Assises Bruxelles : La violence psychologique et morale était telle que Semun Karaman a “pété un plomb”
Le meurtre commis le 5 juillet 2022 à Molenbeek était le résultat d’un “pétage de plomb” survenu à la suite d’une série de violences psychologiques et morales subies par Semun Karaman (42) pendant plusieurs années, ont défendu ses avocats vendredi devant la cour d’assises de Bruxelles, au dernier jour du procès d’un homme mais également d’un contentieux immobilier ouvert en 2018 et toujours pas refermé.
Le conflit interpersonnel a viré au pétage de plomb, a-t-elle soutenu, en citant toutes les “violences graves” accumulées à son encontre par l’accusé, spécialement dans les jours qui ont précédé les faits.
“Nargué”, en voie de perdre deux maisons où vivait sa famille et celle de son frère, acculé par 6.850.000 euros d’astreintes qu’il considère comme injustifiées… Semun Karaman est arrivé à l’été 2022 dans un état de stress, ont expliqué ses avocats.
L’accusé a déposé une plainte au Conseil supérieur de la justice contre le juge de paix de Zaventem le 6 juin 2022, mais il apprend peu de temps avant le 5 juillet que sa plainte ne sera pas traitée avant octobre 2022.
Le 30 juin 2022, Semun Karaman se retrouve à l’audience devant un juge de paix suppléant qui annonce que sa requête en annulation des astreintes, montées à 6.850.000 euros depuis le 5 juillet 2018, est remise au 29 septembre 2022.
Dans ses nuits d’insomnies et de recherches internet précédant le meurtre, il découvre que Robert Peeters, le père de la victime et avocat d’affaires, est poursuivi pour des faits de corruption, ce qui s’ajoute à un sentiment d’injustice déjà maximal.
Ces éléments sont venus s’ajouter à une bousculade de son épouse par la victime, à un état de fatigue avancé et attesté médicalement et à une impossibilité d’entrer en contact avec Jan-Willem Peeters à trois jours de la vente publique des maisons d’Overijse et d’Etterbeek.
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Me Sven Mary, qui a repris la main après le déroulé civil de Me Luc Detremmerie, a également relevé les multiples tentatives de leur client pour trouver un accord avec Jan-Willem Peeters, locataire d’un studio compris dans l’immeuble acheté en 2018 par Semun Karaman au grand-père de la victime pour y vivre.
“Relisez les échanges Whatsapp”, a suggéré Sven Mary aux jurés. Mais il n’y a rien d’agréable dans ces messages, a-t-il prévenu, puisqu’ils attestent de la tension croissante entre différents protagonistes qui se connaissaient depuis l’enfance de Jan-Willem Peeters.
L’ensemble du tableau proposé par la défense vendredi est celui d’une pression morale et psychologique, vécue par un accusé qui allait perdre son toit suite à des décisions de justice qu’il estime injustes.
Au moment de dresser le portrait d’un homme “qui a fait tout ce qu’il pouvait” dans ce conflit locatif, Sven Mary est remonté jusqu’en 1983 et l’arrivée en Belgique de la famille Karaman. Elle avait demandé l’asile politique après l’assassinat du père de Semun Karaman pour des convictions religieuses en Turquie.
Alors que les parties civiles et l’avocat général rappellent aux juges et jurés que la provocation doit être immédiate et proportionnelle à la violence subie, la défense soutient que la provocation existe en droit “tant que dure l’émotion violente dont elle a été la cause”.
Dans leurs répliques, les parties civiles se sont inquiétés qu’un jury d’assises puisse retenir les arguments de la défense et sa critique d’une justice de classe pour excuser un assassinat. La stratégie de la défense concentrée notamment sur les astreintes est “glaçante”, selon Me Dimitri De Beco, du côté des parties civiles.
“On n’est pas à la chambre d’appel de la justice de paix”, a-t-il résumé après sept jours de débats. Il a rappelé que Jan-Willem Peeters a été tué par Semun Karaman de six balles dans le corps, tirées dans des organes vitaux. La provocation reviendrait à dire à l’accusé “qu’il a eu raison” dans le contentieux locatif et sa contestation des décisions du juge de paix de Zaventem, a déclaré Dimitri De Beco.
La défense “essaie de faire le grand écart”, pour l’avocat général. À quelques détails près, aucun élément listé par la défense ne peut tenir dans un arrêt de la cour d’assises justifiant la provocation.
Dans sa dernière prise de parole devant la cour, Semun Karaman a demandé pardon au grand-père, à la grand-mère, à la mère et à la sœur de Jan-Peeters. Il s’est adressé au grand-père en reconnaissant le “beau geste” que ce dernier avait fait en vendant la maison d’Overijse à son frère et lui. “Par ce geste, ils ont perdu leur petit-fils”, a-t-il constaté.
Les jurés sont entrés en délibération à 15h00 et leur prononcé sur la culpabilité, la provocation ou la préméditation du crime est attendu dans la soirée.
Belga