Rue de la Loi : pauvreté bruxelloise, la honte ou la colère ?

Ne pas donner trop de chiffres. Quand on lit une chronique à la radio ou à la télévision, quand on rédige un billet pour internet, il y a toujours un rédacteur-en-chef pour vous donner ce conseil :  ne donne pas trop de chiffres.  Un chiffre ou deux ca va, en donner plus c’est contreproductif, on décroche, ça fait baisser l’audience. Pourtant, aujourd’hui je vais donner des chiffres. Ce sont ceux de la pauvreté.

Le seuil de pauvreté pour commencer. C’est un montant mensuel net de 1187 euros par mois pour une personne isolée. En dessous on est donc sous le seuil de pauvreté. Cela concerne 16% de la population belge, en d’autres termes un belge sur 6 est considéré en situation de pauvreté. Si on élargit un peu cette norme et considère le “risque de pauvreté”, ceux dont la situation n’est pas stable, nous grimpons à près de 20% de la population, un belge sur 5.
Les plus vulnérables au risque de pauvreté sont les personnes âgées. au delà de 65 ans, mais aussi les jeunes, qu’ils vivent avec leurs parents ou prennent leur autonomie. Notre taux de pauvreté infantile est l’un des plus hauts d’Europe. Pour l’Unicef le taux de pauvreté infantile en Région bruxelloise est désormais comparable à celui de la Roumanie, de la Lituanie ou de la Pologne. A Bruxelles, 4 enfants sur 10 grandissent dans une famille sous le seuil de pauvreté. Contre un enfant sur 4 en Wallonie, et un enfant sur 10 en Flandre. Je ne veux pas vous noyer de chiffres mais il y a une urgence bruxelloise sur cette question.

La pauvreté, c’est devoir se battre tous les jours pour assurer sa subsistance. Renoncer aux dépenses superflues : les loisirs, l’habillement, la culture. L’alimentation aussi. Et même les soins de santé. Quand on fait partie des personnes les plus précarisées, on a deux fois plus de (mal)chance que les autres de mourir avant l’âge de 65 ans. Mauvaise alimentation, mauvaise hygiène de vie, moins d’attention à la prévention : la classe sociale la plus défavorisée développe 43% de diabètes en plus que les personnes les plus à l’aise. C’est aussi deux fois plus de risque d’être un jour hospitalisé pour des problèmes psychiatriques. Deux fois plus de risques de souffrir de dépression. Un ménage sur 5 va faire des économies sur le chauffage. Parmi les plus concernées par la pauvreté, les familles monoparentales. Souvent des femmes qui se retrouvent seules avec les enfants. On parlera pour eux de “déprivation” lorsque les privations touchent l’accès à des éléments fondamentaux. Partir en vacances au moins une semaine par an. Avoir deux paires de chaussures. Pouvoir participer à des excursions solaires. Avoir accès à internet. Avoir des livres à la maison. Pour 4 enfant sur 10 à Bruxelles ce n’est pas le cas.  Je ne veux pas vous assommer de chiffres. Mais ce chiffre là, il ne peut susciter que deux réactions. La honte. Ou la colère.

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17 octobre 2019 - 15h14