Le coût salarial horaire belge évolue moins vite que celui des pays voisins
Le coût salarial horaire (CSH) en Belgique a évolué moins vite que celui des pays voisins que sont l’Allemagne, la France et les Pays-Bas au cours des 20 dernières années, selon le dernier rapport technique intermédiaire du Conseil central de l’économie (CCE) publié mercredi.
Selon les dernières données et prévisions disponibles, le handicap des coûts salariaux dans le secteur privé s’élèverait à -1,0 ou -1,1% à l’horizon 2026. C’est l’estimation du handicap des coûts salariaux qui servira de base au calcul de la marge maximale disponible pour les négociations de l’accord interprofessionnel 2027-2028 (AIP) l’an prochain.
Une bonne nouvelle pour les trois syndicats qui y voient l’occasion de rappeler leur demande de longue date: l’abrogation de la loi de 1996 sur la norme salariale. “La tendance est claire: la période excessivement longue sans marge salariale a permis à la Belgique d’accumuler une avance salariale importante par rapport aux pays voisins“, relève le syndicat libéral CGSLB. “Il est (…) clair qu’il est enfin temps de revenir à de fortes et réelles augmentations salariales.”
“Les employeurs peuvent arrêter de crier au loup, ils doivent abandonner le terme stigmatisant de ‘handicap salarial’, car c’est officiel: il a été résorbé“, scande de son côté la FGTB. Le syndicat socialiste répète que pour lui, “l’imposition des normes salariales à zéro ces quatre dernières années est déconnectée de la réalité socio-économique“. De plus, “cet avantage officiel des coûts salariaux ne tient pas compte” des “réductions de cotisations patronales et de subsides salariaux que les entreprises belges reçoivent chaque année“.
Selon les calculs du syndicat, l’évolution des coûts salariaux sur les 20 dernières années est en réalité inférieur d’environ 5% à celle des pays voisins, et non d’1,1%. “L’avantage en matière de coûts salariaux prouve que les salariés n’ont pas bénéficié d’augmentations suffisantes. Le mécanisme à l’origine de cette modération salariale, à savoir la loi de 1996, qui maintient nos salaires dans un carcan, doit être réformé en profondeur“, conclut-il.
La CSC a aussi calculé une marge salariale plus élevée. “L’écart réel atteint près de 5%!“, affirme la secrétaire générale Marie-Hélène Ska. “5% ! Alors même que les entreprises engrangent des bénéfices considérables, la loi sur la norme salariale entrave la liberté de négociation et freine donc l’évolution des salaires.” Il faut “supprimer les verrous de la loi sur la norme salariale” mais aussi revoir le mécanisme d’indexation, selon le syndicat chrétien.
Le son de cloche et les calculs sont tout autre du côté de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), qui avance un “écart salarial historique” avec les pays voisins de l’ordre de 10% en 2024. “En termes absolus, le coût du travail demeure significativement plus élevé que dans les pays voisins (…). Ce handicap pèse sur la compétitivité des entreprises belges et fragilise notre capacité à attirer des investissements, à préserver l’emploi et à maintenir une base industrielle solide“, estime le patron des patrons, qui invite donc à la prudence sur les conclusions à tirer du rapport intermédiaire du Conseil central de l’économie.
Le ministre fédéral de l’Economie, David Clarinval, estime lui aussi que “le travail n’est pas terminé” même si “les rapports du CCE confirment que la Belgique est sur la bonne voie“. “Le handicap historique persiste. Notre coût salarial reste supérieur d’environ 10% à la moyenne allemande, française et néerlandaise. On ne peut pas l’ignorer“, conclut-il.
Belga