Gendarmerie 2.0 : l’opposition de gauche réclame plutôt un renforcement de la police, les syndicats sont contrastés
L’opposition de gauche à la Chambre se prononce lundi contre l’idée du ministre de la Défense Theo Francken (N-VA) de créer une “gendarmerie 2.0” dont les membres suivraient un entraînement à la fois policier et militaire.
“Au lieu de renforcer la police, le ministre de la Défense semble vouloir laisser l’armée prendre progressivement le relais”, critique le chef de groupe Ecolo-Groen Matti Vandemaele. Pour l’élu écologiste, “ce dont nous avons besoin, c’est d’une justice qui punit efficacement les délits, d’un renforcement de l’aide à la jeunesse et des perspectives pour les jeunes des quartiers socio-économiquement vulnérables. Nous voulons de véritables solutions à l’insécurité, pas des démonstrations de force.”
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“Nos policiers ne demandent pas une nouvelle structure. Ils demandent des moyens“, appuie le député fédéral PS Ridouane Chahid. “En 2026, la Police fédérale, c’est 70 millions d’euros qui manquent. Et la réponse du gouvernement De Wever ? Pas un euro de plus. Mais une idée lumineuse : coller un nouveau logo et envoyer l’armée faire le boulot de la police.” Sur Bel RTL, le bourgmestre de Bruxelles Philippe Close (PS), avait déjà qualifié lundi matin cette initiative de “vingtième brol” qui suscitera “vingt mille débats au parlement”.
De l’autre côté de l’échiquier politique, le Vlaams Belang réclame par contre la paternité de l’idée. Le parti d’extrême droite flamand avait formulé une telle proposition jeudi dernier lors d’une conférence de presse organisée après la mort d’un policer en intervention à Jette.
Le gouvernement s’en défend. Sur les ondes de Radio 1, M. Francken a assuré que le sujet était en préparation depuis quelques semaines et n’était donc pas copié d’une proposition du Vlaams Belang.
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Également dans l’opposition au fédéral, les libéraux flamands d’Anders ne se disent pas opposés à l’idée en principe. Mais ils considèrent avant tout que le problème se situe au niveau de la justice. “La police peut arrêter mille personnes. Si la justice ne peut pas les poursuivre ensuite, rien n’est résolu”, a estimé le député Arthur Orlians. “Il faut appliquer les lois existantes et interdire les manifestations pour les fauteurs de troubles connus. Notre proposition de loi est déposée depuis 2023. De plus, la Réserve fédérale et le Corps d’intervention disposent déjà d’une structure qui peut être mobilisée. Au lieu de slogans, il faut s’attacher avant tout à renforcer les cadres existants. Moins de slogans, plus de poursuites judiciaires”, a-t-il conclu.
Réactions contrastées auprès des syndicats
La création d’une “gendarmerie 2.0” suscite des réactions contrastées au sein des syndicats de police, ont fait savoir ces derniers lundi à l’agence Belga. “Il ne suffit pas de donner un nouveau nom à un dispositif pour répondre aux besoins du terrain, la priorité doit être de renforcer ce qui existe”, a estimé la Centrale générale des services publics (CGSP).
Les policiers sont confrontés quotidiennement à des missions toujours plus nombreuses et complexes, les services doivent pouvoir disposer d’effectifs suffisants, de moyens adaptés et de capacités de renfort opérationnelles. Il faut restaurer la Réserve générale, et renforcer le Corps d’intervention (CIK), a ajouté le syndicat.
Une réaction qui n’est pas partagée par le Syndicat national du personnel de police et de sécurité (SNPS), qui est favorable à la proposition. Les récentes manifestations qui étaient au départ démocratiques, ont pour certaines viré aux dégradations. “On ne peut pas négocier avec des voyous et des casseurs”, a déclaré Thierry Belin, vice-président du SNPS. Cette nouvelle proposition permettrait de rétablir l’ordre dans la rue, ce qui est le métier principal d’un policier, a-t-il précisé. Mais il n’est pas question de frapper tout le monde, a-t-il ajouté.
Du côté du Syndicat libre de la fonction publique (SLFP), on déplore que l’information de la création de cette nouvelle structure ait été apprise via la presse, et qu’aucun dialogue social n’ait été mené en amont. Le syndicat revendique une plus grande coordination entre le judiciaire et le corps policier. “Notre revendication est double et simple : il doit y avoir un ministre de la Sécurité qui regroupe la Justice et l’Intérieur“, a insisté son président Vincent Gilles.
Belga – Photo : Belga