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De Bruxelles à Madrid, des manifestants dénoncent les expulsions de locataires

Un peu moins de 200 personnes se sont rassemblées mercredi en fin d’après-midi sur la place de la Monnaie, à Bruxelles, à l’appel de plusieurs collectifs de défense du droit au logement. Sous le mot d’ordre “Non aux expulsions”, les manifestants ont rendu hommage à deux femmes décédées en septembre et octobre, l’une à Uccle et l’autre à Madrid, dans le contexte de leur expulsion.

À Uccle, une sexagénaire s’est donné la mort le 17 septembre, alors qu’un huissier et des policiers intervenaient pour procéder à son expulsion. À Madrid, Maricarmen Abascal, 87 ans, est décédée le 7 octobre, deux semaines après avoir été expulsée du logement qu’elle occupait depuis plus de 70 ans. La société immobilière propriétaire de son immeuble réclamait un loyer cinq fois supérieur au précédent, selon la presse espagnole.

“On ne connaît même pas son nom”, déplore Ana, membre du Front anti-expulsions, à propos de la victime uccloise. Elle regrette que ce décès soit presque passé inaperçu et conteste l’explication par une fragilité psychologique. “Les expulsions tuent”, insiste-t-elle, évoquant les appels de personnes désespérées reçus par son collectif.

Les associations réclament un encadrement strict des loyers visant à les faire baisser, une meilleure protection des locataires, un contrôle renforcé des congés locatifs et davantage de logements sociaux. Elles demandent également des solutions de relogement pour les personnes expulsées.

À l’approche de la trêve hivernale du 1er novembre, les militants dénoncent une multiplication des procédures. “Il faut la fin des expulsions, et pas uniquement en hiver”, affirme José Garcia, secrétaire général du Syndicat des Locataires. Une délégation internationale de locataires s’est également rendue mercredi au Parlement européen.

Pour Laurent d’Ursel, secrétaire politique du Syndicat des Immenses, ces drames illustrent un déséquilibre du rapport de force entre propriétaires et locataires. Il appelle à considérer le logement comme une question de société, plutôt que comme “ne marchandise comme une autre”, et s’inquiète de la vente annoncée de logements sociaux bruxellois.

Le logement constitue aussi le fondement de la dignité humaine, souligne l’abbé Daniel Alliët, curé du Béguinage. Engagé depuis 25 ans auprès des sans-papiers, il exprime également ses inquiétudes concernant les visites domiciliaires.

Mathieu Verhaegen, président de la CGSP ALR Bruxelles, établit pour sa part un lien entre crise du logement, précarisation de l’emploi et affaiblissement des services publics.

Selon un monitoring publié en mai 2026 par perspective.brussels, 3.007 dossiers d’expulsion ont été traités par 16 CPAS bruxellois entre juillet 2023 et juin 2024, soit près d’un ménage locataire sur 100. Il ne s’agit pas nécessairement d’expulsions exécutées.

Le rassemblement, organisé sous le slogan “De Bruxelles à Madrid, les expulsions tuent !”, est une initiative du Front anti-expulsions, du Syndicat des Immenses, du Syndicat des Locataires, du syndicat Wuune, de l’International Alliance of Inhabitants et de la coalition Housing Action Days.

Belga