Ancien Delhaize Molière: “Il faut avoir une vision de la ville et pas juste mettre des sardines dans une boîte”
Le projet immobilier sur le site de l’ancien Delhaize Molière, également connu comme la patinoire du Royal Rinking, continue de faire parler: un avis favorable sous condition a été rendu par la région, mais un avis défavorable pour la commune. Ce qui “rassure” Aline Lacroix, cheffe de groupe Ecolo à Ixelles, qui insiste: “c’est le promoteur qui a fait une erreur, ce n’est pas aux habitants du quartier de payer le prix de son erreur.” Elle est l’invitée de Bonjour Bruxelles.
Le projet porté par le promoteur Besix prévoit la démolition de la halle existante et la rénovation de la dalle centrale pour construire 46 appartements, répartis sur deux bâtiments à front de rue sur la chaussée de Waterloo et la rue Léon Jouret. Trois commerces sont prévus au rez-de-chaussée et 32 places de parking. En janvier dernier, l’échevine de l’Urbanisme Julie De Groote (Les Engagés) affirmait sur notre antenne qu’il “faut cicatriser la perte de la patinoire d’un point de vue patrimonial. Grâce aux concertations, nous avons réduit la densité, passé de 82 à 46 logements, et aménagé un îlot intérieur apaisé. C’est la dernière chance pour que ce projet s’intègre avec respect de l’histoire du lieu.”
Ce mardi, la cheffe de groupe Ecolo souligne que ça “nous a beaucoup inquiétés parce que nous, on pense que ce projet, de toute façon, est trop dense pour un quartier qui est déjà saturé. Et c’est aussi vraiment dommage de perdre un patrimoine architectural et immatériel – comme Julie De Groote le disait elle-même – alors qu’on pourrait le conserver et en faire une reconversion. La Commission royale des monuments et sites n’a jamais voulu le classer mais il faut savoir qu’il y a beaucoup de bâtiments à Bruxelles qui ne sont pas classés même s’ils sont très beaux. Et il faut rappeler aussi que la Commission a indiqué que ça ferait une bonne reconversion et qu’il ne fallait pas nécessairement démolir le bâtiment. Donc on est quand même dans une situation plus nuancée que démolir ou ne pas démolir.”
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“Le promoteur a fait une erreur, il a fait une erreur de calcul. Il a acheté ce bâtiment beaucoup trop cher. Tant pis pour lui. Mais ce n’est pas aux habitants du quartier de payer le prix de son erreur. S’il y a une personne qui doit faire son deuil et qui doit cicatriser sa perte, ce ne sont pas les habitants, c’est le promoteur. Et je n’ai pas vraiment de craintes pour le groupe Besix Red en terme de survie financière“, ajoute-t-elle.
“Des sardines dans une boîte”
“En plus de la question du patrimoine, il y a aussi la question de la densité“, dit encore Aline Lacroix. “C’est un quartier qui est déjà très densément peuplé: on est à 14.000 habitants par kilomètre carré alors que la moyenne régionale est de 7000 habitants par kilomètre carré. C’est vrai qu’il faut des logements, mais il faut aussi des logements de qualité qui soient accessibles. Et il faut aussi avoir une vision de la ville, pas juste aller mettre des sardines dans une boîte.”
Le projet Bluedrop, élaboré par un investisseur indépendant, propose de son côté une reconversion complète du site en préservant le patrimoine, et en y intégrant une mixité de fonctions et des équipements collectifs comme une grande salle de sport, une piscine de revalidation ou encore une crèche, entre autres. “C’est un quartier qui n’a aucun équipement collectif et qui en a besoin parce qu’il a beaucoup de familles. On pourrait faire autre chose dans ce bâtiment et c’est une occasion à ne pas manquer“, insiste la cheffe de groupe Ecolo.