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Rue de la Loi : la violence contres les femmes, ça concerne surtout les hommes

C’est un climat de mobilisation générale. Et honnêtement il est temps, et on s’en voudrait de ne pas y participer. Lundi 25 novembre, ce sera la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. La veille, dimanche 24, il y aura une manifestation dans les rues de Bruxelles, 80 organisations appellent à y participer. Ce n’est pas mon rôle d’appeler à manifester. C’est une question de motivation personnelle et de liberté individuelle. Le rôle du journaliste ou de l’éditorialiste en revanche, cela peut être d’attirer l’attention sur un phénomène. Et sur les violences faites aux femmes, on a, même quand on est un homme, envie de crier avec ceux ou celles qui participeront à ce rassemblement.

D’abord parce qu’on est a priori contre toutes les formes de violence. Dans une société civilisée, on règle les différents par le dialogue. On respecte les droits de chacun. Et on sait que sa propre liberté s’arrête ou commence la liberté de l’autre. C’est vrai quel que soit le sexe de la personne en face de vous, quel que soit l’objet de la conversation, quel que soit le différent qui vous oppose à elle. Le fait de partager la vie d’une personne, d’avoir une relation sentimentale avec elle, d’éprouver du désir pour elle, ne vous donne pas de droits supplémentaires. Ça devrait même être le contraire. On devrait se montrer prévenant, conciliant, attentif. C’est vrai que cette personne soit un homme ou une femme. Même la fidélité ne s’impose pas entre partenaires. Ça se donne, s’échange, s’offre. C’est un cadeau, pas une obligation. Et un cadeau ça se mérite, ça ne s’exige pas, et surtout pas par la force. L’idée que la femme doit être assujettie à son mari, qu’elle lui doit obéissance ou soumission c’est une idée d’un autre siècle. Elle n’est plus tolérable, en 2019, quel que soit le milieu dans lequel vous évoluez, la religion que vous pratiquez ou pas, votre passé personnel, le contexte, votre ressenti, peu importe. Il n’y a pas d’excuse, n’en cherchez pas.

Chaque année en Belgique il y a de 30 à 40 féminicides. Des femmes qui meurent sous les coups d’un homme par ce qu’elles sont femmes, donc 40 meurtres parce qu’il n’y a pas d’autres mots. Il faut y ajouter 45 000 dossiers enregistrés par les parquets pour des violences conjugales ou assimilées. Dans les faits il y en aurait beaucoup plus. On estime qu’une femme sur 7 a été confrontée à la violence d’un homme dans l’année qui précède. La violence cela veut dire des coups, un rapport sexuel forcé, des insultes, une pression psychologique continue. La plupart du temps, les femmes n’osent d’ailleurs pas porter plainte. Il faut dire que dans le domaine des violences conjugales 7 fois sur 10 la plainte sera classée sans suite. Et que même si on progresse, la victime, en déposant plainte, prend le risque de se heurter au mépris d’un fonctionnaire de police, ou à l’insouciance d’un juge d’instruction, et pour finir de se retrouver dans une situation pire que celle qu’elle voulait dénoncer. On en voit encore des dossiers pour violences conjugales qui se perdent, des informations qui ne suivent pas le dossier et des hommes qui devraient être en prison mais se retrouvent dehors, libres comme l’air au contact des femmes qu’ils violentent.

Derrière la femme, il y a souvent des enfants. On est en 2019, on a vécu la vague #metoo, la vague balance ton porc. On a vu des hommes prendre conscience de ce rapport inéquitable imposé aux femmes. Nous sommes tous les produits de notre culture et de notre éducation. Mais nous avons aussi, tous, la capacité de prendre acte de cette injustice, de la refuser, et avec un peu de courage, d’avoir la volonté de mettre toutes nos forces du côté du bien, de la justice, de l’égalité. Parce qu’aucun homme ne peut avoir la prétention d’être réellement libre et digne, quand les femmes de son entourage ne le sont pas.

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19 novembre 2019 - 15h42
Modifié le 20 novembre 2019 - 06h52