Budget bruxellois : l’équilibre promis en 2029 est-il réaliste ?
Il y a un peu plus d’une semaine, le gouvernement bruxellois est finalement parvenu à un accord budgétaire. Mais les promesses formulées par l’exécutif seront-elles tenues ? Et les mesures annoncées permettront-elles réellement de retrouver l’équilibre budgétaire à l’horizon 2029 ?
La faisabilité de cette trajectoire suscite déjà des interrogations. Les mesures présentées jusqu’ici ne semblent pas particulièrement spectaculaires, que ce soit du côté des dépenses ou des recettes. Aucune grande mesure budgétaire n’a été annoncée et le gouvernement ne mise pas sur une hausse généralisée des impôts.
Parmi les mesures prévues dans l’accord, la prime Be Home sera doublée, tandis que la baisse d’un pour cent de l’impôt des personnes physiques (IPP) est confirmée. Le gouvernement annonce également 130 millions d’euros supplémentaires pour le logement social. Il prévoit par ailleurs une réforme de la taxe de circulation ainsi que la mise en place de prêts à taux zéro pour financer des travaux de rénovation et d’économie d’énergie. Aucun effort structurel supplémentaire n’est, en revanche, prévu concernant les titres-services et les allocations familiales.
Malgré ces annonces, le gouvernement bruxellois ambitionne de ramener le déficit régional à 719 millions d’euros en 2027, avant de retrouver l’équilibre budgétaire en 2029.
Pour atteindre cet objectif, l’exécutif mise notamment sur une réforme de l’administration, la vente des bâtiments Ducale et Régent, qui abritent les bureaux du ministre-président, ainsi que la fin des aides Activa.
Du côté de l’opposition, le doute est bien présent. Elle dénonce une trajectoire budgétaire jugée floue et austère, qui manquerait de chiffres précis pour détailler les économies attendues.
Au-delà des mesures elles-mêmes, c’est aussi leur mise en œuvre qui soulève des questions. Pour Aurélie Thibaut, directrice du Policy Lab de l’ULB, le manque de précisions constitue un point d’attention.
“On manque d’information sur la manière dont ces mesures vont être mises en œuvre. On a besoin d’être sûr que le gouvernement est aligné sur la vision selon laquelle on va mettre en œuvre ces mesures. Les jours qui ont suivi le conclave montrent quand même que l’on peut avoir un doute sur cette cohésion et sur cet alignement”, souligne-t-elle.
Autre élément à prendre en compte : les décisions sur lesquelles repose l’accord budgétaire ont été élaborées il y a quelques mois. Depuis, le contexte économique et géopolitique a évolué, ce qui pourrait compliquer la réalisation des objectifs annoncés.
C’est notamment ce que souligne Gilles Carlier, chercheur en finances publiques à l’UNamur, qui a participé à une étude consacrée aux perspectives budgétaires des différentes entités du pays.
“Dans notre étude, nous avons utilisé les paramètres macroéconomiques les plus récents. La guerre dans les pays du Golfe a un impact sur ces paramètres, ce qui détériore les finances publiques régionales, en termes d’inflation, de croissance et de taux d’intérêt. Lorsque le gouvernement bruxellois a mis en place sa trajectoire budgétaire, en février dernier, c’était avant cette guerre”, explique-t-il.
L’évolution de ces paramètres économiques pourrait donc peser sur les finances de la Région et rendre l’objectif d’équilibre plus difficile à atteindre. Si le gouvernement bruxellois affiche désormais un cap clair pour 2029, la concrétisation de ses ambitions dépendra notamment de la mise en œuvre effective des mesures annoncées, des économies réellement dégagées et de l’évolution de la conjoncture économique.