Loin du cliché du “profiteur”, une étude dresse un portrait des personnes exclues du chômage
L’enquête se base sur les réponses à un questionnaire envoyées entre janvier et septembre par 773 personnes concernées par la limitation dans le temps des allocations de chômage. Elle révèle un profil assez éloigné du stéréotype du profiteur qui “ne concerne qu’un nombre très restreint de cas”.
Qui sont les personnes exclues du chômage ? Quel impact la limitation dans les temps des allocations a-t-elle eu sur leur vie ? À la demande de la CSC, une équipe de recherche de l’UCLouvain a mené l’enquête et dresse, dans son étude publiée vendredi, un portrait des exclus comme des personnes attachées à l’emploi, qui bouclent difficilement leurs fins de mois et dont l’obtention d’un CDI parait inaccessible.
L’enquête révèle un profil assez éloigné du stéréotype du profiteur qui “ne concerne qu’un nombre très restreint de cas”, relève l’étude. Ainsi, 87% des 773 répondants ont exercé une activité de travail au cours des 12 derniers mois et/ou recherchent un emploi.
Dans le détail, 39% cherchent un emploi et ont travaillé récemment, 37% sont en recherche mais n’ont pas eu d’activité récente et 11% ont eu une activité récemment mais ne cherchent pas actuellement. Seuls 12,6% n’ont pas eu d’activité récente et ne cherchent pas activement un emploi. Tous sauf deux citent au moins une contrainte, en majorité de santé (68%). Un peu plus d’un quart se dit découragé (29%) tandis que 22% avancent la charge d’un proche ou la maternité comme raison pour ne pas rechercher un emploi.
Une toute petite minorité de “profiteurs”
La “figure complète du profiteur”, c’est-à-dire une personne qui n’a pas eu d’activité ces 12 derniers mois, ne recherche pas d’emploi activement, a des fins de mois facile et est en bonne santé, concerne 16 répondants, soit 2,4% de l’échantillon. La grande majorité des répondants considère le travail comme important, que ce soit pour gagner sa vie décemment (96%), voir du monde (90%), exercer le métier choisi (90%), être utile et reconnu (89%) ou encore structurer et donner du sens à sa vie (89%).
Parmi les sondés, 51% ont eu au moins une activité de travail ou apparentée durant l’année précédant l’enquête. Les données montrent des “trajectoires d’emploi peu stabilisées”, avec 10% des répondants ayant effectué des prestations ALE (permettant à des demandeurs d’emploi d’effectuer des petits travaux chez des particuliers).
La même proportion a eu une activité d’intérim, 7% a exercé du bénévolat, 7% a obtenu un CDD à temps partiel. Le travail non déclaré est cité par 3% des répondants. Hors bénévolat et travail non déclaré, 39% ont exercé une activité de travail.
La dure réalité du marché du travail
L’enquête soulève un écart entre les désirs des répondants et la réalité sur le marché du travail. Ainsi, 79% souhaitent idéalement un CDI mais seul un quart le juge accessible. Un peu moins de la moitié (46%) pense pouvoir obtenir un emploi plus précaire et 27% aucun emploi. L’intérim n’est souhaité que par 1% des sondés mais 16% le jugent accessible.
Parmi les personnes exclues, 61% bouclaient difficilement leurs fins de mois avant l’exclusion. Après l’exclusion, la proportion passe à 96%. Davantage de femmes (71%) que d’hommes (66%) les bouclent “très difficilement”.
Limitation des loisirs
Par ailleurs, 90% des sondés limitent leurs loisirs et vacances ou envisagent de le faire. Soixante pour cent ont déjà reporté ou envisagent de reporter des soins. Un quart (27%) déclare ne pas manger à tous les repas. Face à cette situation, les répondants font appel à leur famille ou envisagent de le faire (43%).
Près de deux tiers (64%) des personnes exclues espèrent une aide du CPAS, contre 38% dont l’exclusion est à venir. Solliciter le CPAS n’est ainsi envisagé qu’au moment de l’exclusion, relève l’étude.
L’exclusion a également un impact sur la santé, avec 39% des répondants déjà exclus qui se déclarent en mauvaise santé physique et mentale, contre 24% de ceux exclus prochainement et 11% dont l’échéance des droits est incertaine.
L’enquête se base sur les réponses à un questionnaire envoyées entre janvier et septembre par 773 personnes concernées par la limitation dans le temps des allocations de chômage. Les répondants proviennent en majorité de Wallonie (78%), principalement du Hainaut et du Brabant wallon, et dans une moindre mesure de Bruxelles (21%). Plus de sept sondés sur dix (72%) ont déjà été exclus du chômage, tandis que 9% le seront prochainement.
Belga