepa ou des précipitateurs électrostatiques. Des systèmes mobiles peuvent aussi faire l’affaire. Quant aux systèmes par UV, il les déconseille en dehors des installations hospitalières.

A ne pas placer n’importe comment

Le conseil supérieur de la santé recommande également d’étudier les emplacements de ces systèmes. Un avis que partage l’infectiologue, Michèle Gérard du CHU Saint-Pierre. “Ces machines peuvent être un plus mais je crois qu’il y a à boire et à manger. Les industriels y voient parfois une source de profit important. Il faut donc que le système soit homologué et surtout, il ne faut pas le placer n’importe comment. Je me souviens de cette expérience dans un restaurant chinois où en quelques minutes, la modélisation du voyage des gouttelettes avait montré que toute la salle était contaminée. Si une paroi en plexi bloque la circulation de l’air vers la machine, cela fera pire que mieux. Il ne faudrait pas pulser de l’air contaminé. Je crois que pour le moment, dans les deux tiers des cas, ce sont un peu des joujoux et qu’on joue aux apprentis sorciers. Tant que les gens ne seront pas vaccinés, l’horeca restera un lieu de contamination. L’idéal reste la terrasse.”

Des expériences à mener

Pour le moment, les purificateurs d’air ne font pas partie des éléments retenus pour les protocoles concernant l’horeca. Mais le ministre des Indépendants David Clarinval (MR) a été interpellé à plusieurs reprises sur ce sujet. La question du coût semble poser un problème.

En attendant, certains réclament la tenue d’expériences pilotes comme la tenue d’un concert comme à Barcelone avec 5.000 personnes. A la Ville de Bruxelles, le bourgmestre Philippe Close (PS) et l’échevin du Commerce, Fabian Maingain (DéFi) ont mis sur pied une task force avec notamment l’infectiologue Nathan Clumeck. Le but : aider les lieux fermés à rouvrir plus vite en mettant en place des installations pour en faire des endroits “covid safe”. “Nous en sommes à la phase de réflexion, explique Fabian Maingain. Nous allons voir si nous organisons ensuite des expériences in situ. En tout cas, nous ne nous sommes pas fixés de date mais cela certainement pour après les vacances de Pâques.”

Vanessa Lhuillier – Photo: Belga/Thierry Roge

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30 mars 2021 - 09h30
Modifié le 30 mars 2021 - 18h20