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Il y a 30 ans, 300 000 personnes marchaient en blanc à Bruxelles après l’affaire Dutroux

Il y a 30 ans, plus de 300.000 personnes ont défilé dans les rues de Bruxelles pour réclamer une justice plus efficace et soutenir les familles de Julie, Mélissa, An, Eefje, Laetitia et Sabine, ainsi que tous les enfants victimes de violences.

De par son ampleur, la “Marche Blanche” a précipité la mise en place d’une commission parlementaire sur les dysfonctionnements de l’enquête Dutroux.

Après l’arrestation, le 13 août 1996, de Marc Dutroux et de ses complices Michelle Martin et Michel Lelièvre, la Belgique a plongé dans l’horreur à mesure de leurs révélations. Si Laetitia Delhez et Sabine Dardenne ont été libérées deux jours plus tard, les enquêteurs ont découvert les dépouilles de Julie et Mélissa, mortes de faim dans la cache de Marc Dutroux, puis celles d’An et d’Eefje chez Bernard Weinstein, à Jumet (Charleroi, province de Hainaut).

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Meurtris par la disparition de leurs enfants et désabusés par le fonctionnement de l’appareil judiciaire, plusieurs parents ont appelé à un rassemblement de grande ampleur. Marie-Noëlle Bouzet, la mère d’Elizabeth Brichet, disparue en 1989, Carine et Gino Russo, Louisa et Jean-Denis Lejeune, Paul et Betty Marchal ainsi que la famille de Loubna Benaïssa, enlevée en 1992, ont invité la population à prendre part à une marche apolitique.

Le 20 octobre 1996, une vague de quelque 300.000 personnes a déferlé dans les rues de Bruxelles avec des ballons et des vêtements blancs.

Cette manifestation, l’une des plus grandes que la Belgique ait connues, a engendré plusieurs réformes judiciaires et policières: création du parquet fédéral et du tribunal de l’application des peines (TAP). La gendarmerie a également disparu au profit d’une police intégrée à deux niveaux: la police fédérale, d’une part, et la police locale, d’autre part. En 1998, la loi Franchimont a par ailleurs renforcé les droits des victimes. Un an plus tard, le Conseil supérieur de la Justice a été instauré pour garantir l’indépendance de la magistrature. La Fondation pour enfants disparus et sexuellement exploités (Child Focus) est également née de cette mobilisation.

Depuis 1998, année où Child Focus a été officiellement lancée, l’organisation a traité plus de 85.000 dossiers d’enfants disparus ou exploités sexuellement.

“Une disparition d’enfant est aujourd’hui clairement mieux prise en charge qu’il y a 30 ans”, a affirmé Nel Broothaerts, directrice générale de Child Focus, à l’agence de presse Belga. “Il y a beaucoup plus d’expertise pour accompagner et faire le pont entre les proches des victimes et les enquêteurs de la police”, a-t-elle mis en avant. “C’est un des acquis qu’on doit aux parents des victimes de Marc Dutroux. Ceux-ci ont montré où il y avait des lacunes et se sont battus pour que ça change”, a-t-elle précisé.

Au cours de ces 30 dernières années, la protection des victimes est ainsi devenue plus centrale, celle des enfants prioritaire. “Si on compare avec d’autres pays, la disparition et l’exploitation des enfants se situent très haut dans l’agenda politique belge”, a souligné Nel Broothaerts.

“D’un traumatisme national est né un engagement sociétal. Cela prouve que le changement est possible lorsqu’une société décide d’assumer ses responsabilités”, a-t-elle fait valoir dans une carte blanche.

Dans ce texte d’opinion, la directrice générale de Child Focus souligne que la promesse faite aux enfants il y a 30 ans doit être renouvelée. Elle rappelle que les jeunes évoluent désormais dans un monde numérique qui engendre de nouveaux risques, tels que le “grooming”, la “sextorsion”, l’impact de l’intelligence artificielle et la pression des réseaux sociaux. Face à ces vulnérabilités psychologiques croissantes, elle appelle à une mobilisation collective de toute la société (parents, écoles, police, justice, entreprises technologiques et responsables politiques) pour continuer à protéger les enfants dans le monde réel comme dans l’univers virtuel.

“Commémorer la Marche blanche ne signifie pas uniquement se tourner vers le passé, c’est une invitation à regarder vers l’avenir”, conclut-elle.

Belga