Est-il dangereux pour la santé de pratiquer régulièrement son sport au Parc du Cinquantenaire ?
Pour des milliers de Bruxellois, le Parc du Cinquantenaire est un terrain d’entraînement régulier, voire quotidien. Un écrin vert dans le centre de Bruxelles avec ses grandes allées, ses arbres, sa piste d’athlétisme et ses instruments de fitness ouverts au public. Petit hic, ce parc est aussi entouré d’avenues fort fréquentées et le tunnel Loi – en partie à ciel ouvert – le traverse de part en part. En 2016, une étude de Bruxelles Environnement a déterminé que les concentrations en black carbon (des particules fines liées au trafic routier) y étaient particulièrement élevées (supérieures à 55%). D’où cette question qui nous a été posée : est-il réellement bon pour la santé d’y pratiquer son sport ? Les bénéfices du sport restent-ils supérieurs aux risques liés à l’inhalation accrue de polluants ?
Il est 19h ce mardi 29 septembre. En cette soirée exceptionnellement chaude d’automne, et alors que le soleil décline, des dizaines de coureurs empruntent les contours du Parc du Cinquantenaire et ses allées centrales. D’autres optent pour un entraînement sur la piste d’athlétisme ouverte au public. D’en dessous du parc provient un vrombissement ininterrompu, celui des milliers de voitures qui empruntent en cette fin de journée le tunnel Loi qui relie le centre de Bruxelles à sa périphérie.
En 2016, à l’instar du parc de la Porte de Hal, du parc Elisabeth, du parc du Botanique et du square du Petit Sablon, le Parc du Cinquantenaire a été classé par Bruxelles Environnement sur la liste des parcs comprenant des concentrations “élevées” – autrement dit supérieures à 55% – de black carbon (des polluants liés au trafic automobile, en particulier des véhicules diesel, reconnus pour avoir un impact sanitaire important). Pour obtenir ces mesures, Bruxelles Environnement a placé un aethalomètre et un système GPS sur des gardiens de parcs durant leurs déplacements quotidiens. Cette étude a aussi permis de démontrer que la qualité de l’air dans les parcs est bien meilleure que celle mesurée dans les transports.
Depuis, de telles mesures précises n’ont plus eu lieu. “La raison tient à la fois dans l’organisation de ces campagnes qui nécessite pas mal de personnel pour les faire, mais aussi dans la décroissance des concentrations de black carbon qui rendent ce polluant moins pertinent aujourd’hui. Les concentrations ont en effet été divisées par trois depuis 2016“, explique Pascale Hourman, porte-parole de Bruxelles Propreté. “Cette évolution s’explique par la réduction des suies émises par le secteur du transport en lien avec la diminution du nombre de véhicules diesel, favorisé et amplifié par la LEZ, ainsi que les avancées technologiques au gré des différentes normes EURO.”
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Les bénéfices du sport supérieurs aux risques
Malgré le risque d’inhaler une quantité plus importante de polluants lors de la pratique de sport en ville, les bénéfices restent indéniables. “L’activité physique régulière présente des bénéfices majeurs et bien établis, notamment pour la santé cardiovasculaire, respiratoire, métabolique et mentale, et contribue à prévenir de nombreuses maladies chroniques“, rappelle Ingrid Pelgrims, chercheuse chez Sciensano et spécialisée dans la qualité de l’air.
“Les données scientifiques disponibles, principalement chez des adultes en bonne santé dans les pays à revenu élevé, indiquent que la pollution atmosphérique peut atténuer une partie des bénéfices de l’activité physique, sans généralement les annuler. À long terme également, les études suggèrent que la pollution peut légèrement réduire l’effet protecteur de l’activité physique sur la mortalité. Le message général retenu par l’OMS est donc que les bénéfices de l’activité physique restent supérieurs aux risques supplémentaires liés à l’exposition à la pollution atmosphérique“, ajoute-t-elle.
Il faut néanmoins nuancer ce message lors d’épisodes de forte pollution, en particulier pour des efforts très intenses et pour les personnes plus vulnérables, notamment celles souffrant de maladies cardiovasculaires ou respiratoires, les personnes âgées et les enfants. Pour ces populations, les données scientifiques restent plus limitées.
Quelques conseils
Le message n’est donc pas d’arrêter de faire du sport, mais plutôt de réduire autant que possible l’exposition pendant l’activité physique. Pour ce faire, il est recommandé de s’éloigner autant que possible des sources directes de pollution, en particulier des grands axes routiers et des zones où le trafic est dense. Si possible, privilégiez donc plutôt les grands parcs en périphérie de la ville plutôt que les petits parcs enclavés ou les grandes voiries. Évitez aussi les heures de pointe (entre 7h et 10h et entre 15h et 19h, selon Bruxelles Mobilité), particulièrement lorsque vous pratiquez votre activité à proximité du trafic, car cela permet de diminuer l’exposition aux émissions directement liées aux véhicules.
Outre l’heure de pointe à éviter, des périodes de la journée sont-elles à privilégier ? “Il n’est pas possible de dire de manière générale que le soir ou le matin est toujours préférable. Les concentrations varient selon les polluants et les conditions météorologiques“, explique Ingrid Pelgrims. Par exemple, en été, l’ozone peut atteindre des concentrations importantes en soirée. Lors d’un épisode d’ozone, Sciensano recommande dès lors plutôt de privilégier les activités le matin.
Le conseil le plus pertinent reste de consulter la qualité de l’air locale avant une activité sportive, et d’adapter si nécessaire le lieu, l’horaire ou l’intensité de l’effort. L’application officielle BelAIR de CELINE/IRCEL donne une estimation de la qualité de l’air à votre localisation, actualisée toutes les heures. Il est également possible de suivre l’évolution quotidienne de la qualité de l’air à Bruxelles via le baromètre de Bruxelles Environnement.
V.d.T. – Photo : Belga