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La colère d’un directeur: l’école Saint-Antoine risque de supprimer ses repas chauds

C’est l’indignation et la stupéfaction pour le directeur de l’école Saint-Antoine à Forest. Il y a quelques jours, il a appris que son budget pour la cantine scolaire va drastiquement chuter. Il pourrait même être obligé de supprimer les repas chauds pour les élèves, qui sont pour la plupart issus d’un milieu défavorisé. Pour exprimer sa colère, il a écrit une lettre ouverte aux ministres concernés par la réductions des subsides.

Reportage de Gilles Chevalier et Frédéric De Henau

La fin de l’appel à projets pour les repas gratuits bouleverse les écoles maternelles et primaires à encadrement différencié, rapportait Le Soir samedi. Celles qui en bénéficiaient voient leurs moyens chuter drastiquement, si bien que les repas chauds sont menacés.

L’administration de l’enseignement confirme que l’appel à projets pour des repas complets, gratuits, sains et durables ne sera pas reconduit. Le dispositif est désormais intégré au décret sur l’encadrement différencié. En clair : les écoles peuvent toujours financer des repas, mais sur leurs moyens généraux, et sans obligation.

Sur le papier, environ 300 écoles voient leur budget global augmenter. Mais pour 429 autres, celles qui bénéficiaient de l’appel à projets, c’est la douche froide. “De nouvelles écoles disposent de moyens supplémentaires, et pas seulement celles qui répondaient à l’appel à projets, ce qui rend le dispositif plus équitable et peut éventuellement décevoir certains établissements“, résume le cabinet de la ministre de l’Education, Valérie Glatigny.

Depuis 2023, toutes les écoles du fondamental accueillant les élèves les plus précarisés pouvaient solliciter une subvention spécifique pour organiser des repas chauds gratuits. En 2024-2025, le budget prévu s’élevait à 21,4 millions d’euros. En parallèle, l’ensemble des écoles fondamentales à indice socio-économique dit faible se partageaient environ 18.000 périodes-professeurs supplémentaires et 10,7 millions de subventions complémentaires pour engager du personnel non enseignant, acheter du matériel, rénover le bâti…

A partir de la rentrée prochaine, l’appel à projets disparaît. Une partie du montant (14 millions) est transférée vers l’enveloppe relative aux subventions complémentaires… elle-même préalablement revue à la baisse. Résultat : une enveloppe globale qui passe de 32 à 19 millions d’euros. “Le gouvernement assurait aux écoles que les montants permettraient de maintenir les repas gratuits. On constate aujourd’hui que ce n’est pas le cas“, souligne Laetitia Bergers, du Segec (secrétariat général de l’enseignement catholique).

La lettre ouverte de Pierre Laurens, directeur de l’école Saint-Antoine:

Madame Glatigny, Madame Degryse,
Chers mandataires politiques MR -Engagés,

Depuis ce matin, je suis en colère suite à vos décisions prises à l’aide de tableaux excel ! L’information concernant les indices socio-économiques et les subsides que chaque école va recevoir viennent d’être communiqués aux écoles. Même si je m’attendais à une réduction des subsides annoncés, l’information que j’ai reçue est choquante et catastrophique.

Les dernières années, mon école, en indice socio-économique 2 sur 20, recevait un subside d’un peu plus de 50.000€ pour le soutien encadrement différencié ainsi que 200.000€ pour offrir des repas gratuits aux 370 élèves de l’école. Les chiffres arrivés ce matin sont les suivants, je vais devoir me débrouiller avec 88.000€. On passe donc de 250.000€ de subsides à 88.000€, soit une diminution de 65%. Ceci s’ajoute à la très forte réduction des subsides gratuité qui passe de 24000€ pour 370 élèves à 8300€ soit une réduction de 66%. Cerise sur le gâteau, les subsides de fonctionnement ne seront pas indexés alors que les coûts de fonctionnement , eux, augmentent.

Dans le mail de l’annonce, l’administration a le culot d’annoncer que si mon école veut continuer à organiser les repas chauds gratuits, je peux continuer à le faire !

En sachant que le budget encadrement différencié doit être utilisé à hauteur de minimum 25% pour de l’engagement de personnel, il me reste 66.000€ pour offrir des repas chauds gratuits si je respecte strictement cette règle. Les dernières années, l’entièreté du budget servait à de l’engagement de personnel. Cet engagement permettait aux enseignantes de maternelle d’avoir une aide en classe via des puéricultrices et d’autres types de soutien. Donc, si je veux garder le cadre du personnel de mon école identique, il me reste 33.000€ (je dois déduire l’indexation des frais de personnel) pour offrir des repas chauds gratuits à mes élèves. Cela fait 0,5€ par repas. En gros, il me reste de quoi acheter un œuf et demi par enfant … faut-il encore que je les cuisine !

J’ai beau tourner les chiffres dans tous les sens, hormis la fin des repas ou l’offrir uniquement à mes élèves d’accueil, je ne vois pas comment je vais faire.

Depuis vos bureaux avec vos tableaux excel, ce n’est pas vous qui aller devoir affronter la colère du personnel (si on supprime les repas chauds, on ne va plus avoir besoin de personne pour la vaisselle, la distribution des repas,…), des parents, des enseignants et des enfants. Ce n’est pas vous qui allez devoir leur expliquer que le gouvernement fédéral a été capable de trouver 35 milliards pour des avions de chasse mais que la FWB n’a pas été capable de trouver 12 millions pour continuer à nourrir les enfants des familles en difficulté. Et que dois-je leur répondre à ces gens en colère quand ils vont apprendre que vous avez décidé d’augmenter de 4 à 12% les tops managers de l’administration ?

Les repas chauds gratuits avaient permis de passer d’un taux de présence en maternelle de 60% à 95% ! Cela avait aussi permis à certains enfants d’avoir un vrai repas sur le temps de midi qui était leur premier repas de la journée ! Sans parler de l’aspect sain de ce repas offerts : fini les frites froides de la veille dans la boîte à tartine ou le pitch produit blanc acheté chez un hard discount comme seul repas de la journée.

Cela a eu comme impact que les résultats scolaires de nos élèves étaient en hausse ces dernières années. Des enfants qui arrivent plus jeunes à l’école et y restent plus longtemps ; des enfants qui peuvent se pencher sur leur travail au lieu de se dire qu’ils ont faim … cela a eu un effet bénéfique sur les apprentissages et sur les résultats.

Depuis votre arrivée au pouvoir, vous avez largement communiqué que la FWB est structurellement en déficit et que cette situation ne peut pas perdurer. Dont acte. Il faut faire des économies et mon école est prête à participer à l’effort commun. On doit tout de même se poser la question si les économies à réaliser doivent avoir un tel impact (moins 65% de subsides d’encadrement différencié/repas chaud et moins de 66% de subsides gratuité par élève) sur des établissements scolaires dont l’indice socioéconomique est aussi bas. Est-ce que les économies visées doivent impacter autant les milieux les plus défavorisés? Tout cela est balayé d’un revers de la main par vos décisions arbitraires sans concertation avec le terrain. Qui vous a pourtant interpellé plus d’un fois sur le sujet. Je termine en signalant que ce ne sont ni les enseignants et ni les enfants sur le terrain, qui ont fait les choix qui ont amenés ces déficits.

Madame Glatigny, madame Degryse, je prends bonne note qu’il est plus important d’augmenter des tops managers que de nourrir des enfants dont les familles n’ont pas les moyens ! Et cela me met en colère !

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