Mobilisation des jeunes : “Cette jeunesse exprime une énorme colère, bien plus large que celle liée à l’école !”
Depuis plusieurs semaines, des jeunes descendent dans la rue pour exprimer leur colère, mais aussi pour réclamer davantage d’écoute. Au-delà des revendications liées à l’enseignement, leur mobilisation semble traduire un malaise plus profond. Mais quelles sont leurs revendications ? Leur parole est-elle réellement entendue ? Et comment leur mobilisation est-elle perçue par le reste de la société ?
Pour Marie Verhoeven, professeure de sociologie à l’UCLouvain, cette mobilisation dépasse désormais largement le cadre scolaire.
” Ces jeunes n’ont ni la majorité politique ni la majorité juridique. Il n’y a donc pas assez de canaux institués pour écouter leur parole”, affirme-t-elle.
La sociologue observe un élargissement des revendications. Si l’école reste un point de cristallisation de la colère, les préoccupations exprimées par les jeunes sont bien plus larges. ” La mobilisation des jeunes est en train de prendre une ampleur bien plus grande. Elle cristallise un mécontentement présent chez les jeunes qui dépasse largement les questions scolaires. Il concerne les incertitudes liées à leur avenir, à la crise économique et à la crise climatique. Cette jeunesse exprime une énorme colère, bien plus large que celle liée à l’école, même si l’école en est le symbole”, explique-t-elle.
Pour Solayman Laqdim, Défenseur des droits de l’enfant en Fédération Wallonie-Bruxelles, la difficulté à entendre les revendications des jeunes peut également s’expliquer par l’évolution démographique et les priorités politiques. ” Nous avons une société vieillissante. Les responsables politiques auront donc tendance, pour des impératifs électoralistes, à répondre davantage aux attentes de cette partie de la population plutôt qu’à celles des jeunes », estime-t-il.
Il met ainsi en garde contre une mise en concurrence des générations : “ On met en concurrence des publics que l’on ne devrait pas mettre en concurrence.”