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Des organisations dénoncent les inégalités liées à la fracture numérique en Belgique : “Cela concerne 40% des Bruxellois”

Trois ONG internationales et une cinquantaine d’organisations de la société civile, soutenues par Unia, dénoncent les inégalités liées à la digitalisation croissante des services publics et privés essentiels. Elles ont introduit une réclamation collective auprès du Comité européen des droits sociaux du Conseil de l’Europe. Anais Lefrère, juriste à l’Unia et Iria Galván Castaño, chercheuse à Lire et Ecrire sont revenues sur la plainte dans Bonsoir Bruxelles ce jeudi soir.

La digitalisation des démarches administratives facilite l’accès à de nombreux services, mais elle peut aussi créer des difficultés pour les personnes qui ne maîtrisent pas les outils numériques ou qui n’y ont pas accès. C’est sur cette fracture que porte une réclamation collective introduite contre l’État belge.

Trois organisations internationales, soutenues par une cinquantaine d’acteurs de la société civile et par Unia, demandent au Comité européen des droits sociaux (CEDS) de vérifier si la Belgique respecte ses obligations découlant de la Charte sociale européenne. “La digitalisation a un impact particulier sur certains groupes vulnérabilisés” affirme Anais Lefrère, juriste à l’UNIA.

Des alternatives au numérique jugées indispensables

Dans leur réclamation, les organisations rappellent que, pour les services publics, les services privés essentiels et les services sociaux, la Belgique doit garantir différentes modalités d’accès surtout face aux conséquences que la fracture numérique peut causer auprès d’une partie de la population. “Cela concerne 40% des Bruxellois. On ne parle pas d’une minorité ou de personnes à la marge, ce sont des personnes âgées, des personnes en situations d’handicap, des personnes illettrées” détaille la chercheuse de Lire et Ecrire, Iria Galvan Castano.

Selon elle, l’analphabétisme et la fracture numérique sont liés. “Certains ont des difficultés à l’écrit, et le numérique passe par l’écrit. On ne peut pas demander un droit si on ne sait lire et écrire, c’est une barrière” explique Iria Galvan Castano. La barrière va au-delà des lettres, cela concerne aussi le matériel numérique tels que le téléphone portable ou les ordinateurs qui demandent certains moyens financiers.

Concrètement, les ONG et associations estiment que les citoyens doivent pouvoir disposer de guichets physiques, de permanences téléphoniques et de possibilités d’échanges par courrier. L’objectif est qu’aucune démarche essentielle ne soit accessible exclusivement en ligne malgré la période dans laquelle nous vivons “l’ère numérique”. “Au début, on pensait que c’était une question de temps mais maintenant je pense qu’il y aura toujours des personnes qui auront des difficultés pour différentes raisons, comme la diminution de certaines capacités avec l’âge. Il faut aussi s’adapter à un numérique qui change tout le temps et cela n’est pas évident pour beaucoup de personnes” déclare la chercheuse.

Pour les organisations à l’origine de la plainte, le simple maintien théorique de ces alternatives ne suffit pas. Ces différents canaux doivent également être effectivement accessibles, fonctionnels et efficaces, afin de garantir un accès universel aux services.

Une question d’égalité d’accès

La réclamation met donc en avant les conséquences sociales d’une digitalisation qui ne s’accompagnerait pas de solutions alternatives suffisantes. Les personnes éloignées du numérique risquent, selon les organisations, de rencontrer davantage d’obstacles pour accéder à certains droits ou services essentiels. “Vous avez, par exemple, des contrats d’énergies qui sont exclusivement numériques, qui sont moins chers que d’autres contrats alors qu’on sait que les personnes les plus vulnérables vont avoir ces contrats qui ne leur permettent pas d’avoir un accès téléphonique ou un accès à un guichet pour expliquer leur situation” explique Anais Lefrère, juriste à l’UNIA.

Le Comité européen des droits sociaux doit désormais examiner la réclamation et déterminer si les pratiques dénoncées sont compatibles avec les engagements pris par la Belgique dans le cadre de la Charte sociale européenne.

► Retrouvez Bonsoir Bruxelles du lundi au vendredi de 18h20 à 19h

■ Une interview d’Anais Lefrère et Iria Galván Castaño  au micro de Fabrice Grosfilley et Jamila Saidi M’Rabet dans Bonsoir Bruxelles