Sur Spotify, les artistes belges toujours sous-représentés
Malgré un vivier créatif dynamique, la musique belge reste largement sous-représentée sur les plateformes de streaming. Sur Spotify, le Top 200 hebdomadaire reflète une sous-représentation criante des artistes locaux, qui ne dépassent jamais 10 % du classement national, alors qu’ils représentent jusqu’à 70 % des charts en France. Cette faible visibilité pourrait avoir des conséquences économiques significatives pour les musiciens belges, confrontés à un marché numérique où la rémunération dépend directement de l’exposition.
Spotify est la principale plateforme de streaming en Belgique, concentrant la majorité des écoutes devant Apple Music, Deezer ou Youtube Music. Sa place centrale en fait un indicateur clé pour mesurer l’exposition et la rémunération des artistes belges. Chaque semaine, entre 50 et 100 nouveaux titres belges voient le jour. Pourtant, très peu parviennent à émerger sur Spotify ou à intégrer les playlists éditoriales les plus influentes. Le constat est sans appel : en streaming, la musique belge est trois fois moins écoutée qu’aux Pays-Bas et jusqu’à huit fois moins qu’en France. Cette situation ne s’explique pas par un manque d’offre, mais bien par une visibilité insuffisante sur les plateformes numériques. En radio, la situation est similaire : la musique locale ne représente que 16,5 % des diffusions sur les stations francophones, contre 33 % en France. Les chiffres démontrent que le public belge s’intéresse à ses artistes, mais que les opportunités de monétisation sur les plateformes de streaming restent limitées.
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Pour Christian Martin, président de PlayRight (la société de gestion collective des droits des artistes-interprètes en Belgique), le problème est avant tout structurel. Le fonctionnement économique de Spotify repose sur un calcul mensuel des revenus, basé sur les abonnements et la publicité. Chaque mois, la valeur d’un stream est redéfinie, mais le système reste peu lisible pour les artistes. “On parle de millions de lignes de données, ce qui rend la transparence très relative”, explique-t-il. Dans ce modèle, Spotify reverse environ 70 % des revenus aux détenteurs des droits, généralement les producteurs ou labels.
À cette opacité, s’ajoutent des mécanismes de promotion internes, comme le Discovery Mode. Ce dispositif permet à certains titres d’être davantage mis en avant par l’algorithme, notamment via la lecture automatique après une chanson. En contrepartie, les ayants droit acceptent une réduction de leurs revenus sur ces titres. “Ce sont surtout les artistes déjà visibles qui peuvent se permettre d’utiliser ce genre d’outil”, souligne Christian Martin. Pour les artistes belges, dont les volumes d’écoute sont déjà faibles, l’impact reste marginal.
L’absence de relais éditorial
Mais selon PlayRight, le principal frein réside ailleurs : l’absence de véritable politique éditoriale en Belgique. Contrairement à la France ou aux Pays-Bas, il n’existe plus d’équipes locales chargées de sélectionner, écouter et promouvoir les nouveautés belges sur les plateformes. “Aujourd’hui, les seules playlists réellement actives en Belgique sont algorithmiques. Or, sans playlists éditoriales, le public ne peut pas découvrir les artistes locaux”.
Cette situation crée un cercle vicieux. Les artistes belges génèrent peu de streams, donc peu de revenus, mais cette faible performance renforce leur invisibilité. En 2025, environ 1.200 titres ont dépassé le million d’écoutes aux Pays-Bas, contre seulement 140 en Belgique. Un écart disproportionné, selon Christian Martin, au regard de la différence de population entre les deux pays.
Les conséquences se font également sentir sur d’autres sources de revenus, comme les concerts ou les droits voisins. En Belgique, les droits liés directement au streaming ne peuvent d’ailleurs pas encore être perçus par PlayRight, la loi votée en 2022 étant toujours contestée devant la Cour constitutionnelle. La radio reste donc un levier central, à la fois pour la découverte et pour la répartition des droits. “Quand un titre fonctionne en radio, cela peut ensuite se traduire sur les plateformes, et inversement. Quand rien ne démarre, tout se bloque”, analyse-t-il.
Des initiatives pour relancer la scène locale
C’est pour tenter de recréer une dynamique que PlayRight a lancé le Top 100 de la musique belge. Mis à jour chaque semaine, ce classement sert de baromètre pour le secteur et de vitrine pour des artistes souvent peu exposés. “Les dix premiers noms sont généralement connus, mais pas les suivants. Plus on descend dans le classement, plus on découvre la richesse de la production locale”. En parallèle, PlayRight diffuse chaque semaine plusieurs playlists sur Spotify et Deezer, avec l’objectif de stimuler l’écoute et de compenser le manque d’initiative des plateformes. Une tentative de redonner de la visibilité à une scène belge qui, malgré son dynamisme, reste largement sous-exploitée en streaming.
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Azad Yagirian