Près de quatre Belges sur dix sont en situation de vulnérabilité numérique
Une proportion qui grimpe même à plus de sept sur dix parmi les personnes peu diplômées.
Les inégalités sociales numériques ne se résorbent pas fortement, mais se déplacent de l’accès au numérique vers la qualité des équipements et des conditions de connexion, ressort-il vendredi du baromètre de l’inclusion numérique publié tous les deux ans par la Fondation Roi Baudouin. Près de quatre Belges sur dix (42% des 16-89 ans) sont en situation dite de vulnérabilité numérique, une proportion qui grimpe même à plus de sept sur dix parmi les personnes peu diplômées. Le baromètre, mené sur la base de données de l’office statistique Statbel, permet tous les deux ans “d’objectiver le phénomène des inégalités sociales numériques en Belgique“, rappelle Périne Brotcorne, chercheuse à l’UCLouvain en charge de cette étude, au côté de Koen Ponnet de l’UGent. “La contestation citoyenne basée sur ces recherches a par ailleurs permis des avancées politiques importantes, notamment avec la mise en place d’alternatives physiques aux accès exclusivement en ligne. Ce baromètre a un rôle sociétal important“, défend-elle.
L’accès à internet pas garanti
Ainsi, l’accès à Internet n’est toujours pas garanti à toutes les personnes vivant en Belgique: 12% des ménages vivant avec un revenu inférieur à 1.400 euros et des isolés n’ont pas de possibilité de se connecter (contre 11% en 2024). Le taux passe même à 22% parmi les personnes isolées à revenus modestes. Plus d’un non-utilisateur d’Internet sur deux (56%) déclare avoir un sentiment d’exclusion lié au non-usage du web, une proportion qui grimpe à trois quarts parmi les 55 ans et plus, confirmant un sentiment d’exclusion plus fort parmi les plus âgés.
Comme en 2024 (40%), près de quatre personnes sur dix (39%) parmi les 16-74 ans sont en situation de vulnérabilité numérique, à savoir des personnes n’utilisant pas Internet et ayant des compétences informatiques dites faibles, selon les critères de l’office européen de statistiques Eurostat. Cette part passe à 42% en ajoutant les 75-89 ans au groupe. Les catégories sociales bouleversent toutefois ces pourcentages. Plus de huit personnes âgées de 75 à 89 ans sur dix (81%) sont ainsi notées en vulnérabilité numérique, tout comme 72% des personnes peu diplômées.
Si la proportion de travailleurs (29%) et de chômeurs (40%) ayant des faibles compétences numériques diminue au fil des baromètres, les chercheurs pointent que cela concerne encore six demandeurs d’emploi sur dix (63%) faiblement diplômés.
Impact sur les services numériques essentiels
Les inégalités se reflètent aussi parmi les services numériques essentiels : 36% des internautes faiblement diplômés n’utilisent pas l’administration en ligne, soit quatre fois plus que les diplômés du supérieur. Près de quatre internautes sur dix n’ayant accès au web qu’avec un smartphone n’utilisent pas non plus ces services publics.
Le baromètre note par ailleurs une externalisation du travail des services publics vers les proches. En effet, près de trois personnes sur dix (28%) sollicitent l’aide d’un tiers pour un service numérique, confirmant le rôle essentiel des proches comme personnes-ressources sur ces questions.
La fracture IA
L’intelligence artificielle (IA) révèle aussi des fractures générationnelles. Ils sont trois quarts des 16-24 ans à avoir utilisé l’IA générative sur les trois mois précédant l’enquête. Cela descend à la moitié parmi les 25-54 ans, 18% parmi les 55-74 ans et seulement 8% chez les 75-89 ans, confirmant une forte différence des usages selon l’âge. Globalement, les chercheurs observent “un déplacement des inégalités plutôt qu’un effacement” au fil des baromètres. “Les inégalités se déplacent de l’accès aux services numériques vers la qualité des équipements et des conditions de connexion et au sein même de l’environnement numérique vers la maîtrise des compétences critiques, l’autonomie face aux services essentiels et l’appropriation de l’IA“, résume Périne Brotcorne.
Selon l’universitaire, pousser à l’usage des outils numériques et d’Internet n’est pas une solution sur le long terme pour limiter les inégalités. “La massification des usages ne va pas forcément mener à une démocratisation. La massification est déjà en cours, mais cela ne va pas limiter les inégalités, vu la complexité de plus en plus importante du monde numérique“, pointe-t-elle. “On est dans le développement de l’usage imposé, un modèle dans lequel on pense que les personnes vont avoir envie d’apprendre des usages imposés. C’est un leurre. Cette marche forcée crée sentiment de distance entre citoyens et institutions publiques.”
Des intiatives
Des initiatives se poursuivent pour tenter de favoriser l’inclusion numérique et réduire ces inégalités d’accès, à l’image de la Semaine Numérique en Wallonie et à Bruxelles et la Digitale Week en Flandre, prévue du 6 au 16 octobre. “L’objectif y est de mettre en avant et de visibiliser les actions de terrain sur la médiation numérique et d’éducation critique au numérique”, explique Anne-Claire Orban de l’ASBL Média-animation, en charge de la Semaine numérique dans le sud du pays. L’événement sera consacré principalement à une question : est-ce que le numérique fonctionne encore avec le rythme de l’humain ?
Belga